Bordeaux : 60 000 manifestants bravent les interdictions préfectorales, amplifions la mobilisation !
Mon, 26 Oct 2026 20:39:40 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalMalgré un arrêté d'interdiction de manifester dans le centre-ville, la journée de mobilisation du 24 octobre a rassemblé 50 000 personnes à Bordeaux. Portée par la jeunesse et les travailleurs, la foule a bravé l'interdiction préfectorale en imposant le parcours initialement prévu par l'intersyndicale.

Ce samedi, à Bordeaux, la rue a infligé une défaite au gouvernement, à la préfecture et à la municipalité. Plus de 60 000 personnes ont déferlé dans le centre-ville, balayant par la massivité des cortèges la volonté affichée toute la semaine par le maire macroniste Thomas Cazenave d'interdire toute manifestation dans le cœur de Bordeaux.
Une victoire politique loin d'être négligeable, au regard de la semaine d'offensive sécuritaire et d'atteintes assumées à la liberté de manifestation qui l'a précédée. À Bordeaux, la préfecture a instauré dés le début de semaine un couvre-feu pour les mineurs.
La veille au soir de la journée de mobilisation nationale, la préfecture de la Gironde est passée à la vitesse supérieure en publiant un arrêté interdisant tout rassemblement et toute manifestation dans le centre-ville de Bordeaux. Cette volonté d'interdiction s'inscrit dans une offensive d'ensemble du gouvernement pour stopper la mobilisation dans la rue et poursuivre son agenda d'austéritaire. Proclamé au dernier moment pour éviter toute possibilité de contestation, cet arrêté d'interdiction a fait l'objet d'un recours dont le rejet n'a été publié qu'après le début de la manifestation. Pour verrouiller l'accès à la manifestation, l'arrêt complet des transports en commun (trams et bus) à destination du centre-ville a été décidé dès le début de la matinée.
Thomas Cazenave voulait mettre Bordeaux sous cloche ; 60 000 manifestants ont imposé le parcours initialement décidé par l'intersyndicale. Un signe du crépuscule du macronisme : des responsables politiques qui s'obstinent à rétablir l'ordre et à imposer l'obéissance mais qui se heurtent à la profondeur et à la massivité d'une mobilisation qu'ils ne parviennent plus à contenir.
Dans le long et dense cortège, les salariés étaient particulièrement visibles, avec une présence syndicale plus marquée que le 17 octobre. Soignants, cheminots, enseignants, agriculteurs de la Confédération paysanne, mais aussi lycéens et étudiants ont défilé ensemble pour crier leur rejet de la répression et de la vie chère.
Au cœur du cortège, la présence du Collectif Première Ligne a illustré la détermination et l'organisation des étudiants et travailleurs de la santé, confrontés aux coupes budgétaires et à l'effondrement de l'hôpital public. Déjà présent le 17 octobre en créant une équipe de street medics sur le terrain, ces étudiants infirmiers et infirmiers se sont à nouveau organisés en prodiguant directement les premiers soins aux manifestants gazés et blessés par la police.
🔴 BORDEAUX | « On a lancé un collectif avec une équipe de street medics pour mettre nos compétences au service de la lutte. La grève générale du 5 novembre est une bonne nouvelle mais on vous invite à nous rejoindre dès maintenant ! » -📢 Les membres du Collectif Première Ligne https://t.co/ouIseLvqJf
— Révolution Permanente (@RevPermanente) October 24, 2026
Et pour cause : tout au long du parcours, les slogans rappelant que « tout se passe bien quand les policiers ne sont pas là » ont résonné dans le cortège. Déployées en nombre dans toute la ville, les forces de l'ordre ont finalement procédé à l'évacuation forcée de la place de la Bourse. Des centaines de tirs de gaz lacrymogènes, des dizaines de tirs de LBD, ainsi que des grenades assourdissantes et de désencerclement ont été utilisés pour disperser les manifestants.
Il aura fallu près d'une heure aux policiers pour évacuer la place, face à des milliers de manifestants déterminés à ne pas céder et à affirmer leur opposition à la répression et aux offensives sécuritaires. Une détermination qui témoigne aussi de la force de l'auto-organisation alors qu'une autre équipe s'organise pour éteindre les grenades lacrymogène et protéger les manifestant.
L'enjeu, désormais, est de ne pas laisser retomber cette dynamique. Alors que la CGT appelle à « généraliser la grève le 5 », la réussite du 24 octobre est un nouveau point d'appui pour dépasser l'enchaînement de journées de mobilisation isolées et construire un mouvement capable de s'inscrire dans la durée. À Bordeaux, l'énergie nécessaire pour ouvrir cette perspective est bien présente. Cette semaine a été marquée par des mobilisations historiques dans les universités bordelaises, malgré les politiques répressives de lock-out. Le 24 octobre, soignants, cheminots, postiers et enseignants : de nombreux secteurs du monde du travail étaient représentés dans le cortège.
Comme le souligne une postière : « Nous sommes là pour défendre les services publics et tous les droits fondamentaux. Enfin, les directions syndicales appellent à la grève générale, mais il ne faut pas que ça devienne un effet d'annonce. »
C'est précisément l'objectif défendu par Marie-Laure Charchar, syndicaliste à la CGT Santé et Action sociale de la Gironde, qui explique l'initiative de son syndicat d'appeler à une assemblée générale interprofessionnelle pour préparer la grève du 5 novembre : « Le mouvement ouvrier et la jeunesse doivent construire des rencontres interprofessionnelles pour discuter ensemble de la situation, coordonner les initiatives et développer la mobilisation par en bas, avec l'objectif de construire une grève reconductible la plus large possible. Les offensives autoritaires du gouvernement révèlent aussi ses fragilités. C'est le moment d'amplifier le mouvement : c'est par la grève que nous pourrons arracher nos revendications, et bien davantage. »