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Montpellier, Rouen, Nancy… : la police et les groupuscules d'extrême droite main dans la main le 24 octobre

Mon, 26 Oct 2026 20:21:07 CET

Révolution Permanente

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Dans une quinzaine de villes, les manifestations du 24 octobre ont été marquées par les provocations et les agressions de groupuscules d'extrême droite. Des violences commises sous le regard complaisant des forces de l'ordre, dans un climat de surenchère répressive entretenu par le gouvernement.

Il y a des démentis qui ne passent pas l'épreuve de la réalité. Les déclarations de Laurent Nuñez en sont un cas d'espèce. « Je veux couper court à ces rumeurs : à aucun moment, évidemment, la police n'a protégé [les militants d'ultra droite]. À aucun moment, ils n'ont travaillé en concertation avec des policiers et des gendarmes. » Ce lundi matin, le ministre de l'Intérieur s'emploie à balayer les soupçons. Pourtant, depuis samedi après-midi, les images s'accumulent, qui montrent des groupuscules d'extrême droite attaquer des manifestants dans les cortèges sous le regard bienveillant et impassible des forces de répression. Les scènes se ressemblent toutes : des militants d'extrême droite s'en prennent à des manifestants ou à des cortèges, tandis que les policiers présents restent d'abord à distance, avant d'intervenir contre les manifestants.

De Nice à Montpellier, en passant par Toulouse, Lyon, Dijon, Nancy, Clermont-Ferrand, Rouen, Tours, Brest, Caen, Lille, Bayonne et Bordeaux, des témoignages font état d'agissements de groupuscules d'extrême droite, ce samedi 24 octobre, dans une quinzaine de villes. À Rouen, comme l'a révélé Blast, des militants identitaires du groupuscule « Les Normaux » agressent des manifestants. Les policiers interpellent alors les personnes dans les cortèges tandis que les militants d'extrême droite peuvent quitter librement les lieux.

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Le 17 octobre déjà, des militants d'extrême droite s'étaient rassemblés à Rouen, à l'occasion de la Marche des Normands, rendez-vous annuel du mouvement identitaire rouennais. Ils y ont affronté des manifestants mobilisés contre la vie chère. Comme l'a décrit Street Press, Mathieu Balavoine figurait parmi les militants en tête du groupe, une ceinture à la main. Ancien cadre national de Génération identitaire, il dirige l'une des agences de communication du Rassemblement national.

Le scénario est encore plus frappant à Nancy. Dans des vidéos qui tournent dans plusieurs médias, on aperçoit clairement les policiers laisser d'abord les militants d'extrême droite s'en prendre aux manifestants en lançant des projectiles, avant de les laisser battre en retraite derrière eux. Dans le même temps, les policiers chargent les manifestants, suivis par les militants identitaires, qui repartent à l'assaut en entonnant La Marseillaise.

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À Montpellier, les images montrent d'abord des militants du groupuscule Jeunes d'Oc rouer de coups un manifestant à terre, continuant à le frapper malgré l'arrivée des policiers. Dans la séquence qui suit, les forces de l'ordre interpellent non pas ses agresseurs, mais la victime, qu'elles traînent sur plusieurs mètres. Pendant ce temps, les militants d'extrême droite se replient derrière un cordon de CRS, avant de quitter les lieux tranquillement. Dans une autre vidéo, on voit des militants d'extrême droite se mêler aux policiers lors d'une charge contre les manifestants, après que ces derniers ont tenté de repousser les militants d'extrême droite.

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À Nice, onze militants d'extrême droite ont été interpellés après qu'une centaine de membres du groupuscule néofasciste Aquila Popularis et les Ultras de la Brigade Sud Nice, réputés proches de l'extrême droite, ont tenté de s'en prendre au cortège syndical. Selon Le Monde, le groupuscule Aquila Popularis, distribuait en amont du 24 octobre des tracts aux commerçants leur proposant leur aide, en se présentant comme « des étudiants et des actifs engagés pour le bien commun », et affirmant :« l'Etat vous a laissé tomber, par nous ». Néanmoins une vidéo diffusée par Raphaël Arnault montre également ces militants aux côtés des policiers casqués, à proximité de l'ancien stade de l'OGC Nice.

Des scènes similaires ont été rapportées à Dijon. À Lorient, des messages internes d'un groupe de « défenseurs des commerçants » animé par l'extrême droite locale, consultés par Mediapart, font état d'une coopération revendiquée avec « des policiers ».

Cette liste non exhaustive témoigne de la volonté de l'extrême droite extra-parlementaire, à l'échelle nationale, de profiter de la mobilisation de la jeunesse et de l'espace que lui offrait le gouvernement pour passer à l'offensive. Les actions du 24 octobre s'inscrivent dans le cadre d'une initiative plus structurée de l'extrême droite qui vise à « protéger les commerces ». Une rhétorique qui reprend les éléments de langage de Lecornu et du gouvernement qui ont pavé la voie aux actions violentes de ces groupuscules. Dans plusieurs villes, des militants arboraient ainsi un brassard blanc, signe de reconnaissance associé à une plateforme d'« entraide citoyenne » lancée par l'influenceur montpelliérain Charlie D.

Dans tous les cas, ces groupes ont cherché à se positionner comme un auxiliaire aux forces de répression alors que le gouvernement est mis en grande difficulté par l'ampleur de la mobilisation et sa détermination. Dans leur article publié par Libération, les journalistes Maxime Macé et Pierre Plottu, spécialiste de l'extrême droite, rapportent que les groupes Telegram liés à cette initiative rassemblaient de nombreux militants d'extrême droite mais aussi des membres des forces de l'ordre. Certains messages appelaient à s'en prendre aux antifascistes et véhiculaient des propos islamophobes.

Ces agissements et la complaisance manifeste des forces de l'ordre envers les militants d'extrême droite participent de l'offensive autoritaire du le gouvernement depuis le début des mobilisations lycéennes, particulièrement depuis le 17 octobre. De la répression féroce de la jeunesse racisée des quartiers populaires à la surenchère raciste, de la criminalisation des manifestants à l'agitation du côté du RN et de ses satellites en passant par l'évocation ad nauseam du spectre de la guerre civile, tout contribue à encourager les groupuscules d'extrême droite à passer à l'action.

Ce sont ces mêmes facteurs, conjugués au climat raciste inlassablement entretenu par le gouvernement ces dernières années, au fil d'un alignement toujours plus marqué sur le programme de l'extrême droite, qui ont pavé idéologiquement la voie à l'attentat raciste et islamophobe dans les Yvelines.

Dans ce contexte, les mobilisations massives actuelles montrent la voie pour combattre l'extrême droite et le gouvernement qui lui offre un marchepied. Ce samedi, tandis que des groupuscules d'extrême droite cherchaient à sévir dans les manifestations, plus de 30 000 personnes venues de toute la France ont défilé contre l'extrême droite à Orléans, où se tenait le congrès du RN. La mobilisation était organisée à l'appel du collectif Loiret Antifasciste, qui rassemble plus de soixante-dix organisations syndicales et politiques.

Sur le terrain, les intimidations, provocations et agressions de ces groupuscules se sont aussi heurtées à la riposte des manifestants. À Nice comme à Nancy, leurs membres ont rapidement quitté les lieux face à la mobilisation. À Montpellier, sans l'intervention de la police, leur opération d'intimidation aurait tourné également à la déroute.

Dans ce contexte, le mouvement en cours doit servir de levier dans la lutte contre l'extrême droite et ses idées. L'auto-organisation, l'auto-défense, les mobilisation de masses et la grève sont autant de moyens de lutter contre elle et contre un gouvernement qui, en appelant tout à chacun à « choisir son camp », légitime moralement et idéologiquement les actions violentes de l'extrême droite, protégée, sur le terrain par ses forces de répression professionnelles. Alors qu'un rassemblement en mémoire du jeune homme tué vendredi a eu lieu à Trappes et qu'une minute de silence respectée par une foule gigantesque a eu lieu à Marseille, malgré les interdictions préfectorales de manifester, il faudra être nombreux au rassemblement Place de la République à Paris, cet après-midi.

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