Privation du droit de vote, dénonciation aux employeurs : Darmanin veut intimider les manifestants
Fri, 23 Oct 2026 21:43:33 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalGérald Darmanin prévoit de nouvelles peines contre les personnes mobilisées : interdiction du droit de vote, de manifestation, ou encore bannissement des réseaux sociaux. Un ensemble de mesures qui s'ajoutent à l'agenda autoritaire d'un gouvernement fébrile.

Dans le contexte des mobilisations qui se poursuivent après la journée du 17 octobre, et en prévision du samedi 24, Gérald Darmanin a annoncé, depuis la prison de Fleury-Mérogis, de nouvelles instructions à destination des parquets et des procureurs généraux. Alors qu'une circulaire parue ce lundi 19 prévoyait déjà de « retirer des aides sociales des receleurs de produits volés », Darmanin demande désormais aux procureurs généraux de requérir des peines complémentaires contre les personnes interpellées pour « violences contre des personnes » ou « dégradations » : interdiction de manifestation, dont le non-respect serait sanctionné d'un an de prison et 15 000 € d'amende, ainsi que « la fin des droits civiques pour un certain temps, et notamment le droit de voter » et « une peine de bannissement des réseaux sociaux ».
Ces mesures constituent un saut supplémentaire dans la criminalisation du mouvement. Le gouvernement fait tout son possible pour dissuader quiconque de se mobiliser : les manifestations sont déjà partiellement ou complètement interdites dans plusieurs villes, alors que l'armée sera dans les rues. À cela s'ajoutent l'utilisation de drones et le déploiement d'unités spéciales comme le RAID et le GIGN.
Darmanin s'est également félicité de la construction de 3 000 places de prison modulaires, alors que les prisons françaises comptent plus de 90 000 détenus pour 63 348 places : un record qui avait amené le Conseil d'Europe à sonner l'alarme en évoquant le risque d'un « entrepôt humain ». Cette radicalité du pouvoir sur le terrain répressif et carcéral s'exprime y compris à l'encontre de toutes celles et ceux qui osent lever la voix contre le gouvernement, comme c'est le cas de Ritchy Thibault, porte-parole de PEPS et militant contre l'antitsiganisme, interpellé sur un blocus lycéen et emprisonné avant son procès.
Ces nouvelles mesures illustrent aussi l'arbitraire du pouvoir. La privation des droits civiques interviendrait en cas de « rupture avec le pacte républicain », une notion parfaitement floue qui permet de justifier des sanctions politiques au nom de critères particulièrement vagues.
Darmanin demande également que les employeurs soient informés des condamnations, exposant les personnes concernées à d'éventuelles sanctions professionnelles, voire à un licenciement. Dans le secteur public, le ministre souhaite que les administrations soient prévenues afin de permettre l'engagement de procédures disciplinaires. Une méthode permettant, en plus de dissuader de manifester, d'empêcher les personnes mobilisées de s'organiser sur leur lieu de travail.
Quant à la peine de bannissement numérique, prévue dans le Code pénal, elle implique une fermeture des comptes sur les réseaux sociaux et l'interdiction d'en créer de nouveaux pendant un certain temps. Alors que les réseaux sociaux ont joué un rôle central dans l'organisation des blocus lycéens, la circulation des appels à la mobilisation et la préparation de la journée du 17 octobre, cette mesure s'attaque directement à l'un des principaux outils de coordination de la jeunesse mobilisée comme on a pu le voir lors des divers épisodes de révolte de la Gen Z à travers le monde.
À ces mesures s'ajoute la demande faite aux procureurs de requérir des interdictions du territoire français à l'encontre des personnes étrangères condamnées. Une mesure xénophobe et raciste qui s'inscrit dans la continuité des discours médiatiques stigmatisant les jeunes mobilisés, régulièrement qualifiés de « barbares » ou de « sauvages ».
Ces mesures liberticides s'inscrivent dans un contexte où la jeunesse fait une démonstration de combativité qui ne doit pas faiblir devant les menaces toujours plus autoritaires du gouvernement. La fragilité du pouvoir macroniste, que traduit ce durcissement autoritaire, doit au contraire nous servir à amplifier la mobilisation, dont l'entrée du mouvement ouvrier organisé sera décisive, afin de bloquer l'économie et de faire plier le gouvernement.
Crédits photo : chaîne YouTube de l'AFP