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Interdictions en série : Macron lance une offensive historique contre le droit de manifester

Thu, 22 Oct 2026 22:15:28 CEST

Révolution Permanente

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Après le 17 octobre, le gouvernement veut briser le mouvement en interdisant le simple fait de manifester. Dans toute la France, les préfectures multiplient les interdictions, jusqu'à fermer la rue à tous comme dans les Bouches-du-Rhône. Face à cette offensive inédite, faisons front !

« La recommandation générale, c'est qu'il n'y ait pas de manifestation dans les jours à venir. » Emmanuel Macron, à l'issue du conseil de sécurité réuni à l'Élysée, a fixé la ligne pour samedi : seules les organisations syndicales pourront défiler, sur des « tracés alternatifs » fixés par les préfets. Pour les autres, celles « qui ne sont pas légitimes », la règle est sans appel : « partout où on le peut, on interdira ».

Cette déclaration annonce une offensive sans précédent. En prétendant trier entre manifestants légitimes et illégitimes, l'exécutif s'arroge le pouvoir de décider qui a le droit de descendre dans la rue. Le prétexte syndical vise d'abord à isoler la jeunesse, en première ligne depuis début octobre, et à diviser une mobilisation qui menace de s'étendre au monde du travail. Mais il sert surtout de paravent à une attaque bien plus large : c'est le droit de manifester lui-même qui est en train d'être suspendu, comme le montre l'avalanche d'arrêtés pris ces derniers jours dans tout le pays.

Samedi 24 octobre : le droit de manifester suspendu dans une large partie du pays

À Paris, la logique présidentielle s'applique à la lettre. Le parcours syndical de Bastille à Nation est autorisé, mais l'itinéraire Bastille-Opéra doit être interdit, car il s'approche trop des beaux quartiers et des lieux de pouvoir. Le pouvoir trie entre manifestants « légitimes », cantonnés à des tracés balisés, et les autres, jeunesse en tête, pour isoler les secteurs les plus combatifs du mouvement.

Mais ailleurs, le masque tombe : le tri entre syndicats et « illégitimes » n'est qu'un prétexte pour interdire de manifester tout court. Dans les Bouches-du-Rhône, le préfet interdit samedi « toutes les manifestations, déclarées ou non déclarées », sur l'ensemble du département et quel que soit leur objet. Métro, tram et bus seront à l'arrêt pendant 24 heures dans toute l'agglomération marseillaise. Les habitants des quartiers populaires seront ainsi privés de transports, pour aller travailler comme pour se soigner, dans le seul but de les empêcher de rejoindre le centre-ville. Le couvre-feu est étendu aux majeurs les nuits de samedi et de dimanche. C'est un état de siège qui ne dit pas son nom, imposé à plus de deux millions d'habitants.

À Montpellier, la préfète de l'Hérault a appliqué la même recette, interdisant la manifestation de ce samedi, pourtant déclarée. Tout rassemblement est en outre proscrit de 8h à 22h dans un vaste périmètre du centre-ville, et le tramway sera à l'arrêt toute la journée. À Lyon, le préfet du Rhône interdit purement et simplement toute manifestation samedi, sur l'ensemble de la ville.

Ailleurs, ce sont les centres-villes qui sont fermés aux manifestants. À Nice, cortèges et rassemblements sont proscrits de 8h à minuit, de la gare jusqu'au port. À Toulon, Rouen, Le Havre, Caen et Chambéry, les cœurs de ville sont interdits du matin au soir. Au Mans, l'interdiction court sur cinq jours, jusqu'au mardi 27 octobre. À Grenoble et à Perpignan, elle couvre tout le week-end. À Orléans, où le RN tient son congrès, c'est une manifestation appelée dimanche par Sud-PTT qui est interdite. D'autres préfectures, à Clermont-Ferrand ou à Toulouse, envisagent encore de nouvelles interdictions d'ici samedi.

Ce mode opératoire a déjà été appliqué ce jeudi contre la mobilisation étudiante, avant même la déclaration présidentielle. À Paris, la préfecture de police avait interdit la manifestation qui devait relier la Pitié-Salpêtrière à Bastille. Le juge des référés a suspendu cet arrêté, mais la préfecture en a aussitôt pris un nouveau, réduisant le cortège à un rassemblement statique devant l'hôpital. Même désavouée par la justice, elle trouve la parade pour empêcher les étudiants de défiler et d'aller à la rencontre des travailleurs. Des arrêtés d'interdiction ont aussi été prononcés à Lyon, Lille, ou encore Rennes.

Cette pluie d'arrêtés préfectoraux s'inscrit dans un véritable saut répressif initié par l'exécutif après le 17 octobre. Là où il sera encore possible de défiler samedi, ce sera sous un dispositif militarisé. Le gouvernement a annoncé le déploiement de militaires de l'opération Sentinelle, du RAID, du GIGN, de la BRI et de blindés Centaure. Drones et hélicoptères survoleront les cortèges. Plusieurs départements interdisent le port d'équipements de protection, une mesure validée par le Conseil d'État, qui transforme le simple fait de se protéger des gaz et des LBD en indice d'intention violente. Tout cela s'ajoute aux couvre-feux décrétés en série depuis lundi à Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux ou Nice, dont plusieurs courent jusqu'au 26 octobre.

Faisons front face à une offensive historique contre le droit de manifester !

Nous assistons à une offensive historique contre le droit de manifester sous la Ve République. Mais cette offensive ne sort pas de nulle part. Elle a été préparée pendant des années, de la loi SILT de 2017, qui a fait entrer l'état d'urgence dans le droit commun, à la loi « anti-casseurs » de 2019 adoptée contre les Gilets jaunes. À l'automne 2023, Gérald Darmanin avait demandé aux préfets d'interdire les manifestations de soutien à la Palestine, et les interdictions s'étaient multipliées dans tout le pays.

Ce rouleau compresseur vise à terroriser la jeunesse et toutes celles et ceux qui se mobilisent. Seules une extension de la mobilisation et l'entrée du mouvement ouvrier dans la bataille pourront permettre d'y faire face. Les directions syndicales portent une responsabilité décisive. En les désignant comme seules « légitimes », le gouvernement veut en faire l'alibi de sa politique répressive. Les syndicats doivent dénoncer cette manoeuvre et exiger la levée immédiate de toutes les interdictions et de tous les couvre-feux.

Dans les lycées, les universités et sur les lieux de travail, c'est par les assemblées générales et la construction de la grève par en bas que nous pourrons préparer la seule réponse à la hauteur. Les directions syndicales appellent à une journée de mobilisation le 5 novembre : il faut en faire le début d'une grève générale politique, capable de faire reculer durablement les offensives du régime. Macron et son gouvernement sont ultra-fragiles et cherchent à reprendre la main par la force. C'est le moment d'amplifier la mobilisation pour faire tomber Macron et arracher nos revendications.

Crédits photo : Capture d'écran FranceInfo.

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