Autoritarisme : à Toulouse, le couvre-feu s'installe pour étouffer la mobilisation
Fri, 23 Oct 2026 21:51:35 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ Toulouse, la préfecture impose depuis ce jeudi un couvre-feu après la mobilisation historique du 17 octobre. Une mesure qui intervient suite à la répression policière du 17, et qui s'inscrit dans une offensive autoritaire nationale, entre interdictions de manifester et multiplication des poursuites judiciaires.

Ce mardi 20 octobre, le préfet de la Haute-Garonne a annoncé la mise en place d'un couvre feu concernant un périmètre de l'hypercentre de Toulouse entre minuit et 5h du matin. Ce couvre-feu, déjà appliqué depuis jeudi, s'étendra jusqu'au dimanche 25 octobre et pourra être prolongé « au regard de de l'évolution de la situation », tout en étant sanctionné par une amende de 750 euros pour toute personne qui ne serait pas autorisée à circuler dans la zone. Cette mesure liberticide fait explicitement suite à la mobilisation nationale historique du 17 octobre. A Toulouse, celle-ci a réuni plus de 80 000 personnes dans sa manifestation avec une mobilisation qui s'est poursuivie jusqu'au lendemain. C'est dans cette même logique que les parcours des manifestations sont régulièrement déviés du centre ville comme c'est le cas de celui déposé pour la manifestation du 24 octobre.
A Toulouse, la préfecture n'en est pas à son coup d'essai
A Toulouse, la préfecture est elle aussi une habituée de ce type de mesures répressives et autoritaires. Toute personne ayant participé aux mobilisations contre la réforme des retraites ou en soutien au peuple palestinien de ces dernières années a connu les contrôles, les confiscations de masques et sérums physiologiques et l'utilisation systématique de gaz lacrymogènes. Celles-ci s'accompagnent de nombreuses interpellations et de violences policières, dans une municipalité qui fait de l'investissement massif dans la police municipale et l'équipement sécuritaire comme les caméras de surveillance l'une de ses principales caractéristiques. Le maire de la ville s'était également déjà essayé à l'instauration de couvre-feux avec l'annonce, le 11 juin dernier, de l'instauration d'une telle mesure pour les mineurs de moins de 16 ans dans le centre de la ville, dans le contexte de la coupe du monde de football, les nuits de matchs considérés comme « à risque ». Un dispositif répressif et raciste. Ces tendances rappellent les propos de Julien Talpin, directeur de recherche au CNRS et membre de l'observatoire national des libertés associatives qui qualifiait, en février dernier Toulouse de « laboratoire d'un autoritarisme municipal » entre Jean-Luc Moudenc et la préfecture de la Haute-Garonne.
Un sursaut autoritaire généralisé nationalement
Cette annonce s'inscrit dans un sursaut autoritaire qui dure depuis le début des mobilisations lycéennes et qui se renforce au lendemain du 17 octobre. Les mobilisations avaient déjà été le théâtre d'une répression policière massive, avec un bilan record de plus de 8 000 arrestations au niveau national depuis leur début, dont une majorité de mineurs. Cette répression s'était accompagnée de violences policières massives, comme ce fût le cas à Toulouse, où l'on compterait des centaines de blessés pour la seule journée du 17. Ce sont maintenant des mesures de répression administrative qui sont massivement déployées. C'est le cas des couvre-feux qui sont également appliqués dans de nombreuses villes en France comme Paris, Lille ou encore Carcassonne. Encore plus répandue, les interdictions de manifester constituent une offensive historique, qu'elles soient totales comme à Montpellier, ou que le droit de de déposer des parcours de manifestation soit délégué uniquement aux organisations syndicales. Cette interdiction renforce le clivage entre “bons manifestants” et “dangereux casseurs” déjà largement utilisé depuis le début des mobilisations. Ces mesures s'accompagnent d'un sursaut en termes d'offensives judiciaires avec Gérald Darmanin qui, dans une circulaire adressée au parquet et aux procureurs généraux, préconise par exemple l'interdiction de participation aux manifestations, le retrait du droit de vote ou le bannissement des réseaux sociaux pour les plus d'un milliers de personnes poursuivies après les mobilisations de samedi dernier.
Le gouvernement est acculé, à nous de nous organiser !
La multiplication des mesures répressives et autoritaires, tant dans la rue que sur le terrain administratif ou judiciaire, révèlent en réalité l'impasse dans laquelle se trouve actuellement le gouvernement. A sa manière, en annonçant la mise en demeure de l'occupation de l'université du Mirail en vue d'une potentielle expulsion, la présidence de l'UT2J se fait elle aussi le relais de ce tournant répressif.
Alors que le mouvement étudiant s'est aujourd'hui largement joint aux mobilisations lycéennes, nous devons multiplier les initiatives qui font entrer le mouvement ouvrier dans la bataille. À Toulouse, la grande assemblée générale interprofessionnelle du mardi 20 octobre a réuni près de 800 étudiants, lycéens et travailleurs de nombreux secteurs. Affirmant la nécessité de mobiliser le mouvement ouvrier par la grève pour imposer un rapport de force face à la répression du gouvernement, elle s'est fixé pour objectif de développer l'organisation à la base des travailleurs, en multipliant les assemblées dans les lieux de travail pour construire la grève du 5 novembre. Pour faire de cette résolution une réalité sur l'ensemble de la ville et renforcer toujours davantage la mobilisation, soyons nombreux dans la rue lors de la manifestation du samedi 24 octobre et lors de la prochaine assemblée générale interprofessionnelle de Toulouse qui se tiendra à la fac du Mirail ce jeudi 29 octobre !