Mirail : Au cœur de l'occupation, les étudiant.es en psycho se mettent au service de la mobilisation !
Fri, 23 Oct 2026 19:35:28 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAu Mirail, les étudiant.es en psychologie organisent des permanences d'écoute en soutien aux lycéen.nes et aux manifestant.es confronté.es à la répression. Au cœur de l'occupation, cette initiative dessine un autre projet d'université qui met les savoirs au service de la société.

[Note de la rédaction : La Présidence de l'Université Toulouse-Jean Jaurès vient de remettre aux occupants une mise en demeure, menaçant de faire intervenir la police ce jour, le vendredi 23 octobre à compter de 20h, pour expulser l'occupation qui a lieu dans le bâtiment Accueil du Mirail, alors que cette occupation tient dans le respect des personnes et des biens depuis le 6 octobre. Malgré cela, nous tenions à publier cet article, rédigé peu de temps avant la mise en demeure, afin de montrer ce que la présidente de l'université tente concrètement de réprimer au delà de ses éléments de langage creux et mensongers.]
Depuis plusieurs semaines, le département de psychologie du Mirail joue un rôle actif dans la mobilisation en soutien au mouvement lycéen, contre la répression et pour des hausses drastiques de moyens. Dans une filière particulièrement concernée par la pression à la sélection, cette mobilisation montre la voie pour entraîner l'ensemble des étudiants dans la lutte.
Dès lundi 5 octobre, ils étaient ainsi plus de 300 étudiant.es de psychologie à se réunir en assemblée générale, en soutien aux lycéen.nes qui réclament la fin des journées de cours interminables et l'abolition de Parcoursup, plateforme de sélection sociale et raciste. Ces revendications font justement écho à l'expérience des étudiants en psycho concernant la pression scolaire et la sélection. Tout étudiant.e passé.e par l'année de Licence 3 connaît l'angoisse et le stress de la période de passage en master, qui laisse finalement plus d'un.e étudiant.e sur deux sans place après la licence. D'autres formes de sélection sont d'ailleurs présentes tout au long de la licence, avec par exemple, à la fac du Mirail, l'interdiction d'avoir plus de deux absences pour une même unité d'enseignement sous peine de se voir attribuer un zéro.
Nouvelle attaque dans les tuyaux, il a été discuté dans les derniers conseils de l'UFR de psychologie la potentielle mise en place d'une note d'assiduité, qui sanctionnerait l'absence aux cours en travaux dirigés et représenterait un certain pourcentage de la note moyenne obtenue à l'issue du semestre. Ces règles sont appliquées au mépris de toute condition médicale et des plus d'un.e étudiant.es sur deux forcé.es de travailler à côté de leurs études. Elles participent par ailleurs à la non-application systématique du congé menstruel sans justification, pourtant officiellement en place depuis plusieurs années dans l'université.
Face à ces réalités, parce qu'ils et elles partagent la colère des lycéen.nes et refusent d'accepter cette pression et cette cadence, les étudiant.es défendent une université ouverte à toutes et tous et réclament, dans un communiqué issu de l'assemblée générale, l'application réelle de ce congé, l'abolition de Mon Master et la fin de toute forme de sélection à l'université.
Pour des savoirs au service de la société
Un autre élément central a émergé au fil de la mobilisation, celui des violences policières massives ayant lieu dans le mouvement en cours. En effet, face au nombre d'arrestations record, dépassant les 8000 au lendemain du 17 octobre, dont une majorité de mineurs, la question se pose de nos moyens d'action face à la situation. D'autant plus lorsque l'on voit que des jeunes de 16 ans, 15 ans, parfois moins, se retrouvent avec une main arrachée, un œil en moins ou une mâchoire brisée. Plus spécifiquement, pour les étudiant.es en psychologie, une question émerge : combien de lycéen.nes aujourd'hui victimes ou témoins, combien de leurs parents traumatisés, les futur.es professionnel.les réuni.es dans cette filière recevront-ils.elles un jour en consultation, et quelles séquelles porteront-ils.elles ?
De cette question naît un constat, il est nécessaire de construire une génération de psychologues qui ne se contentent pas d'écouter la souffrance mais qui utilisent leur savoir pour agir dans la période. C'est avec cette volonté qu'est née lors de la mobilisation la Purple Team, un collectif composé d'étudiant.es en licence et master de psychologie et différent.es professionnel.les de la discipline (psychologues, psychiatres, psychanalystes…) auquel participent certain.es membres du Poing Levé. Le collectif propose, toute la semaine, de 12h à 20h, devant le bâtiment Candilis, des espaces d'accueil et d'écoute aux lycéen.nes, étudiant.es et tout autre participant.e aux mobilisations en cours.
Par ailleurs, nous faisons face à une crise globale de la santé mentale dont la jeunesse est particulièrement au cœur. Pendant que les services publics sont toujours davantage dégradés et surchargés, avec, en 2024, des délais d'attente pouvant aller jusqu'à 6 mois pour une prise en charge psychiatrique en centre médico-psychologique en Haute-Garonne par exemple. De son côté, la prise en charge libérale est hors de prix pour une part importante des étudiant.es avec des dispositifs de remboursement insuffisants. De ce point de vue, la Purple Team constitue un exemple de l'auto-organisation de militant.es pour les militant.es qui, sans prétendre faire le travail d'une consultation ou d'un suivi psychologique, constitue un premier espace de soutien important et nécessaire dans la période.
L'occupation du Mirail, pour un autre projet d'université
Ces permanences d'écoute ont vu le jour dans le contexte de l'occupation du bâtiment de l'accueil de la faculté du Mirail par des étudiant.es. Ces deux initiatives sont liées par une même volonté, faire du Mirail une base arrière de la mobilisation lycéenne. En effet, l'occupation se fait le théâtre d'une multiplication d'initiatives visant à investir le campus pour défendre cette perspective. Ce sont ainsi des dizaines de cours alternatifs, projections et formations qui s'y sont jusqu'ici tenus. En psychologie, les étudiant.es se sont réuni.es à deux reprises pour réfléchir ensemble à un enseignement et à une pratique de leur discipline qui se mettent davantage au service de la société.
Ces discussions, que ce soit quand elles abordent des courants de pensée comme le freudo-marxisme ou la question de la prise en compte des oppressions racistes, enfantistes ou patriarcales dans les prises en charge, mettent les mots sur un malaise ressenti par de nombreux.ses étudiant.es de la discipline. En effet, si l'on peut discuter comme nous l'avons fait plus tôt des caractéristiques particulièrement sélectives de la formation en psychologie, celles-ci ne sont que le symptôme du fait que la filière est la pointe avancée du projet d'université néolibérale. Une université dont les enseignements sont dépolitisés et déconnectés des besoins et préoccupations réels de ses étudiant.es et de la société, au profit de ceux du patronat et de leurs entreprises privées. En psychologie, l'une des illustrations de ce projet est le plan COMETES (compétences et métiers de l'espace), que portera, dès 2027, l'université du Mirail et qui vise, entre autres, à mettre la psychologie au service de l'industrie aérospatiale et d'entreprises comme Airbus ou Safran en étudiant la gestion du stress des astronautes vivant dans les stations spatiales. Les discussions initiées par les étudiant.es de psychologie du Mirail, comme bien d'autres dans l'occupation, posent les bases d'une remise en question de ce projet d'université néolibérale et défend celui d'une université réfléchie par l'ensemble de ses acteur.ices, émancipatrice et ouverte à toutes et tous.
Aujourd'hui, l'occupation du Mirail bat son plein, ce malgré les tentatives de reprise en main de la mobilisation par la présidence et les directions d'UFR qui s'en font le relais, auxquelles s'est déjà opposé la purple team dans un communiqué. L'animation importante du campus émanant de l'occupation est un élément important pour garantir sa continuation et faire face aux prochaines tentatives de répression. Dans cette même perspective, et pour que l'occupation du Mirail puisse continuer à jouer pleinement son rôle d'appui pour la mobilisation lycéenne et étudiante, la grande assemblée générale interprofessionnelle qui s'est tenue ce mardi 20 octobre en réunissant plus de 800 travailleurs de l'aéronautique, de la santé, du social et de bien d'autres secteurs est une énorme avancée. Il est nécessaire de multiplier ce genre d'initiatives qui font entrer les travailleurs dans la mobilisation et ce, sans attendre le 5 novembre, date posée par les directions syndicales pour enjamber le 17. Après cette journée historique, soyons nombreux.ses dans la rue lors de la manifestation du samedi 24 octobre et lors de la prochaine assemblée générale interprofessionnelle de Toulouse qui se tiendra à la fac du Mirail, jeudi 29 octobre, pour organiser la suite de la mobilisation !