Radicalisation : le Medef refuse toute hausse du Smic et appelle à réprimer plus fort la mobilisation
Fri, 23 Oct 2026 21:31:55 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ la veille du 24 octobre, le patron du Medef Patrick Martin écarte l'hypothèse d'une hausse anticipée du Smic et réclame des mesures sécuritaires plus fortes. Une prise de position qui illustre la radicalisation du patronat, qui ne compte pas nous céder la moindre miette.

Interrogé au micro de Franceinfo ce vendredi 23 octobre, le président du Medef, Patrick Martin, est catégorique : pas question d'envisager une hausse du Smic pour répondre à la colère sociale. « Au motif d'acheter, en quelque sorte, la paix sociale dans la rue, on va créer la pagaille dans les entreprises », a-t-il déclaré. Toujours au sujet de la mobilisation et de la révolte de la jeunesse qui secouent actuellement la pays, le patron des patrons a sa propre solution à proposer : durcir encore la répression féroce engagée par le gouvernement. Alors que près de 8000 personnes ont déjà été placées en garde-à-vue depuis fin septembre, Patrick Martin appelle le gouvernement à prendre « des mesures beaucoup plus fortes ».
Il s'attaque également au projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027, actuellement discuté au Parlement, qui prévoit de réduire certains allègements de cotisations patronales et qui menacerait, selon lui, près de 200 000 emplois. Derrière cette rhétorique et le chantage au « coût du travail », Patrick Martin dicte la ligne dans cette période de polarisation politique et de retour de la lutte des classes au premier plan : le patronat n'est prêt à aucune concession – à moins d'y être contraint.
Pour autant, la radicalité de ses déclarations ne suffit pas à masquer l'impasse politique dans laquelle se trouve aujourd'hui la bourgeoisie française face à la colère sociale qui explose. Avec un déficit public qui devrait atteindre 5,4 % du PIB en 2026 (un record depuis 2002), une dette qui pourrait grimper à 121,7 % du PIB en 2027 et la menace d'une nouvelle dégradation de la note de la dette française par Moody's venue sanctionner des taux d'emprunt qui dépassent depuis peu les 5%, l'exécutif est sous pression pour réduire les déficits et rassurer les marchés financiers. Dans un contexte d'accélération militariste, l'impérialisme français cherche au contraire à accroître ses dépenses militaires pour défendre ses intérêts à l'étranger, ce qui nécessite de débloquer de nouveaux fonds au détriment des services publics. Autant d'éléments qui jettent de l'huile sur le feu d'une colère nourrie par des années d'austérité drastique et de hausse des prix, à commencer par ceux du carburant.
Le tableau est donc clair : face à une mobilisation d'ampleur contre la dégradation des services publics, la hausse du coût de la vie et alors que les salaires stagnent, la bourgeoisie ne compte concéder aucune miette et mise sur la répression pour atteindre ces objectifs malgré cette colère qui commence à s'organiser.
Alors que depuis quelques heures circulait l'hypothèse d'une hausse anticipée du Smic pour calmer le mouvement, Patrick Martin s'y est fermement opposé. Comble de l'indécence, il a été jusqu'à dire qu'augmenter les salaires, même de petites miettes supplémentaires, mettrait « les entreprises dans la nasse ». A l'heure où les vraies nasses de police permettent de viser et de réprimer les manifestants par milliers à chaque journée de mobilisation, et où ce week-end encore deux jeunes ont été mutilés ou éborgnés, l'emploi de cette expression est un crachat au visage de tous les réprimés et victimes des violences policières.
Radicalisé, la seule orientation proposée par le Medef est donc d'appeler le gouvernement à prendre des « mesures beaucoup plus fortes ». Pour justifier cet appel à la répression, Patrick Martin évoque les dégradations du 17 octobre et rappelle sur RMC « on paie des impôts, y compris pour assurer le maintien de l'ordre ». La solidarité patronale, version matraque.
Cette déclaration prend tout son sens alors que le gouvernement multiplie les annonces sécuritaires et les mesures répressives en réponse au mouvement du 17 octobre : instauration de couvre-feux ciblés, tentatives d'interdiction de manifester, mais aussi sanctions judiciaires contre les personnes interpellées, avec 232 incarcérations à la suite de cette journée, selon Darmanin. Des peines visant à restreindre à vie l'accès aux réseaux sociaux ou le droit de vote sont également évoquées.
Face à la répression, construisons la grève générale
Face au mouvement, le constat a au moins le mérite d'être clair : la bourgeoisie veut rétablir l'ordre au plus vite pour poursuivre son agenda austéritaire et militariste, en opposant une répression violente à celles et ceux qui se mobilisent contre l'avenir qu'elle leur réserve. Dans ce contexte, il est urgent de poser la question du rapport de force : le patronat ne cédera rien s'il n'y est pas contraint, par la force des travailleurs et de la jeunesse.
Ce rapport de force passe par la convergence des colères des étudiants, des lycéens et des travailleurs, au sein d'assemblées générales permettant de construire ensemble la perspective d'une grève générale reconductible. Car si la journée du 17 octobre a montré l'ampleur de la colère et la radicalité présentes dans une partie importante de la population, affronter la bourgeoisie implique de s'attaquer au cœur même de son système : son économie, en utilisant le principal outil dont disposent les travailleurs pour la bloquer, la grève générale.
L'ampleur de la colère sociale a déjà poussé la secrétaire générale de la CGT à appeler à une « grève généralisée » le 5 novembre. Il faut donner vie par en bas à cette perspective, en construisant et en renforçant partout les assemblées générales pour faire émerger un véritable mouvement de grève interprofessionnel à même de faire reculer le patronat radicalisé. Aux côtés de la jeunesse lycéenne et étudiante, le mouvement ouvrier peut arracher beaucoup plus que des miettes et que une hausse du Smic anticipée dont ont déjà si peur les patrons.
Crédit photo : capture d'écran Franceinfo