Pourquoi les cheminots doivent rejoindre par la grève la révolte de la jeunesse ?
Mon, 26 Oct 2026 19:58:37 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalFace à une mobilisation historique de la jeunesse et à la répression massive du gouvernement, le 17 octobre a montré que la colère gronde dans toutes les couches de la société. Alors que les cheminots subissent eux aussi des dégradations brutales de leurs conditions de travail et de vie, ils doivent rejoindre la jeunesse par la grève pour faire reculer le gouvernement.

Depuis plusieurs semaines, la révolte d'une jeunesse privée d'avenir fait vaciller le pouvoir et a transformé la situation politique dans le pays. Le 17 octobre dernier, des secteurs entiers de travailleurs et de Gilets jaunes ont rejoint la mobilisation. Et malgré des violences policières qui ont mutilé des enfants, un dispositif répressif hors norme et une offensive médiatique qui visait à criminaliser la jeunesse et à dissuader les travailleurs de manifester, le 24 octobre a été une véritable déferlante dans les rues, avec des manifestations immenses partout dans le pays. Et si les cheminots rejoignaient pleinement la bataille ?
Depuis septembre, un mouvement très important de la jeunesse agite la France. Après les premiers blocages dans les territoires d'outre-mer, puis au lycée Saint-Exupéry, à Créteil, et dans de nombreux lycées de quartiers populaires, le mouvement s'est répandu dans l'ensemble du pays et a gagné les universités. La profondeur du mouvement dans la jeunesse est déjà historique : ce sont d'ores et déjà plus d'un établissement public sur deux qui se sont mobilisés. Dans l'enseignement supérieur aussi, le climat est à la mobilisation, avec de nombreuses universités occupées et des assemblées générales qui regroupent des centaines, voire des milliers d'étudiants dans tout le pays. Une colère qui s'est aussi exprimée dans la rue, avec les manifestations de jeunesse les plus massives de ces dernières années, qui ont réuni plusieurs fois plusieurs centaines de milliers de jeunes.
Cette mobilisation est partie de la dénonciation des conditions d'études désastreuses, du manque d'enseignants et de personnels médicaux, ainsi que du délabrement des établissements, mais la colère exprimée est plus large et exprime la colère de la Gen Z face à un avenir de misère et de guerre. Sur les blocus lycéens, en premier lieu dans les quartiers populaires, la jeunesse exprime son dégoût de ce système scolaire, de Parcoursup et de la sélection sociale, de l'absurdité des rythmes scolaires et du 8 h-18 h, mais aussi du racisme d'État, de l'islamophobie ou encore du génocide en Palestine.
Lycéens, cheminots : même combat !
Si les lycéens ont été les premiers à sortir dans la rue et à se mobiliser, leur colère ne s'inscrit pas dans n'importe quel contexte. Ces derniers mois, la question du coût de la vie est au centre des préoccupations et de toutes les discussions. Prix de l'essence, prix des courses, prix du loyer… Il est de plus en plus difficile pour des dizaines de millions de travailleurs de finir le mois. À la SNCF aussi, les raisons de se mobiliser sont nombreuses, de la casse méthodique organisée par le patronat pour dégrader les conditions de travail à la privatisation, en passant par les salaires et les conditions de travail.
Sur les réseaux sociaux ou sur leur lieu de travail, les cheminots sont aussi, depuis plusieurs mois, très nombreux à exprimer leur colère face à l'explosion de la souffrance au travail. Cette année 2026 est d'ores et déjà marquée par des dizaines de suicides, résultat direct d'une politique patronale particulièrement offensive contre les cheminots à la SNCF. En effet, depuis plusieurs années, la SNCF et le gouvernement ont multiplié les attaques contre les travailleurs du rail : suppression du statut, réforme des retraites. Pour mieux préparer l'ouverture à la concurrence et la vente de certaines lignes au prix fort, les travailleurs sont la cible d'un management agressif, d'une augmentation des cadences et de la productivité, mais aussi d'une direction qui traque et réprime les cheminots considérés comme trop contestataires.
En réalité, les points de convergence entre les jeunes qui se mobilisent et les cheminots sont nombreux : du 8 h-18 h et du refus du « métro-boulot-dodo » à la revendication de moyens pour les services publics, en passant par le refus d'un avenir de misère et d'exploitation. Alors que les classes dominantes souhaiteraient nous faire travailler jusqu'à 65, voire 70 ans, les lycéens ont mis au cœur de leur mobilisation le refus de travailler pour un salaire de misère jusqu'à la fin de notre vie.
Face aux violences policières et au saut répressif, il faut que les cheminots entrent dans la bataille
Le gouvernement est prêt à tout pour briser le mouvement. Sa première stratégie, terroriser les lycéens en multipliant par milliers les interpellations et les violences policières, a échoué. La mobilisation n'a pas faibli et le 17 octobre a représenté, pour la première fois, l'entrée dans la mobilisation de secteurs différents de la population. Pour autant, le gouvernement n'a pas arrêté sa politique de terreur : tout est mis en œuvre pour faire rentrer dans le rang une jeunesse qui se soulève. En trois semaines, plus de 8 000 personnes ont été placées en garde à vue, dont 85 % de mineurs. Plusieurs lycéens ont été mutilés et ont perdu des yeux ou des mains, parfois visés à bout portant par des tirs de grenades lacrymogènes au visage. Cette répression est d'ores et déjà historique, tant par le nombre d'interpellés que par la violence exercée quotidiennement par l'État et sa police contre des jeunes de 15, 16 ou 17 ans.
Depuis quelques jours, il semble que le gouvernement ait encore passé un cap dans ses attaques contre le mouvement. Macron a ainsi lancé une série d'interdictions contre le droit de manifester. À l'issue du conseil de défense réuni à l'Élysée le 22 octobre, Macron a encore passé un cap en recommandant « qu'il n'y ait pas de manifestations dans les jours à venir ». C'est une offensive sans précédent, dans la lignée des couvre-feux appliqués dans les villes ces derniers jours, qui s'inscrit dans une offensive historique contre le droit de se mobiliser. Une politique directement appliquée ce 24 octobre, où le gouvernement a déployé un dispositif répressif colossal, avec plus de 70 000 policiers, la BRI, le GIGN, les militaires de Sentinelle, les blindés Centaure et des canons à eau. À Paris, la préfecture est allée jusqu'à modifier à la dernière minute le parcours déposé par l'intersyndicale pour tenter de désorienter les manifestants et justifier la répression.
Ce rouleau compresseur vise à terroriser la jeunesse et toutes celles et ceux qui se mobilisent. Face à cette situation, il faut étendre le mouvement, faire entrer le mouvement ouvrier dans la bataille et pousser les cheminots à exprimer leur solidarité avec les jeunes réprimés. Dans ce sens, la semaine dernière, une délégation de cheminots est venue soutenir les lycéens de Feyder, à Épinay-sur-Seine, face à la répression et appeler à soutenir la mobilisation. De manière symbolique, les cheminots avaient ouvert le cortège et formé une chaîne pour leur témoigner leur soutien face à la répression.
De la même manière, le 17 octobre dernier, les cheminots de Châtillon ont appelé à la grève et à un rassemblement devant le technicentre pour construire la convergence des colères, une mobilisation et une solidarité interprofessionnelle. Ces initiatives montrent la voie à suivre pour élargir par en bas le mouvement au monde du travail et tenir en échec la répression.
Après 10 ans de macronie et d'attaques à la SNCF, les cheminots doivent saisir l'occasion et rejoindre la mobilisation !
La révolte de la jeunesse actuelle ouvre une opportunité rare de gagner nombre de nos revendications, à condition que des secteurs entiers du monde du travail rejoignent la mobilisation. De ce point de vue, une entrée des cheminots dans le mouvement par la grève et la participation aux assemblées générales interprofessionnelles serait un signal important, tant la mobilisation de ce secteur est un symbole des mobilisations de ces dernières années.
Depuis un mois, dans de nombreux cortèges, l'imaginaire de 68 est convoqué sur les pancartes, les banderoles ou par les délégations d'étudiants qui viennent tracter sur les lieux de travail pour appeler à la mobilisation. En mai 68, c'est la jonction entre la révolte étudiante et la grève ouvrière qui avait fait basculer le rapport de force et ébranlé le pouvoir gaulliste, permettant de fortes augmentations de salaires, la réduction du temps de travail ou encore l'allongement des congés payés. Après 10 ans de macronisme, d'attaques sociales, de casse de la SNCF et de misère, la jeunesse appelle de ses vœux le mouvement ouvrier à la rejoindre : l'occasion est trop belle pour passer à côté.
Alors que la mobilisation continue de s'élargir et que les colères se rejoignent et se renforcent, les syndicats sont aussi poussés à agir. Sophie Binet a appelé, pour la première fois, à généraliser la grève le 5 novembre. Une sortie qui tranche avec les dernières prises de position des directions syndicales et qui montre la profondeur des mobilisations. À la SNCF aussi, pour la première fois depuis le début du mouvement, les quatre principales fédérations syndicales appellent à la grève le 5 novembre.
Cette première journée de grève intersyndicale doit marquer l'entrée dans la bataille des travailleurs de la SNCF. Pour gagner, cependant, nous savons qu'une seule journée de grève ne suffira pas à faire reculer la SNCF et le gouvernement ni à leur faire faire machine arrière sur des décennies d'attaques sociales et contre nos conditions de travail. La grève du 5 novembre doit être un premier coup de semonce, mais il est urgent d'ouvrir une large discussion à la base dans les différentes fédérations, ainsi qu'avec l'ensemble des cheminots, syndiqués ou non, lors d'assemblées générales qu'il faudra construire partout le 5, sur la marche à suivre et la stratégie à adopter pour construire la suite de la mobilisation.
La faiblesse de ce gouvernement et la profondeur de la mobilisation de la jeunesse constituent une occasion historique de se battre contre l'ouverture à la concurrence, la casse du service public et la dégradation des conditions de travail, mais aussi d'obtenir une augmentation des salaires et de défendre un autre avenir pour nos enfants et l'ensemble de la jeunesse. Pour cela, il faut construire, par nos propres forces, une mobilisation durable, capable de faire reculer le gouvernement et d'imposer nos revendications, en construisant la grève et des cadres de coordination entre les différents secteurs du monde du travail et du mouvement. Pour discuter du mouvement, de ses suites et de la stratégie pour gagner, RP Transports IDF organise un comité ouvert ce jeudi 29 à 18 h. Contacte-nous sur les réseaux sociaux de RP Transports pour avoir l'adresse et participer !