À Lyon, la préfecture interdit les manifestations du 22 et 24 octobre : notre colère ne sera pas étouffée !
Thu, 22 Oct 2026 16:38:19 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAprès une journée historique et des dizaines de milliers de personnes dans la rue ce samedi à Lyon, l'offensive répressive bat son plein, entre couvre-feux et manifestation de groupuscules d'extrême droite. Pour leur faire face, la mobilisation se poursuit dans les facs, avec en ligne de mire la jonction avec le monde du travail.

La journée du 17 octobre a été massive ! Nous étions 20 000 à Lyon selon la police, et en réalité bien davantage. Toutes les rues et tous les ponts entre les Terreaux et Saxe-Gambetta étaient remplis de monde. Au cour de la journée, plusieurs rassemblements ont eu lieu tant sur les quais du Rhône, à la Manufacture (université Lyon 3), à Charpennes (Villeurbanne), place Guichard ou au marché des États-Unis.
Le retour d'une alliance de la Gen Z, de Gilets jaunes et de travailleurs a fait trembler le pouvoir. Mais immédiatement, le camp de la réaction s'est agité, appelant à davantage de moyens pour la répression, quand ce n'est pas de constituer des milices. Un couvre-feu a été mis en place depuis lundi soir entre Perrache et la place des Terreaux. Malgré l'interdiction de manifestations, des « commerçants » ont été autorisés à se rassembler devant l'office de tourisme incendié. Un rassemblement couvert en direct par le média d'extrême droite Frontières où s'est tenu une prière de rue, et qui comptait parmi les participants le néo-nazi lyonnais Renaud Mannheim. Sans surprise ce soit-disant rassemblement de commerçants a débouché sur une manifestation d'une centaine de néonazis, qui ont pu défiler rue Victor Hugo derrière une croix celtique en scandant des slogans néofascistes.
Dans le même sens le Progrès titre sur un trentenaire habitant de la presqu'île qui, après avoir promené son chien ce 17 octobre « pense à s'armer » en vue de samedi prochain : « matraque, bombe à poivre ou pistolet à plomb ». Actu Lyon choisit quand à lui pour titre la citation d'un policier qui déclare, avec ses collègues, s'être demandé s'il fallait « tirer dans le tas ».
Une journée du 17 octobre très réprimée
Parmi l'arsenal répressif déployé, on trouve la CRS 83 de Chassieu, une des cinq « unités de projection rapide » formée à l'exemple de la violente CRS 8. Il y avait aussi une autre compagnie, pour au total 150 à 200 CRS, accompagnée de compagnies d'interventions locales. Deux canons à eau ont aussi été utilisé abondamment contre la foule. Enfin, il y avait ce samedi les nouveaux blindés Centaure, déployés pour la première fois en manifestation à Lyon.
Dès tôt le matin, un hélicoptère de la gendarmerie a quadrillé le ciel de la ville. La CRS 83 a réprimé les rassemblements qui, de la Manufacture (université Lyon 3) sont remontés vers Charpennes. D'après les témoignages sur place, les CRS se sont mis à gazer dès midi sur la place Bellecour soit deux heures avant l'heure prévue du rassemblement. Les gaz ont ensuite été ininterrompus jusqu'à la tombée de la nuit. La police a tenu à empêcher les gens sur la place de la République de rejoindre ceux sur la place Bellecour, puis une bataille s'est engagée au niveau du pont de la Guillotière.
Plusieurs vidéos montrent des violences. Par exemple, une vidéo montre deux CRS matraquer une personne, agrippée par leur collègue, avant de la laisser repartir. Un journaliste de La Tribune de Lyon a aussi été « frappé lourdement à la jambe » à l'angle de la place Bellecour, selon le journal local.
Les étudiant·es du cortège inter-facs ont également été visés, se faisant confisquer leur banderole par la police. Cette même police a continué ses opérations de censure le mardi 20 octobre, en confisquant des centaines de tracts, jusqu'à tenter d'enlever une nouvelle banderole ainsi qu'un mégaphone à des étudiants de l'ENS qui rejoignaient la manifestation appelée par l'AG inter-facs à Vénissieux. La préfecture du Rhône opte pour une interdiction systématique des manifestations, comme celle prévue par l'interfacs ce jeudi, avec des 10 camions de CRS présents sur la place Guichard plus d'une heure avant le début du rassemblement, de même que des véhicules de l'opération sentinelle présents pour intimider les étudiants. La préfecture compte repliquer ce samedi 24 en interdisant toute manifestation. Une politique répressive qui vise à terroriser la jeunesse. Pourtant, elle continue de s'organiser sur toutes les facs lyonnaises.
Les assemblées générales étudiantes continuent de se massifier alors que la jeunesse cherche un débouché à sa radicalité
En effet, la radicalité et la massivité de la mobilisation de samedi ont donné la force au mouvement. Lundi à Lyon 1 s'est tenue une assemblé générale avec 450 personnes, un record depuis le début de la mobilisation. Nombre d'étudiants participaient pour la première fois. À Lyon 2, les étudiant·es tentent de trouver des solutions au lock-out mis en place par la présidence : une « université populaire » s'est tenue mercredi 21 octobre dans la bourse du travail, qui a rassemblé dans une réunion étudiants-personnels plus de 300 personnes. Enfin à l'ENS, l'AG du lundi 19 octobre a voté une occupation de jour, qui vise à mettre les locaux de l'école à disposition de la mobilisation. L'occupation permet la tenue de diverses activités : formations médic, service d'ordre, projections-débat, assemblées générales,...
Près d'un millier de jeunes ont encore défilé sous la pluie mardi matin à l'appel de l'interfac entre Vénissieux et le marché des États-Unis. L'assemblée inter-facs qui a suivi a rassemblé près de 300 personnes. Les discussions se sont centrées autour de la création de commissions visant à se lier aux travailleureuses. Le maître mot : se mettre à disposition des secteurs mobilisés pour construire la grève.
L'urgence est de préparer la grève générale
Après la réussite de la mobilisation du 17 octobre, agrégeant des secteurs de la jeunesse avec des travailleurs, notamment des cheminots à Lyon autour de revendications communes, qu'en terme de revendications, le mouvement doit se renforcer pour se donner les moyens d'arriver à ses fins et résister face à l'arsenal répressif et réactionnaire.
Alors que la radicalité des manifestants, qui rappelle les mobilisations des gilets jaunes, montre sa capacité à effrayer la classe dirigeante, elle ne suffira pas seule à lui tordre le bras. L'expérience des gilets jaunes a montré que face à la puissance de l'arsenal répressif de l'État et sa détermination à mutiler les manifestants, la révolte de rue seule ne suffisait pas. Pour réellement vaincre la violence d'État, il faut frapper son cœur économique, en construisant le grève générale reconductible dans le plus de secteurs possibles.
En ce sens, une délégation de l'assemblée générale inter-facs a déjà rencontré les conducteurs de bus TCL, en grève pour leurs salaires, la semaine dernière. Cela démontre d'une volonté de la jeunesse de se lier aux travailleurs pour les convaincre de les rejoindre. Certains grévistes étaient d'ailleurs présents ce 17 novembre. Les décisions prises par l'AG interfacs ce mardi 20 octobre vont dans le sens de multiplier ces initiatives afin de renforcer la solidarité entre étudiant·es et travailleureuses.
L'AG interprofessionnelle massive qui s'est tenue à Toulouse nous montre la voie : il faut multiplier les initiatives visant à coordonner les secteurs qui souhaitent construire la grève générale. La jeunesse a un rôle important à jouer dans cette coordination, pour convaincre le monde du travail de rejoindre la bataille, faire le lien entre les différents secteurs, et mettre ses lieux d'études au service de la mobilisation pour les transformer en bastions du mouvement.
Crédits : Dorian M