« Je refuse de fermer les yeux sur les injustices » : une syndicaliste CGT dénonce les méthodes d'ATM (ex-RATP)
Mon, 26 Oct 2026 21:38:38 CET
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ Fontenay-aux-Roses, Christine, représentante syndicale CGT, a déposé plainte après deux altercations avec le directeur du dépôt. La présidence d'ATM (ex-RATP) conteste son récit. Entre entraves syndicales et mise à l'écart présumée, elle raconte son engagement auprès des salariés et met en cause le fonctionnement de l'encadrement.

Depuis la reprise du dépôt (ex-RATP) par ATM Croix du Sud (Hauts-de-Seine), le 1er mars 2026, les conflits sociaux se multiplient. Erreurs de rémunération, procédures disciplinaires, droit de grève contesté : Christine, représentante de section syndicale CGT, intervient sur plusieurs dossiers sensibles. Après deux confrontations avec le directeur, elle a porté plainte et saisi la présidence d'ATM. Entretien.
Révolution Permanente. Tu as déposé plainte après deux altercations avec le directeur. Que s'est-il passé ?
Christine. Le 1er septembre, j'accompagnais un salarié qui rencontrait de graves difficultés de paie. Le directeur du dépôt m'a lancé : « Circulez » et « Mettez un pied devant l'autre ». Le 24 septembre, alors que j'assistais un autre agent convoqué à un entretien disciplinaire, il m'a indiqué : « La sortie, c'est par là. » Dans les deux cas, j'exerçais simplement mon mandat syndical. Je trouve cette manière de s'adresser à moi profondément méprisante.
Le salarié que j'accompagnais était déjà inquiet pour son avenir professionnel. Il a assisté à cette scène et en est ressorti bouleversé. Moi aussi, j'ai été profondément marquée. De plus, la responsable des ressources humaines, présente au moment des faits, a contesté ma présence. Cette contradiction résume bien les difficultés que je rencontre : heures de délégation contestées, demandes sans réponse, obstacles à mon activité. Concernant le droit de grève, l'inspection du travail a confirmé la constance de la jurisprudence que nous invoquions et demandé des explications à ATM après que nous avons contesté la position des RH.
RP. Tu as alerté la présidence d'ATM, qui a répondu par courrier recommandé. Comment as-tu accueilli cette réponse ?
Christine. J'ai effectivement exposé les faits et déposé plainte. Le président écrit qu'une « lecture différente des faits » l'amène à contester mon signalement. Il affirme également que des témoins contredisent ma description du comportement du directeur. Mais ce courrier est d'une froideur incroyable. Le directeur m'avait déjà lancé « Circulez » et indiqué où se trouvait la sortie. À la lecture de cette réponse, j'ai retrouvé exactement le même état d'esprit : « Circulez, il n'y a rien à voir. »
En vérité, au-delà de ce qui s'apparente à du harcèlement syndical, je pense qu'il y a une forme de sexisme à mon encontre. Je suis une femme, syndicaliste, dans un environnement très masculin. Évidemment, la présidence affirme rejeter toute forme de discrimination.
Depuis ces incidents, la direction a décidé de me placarder dans la salle des machinistes, sans travail à effectuer. Cela m'était déjà arrivé. Me faire passer mes journées à attendre, c'est une manière de m'humilier, de me dévaloriser et de tenter de créer une division avec mes collègues qui charbonnent sur le terrain.
RP. Au-delà de ta situation, qu'est-ce qui t'inquiète dans les problèmes relevés au dépôt ?
Christine. Les difficultés de paie, les conflits disciplinaires et les élections interrompues ont installé une autre ambiance. Certains salariés hésitent à s'exprimer. L'équipe de management fait tout pour diriger par la peur, avec de véritables risques psychosociaux.
Quand je vois quelqu'un subir une injustice, je ne peux pas détourner le regard. Qu'il s'agisse d'un salaire amputé ou d'un salarié laissé seul face à sa hiérarchie, nous avons besoin d'agir. Je comprends certaines craintes de se retrouver exposé. Personne ne devrait avoir à choisir entre sa tranquillité au travail et la possibilité de faire entendre sa voix. C'est justement pour cela que nous devons rester solidaires et ne laisser personne affronter seul ces difficultés. Rester silencieux alors qu'il existe un espace pour s'entraider, ce serait laisser le champ libre à la direction pour nous exploiter encore davantage.
RP. Les nouvelles élections professionnelles approchent, après l'annulation de celles du mois dernier. Elles se tiendront dans un contexte marqué par un mouvement de jeunesse d'une ampleur historique, rejoint par des secteurs de jeunes travailleurs précaires et des Gilets jaunes lors de la journée historique du samedi 17 octobre. Vois-tu des liens entre toutes ces luttes ?
Christine. Oui, bien sûr. Les lycéens ont montré un courage exemplaire dans cette période. La mobilisation est partie des lycéens de banlieue, qui se mobilisent pour défendre leur avenir dans un contexte marqué par le retour des crises et des guerres. Ces dernières années, les travailleurs ont également montré leur force pour défendre leurs droits.
Ce qui se joue à Fontenay-aux-Roses dépasse largement les murs d'un dépôt de bus. Derrière l'ouverture à la concurrence et les impératifs de rentabilité, les pratiques que l'on dénonce chez ATM interrogent une logique plus profonde. Si la peur, la précarité et l'usure psychologique nous poussent au silence, il faut comprendre que ces violences patronales sont présentes partout et s'amplifient à mesure que le système s'essouffle. Les classes dirigeantes ne se maintiennent en place que grâce à la répression et à la criminalisation des mouvements sociaux.
Je réaffirme ma solidarité avec cette jeunesse qui, aujourd'hui, se fait massivement matraquer, puis se fait enfermer dans les cellules et passe devant les tribunaux. Du dépôt de bus aux lycées, des entreprises aux manifestations, une même question traverse les mobilisations : comment s'y prendre pour enfin gagner et mériter une vie meilleure ?
C'est dans cette perspective que nous appelons à voter pour la CGT Croix du Sud les 2 et 3 novembre, mais aussi l'ensemble des salariés de la DSP à s'organiser et à rejoindre les mobilisations actuelles, à commencer par la nouvelle journée de mobilisation prévue ce samedi 31 octobre, et à préparer la grève du 5 novembre.