Occupations, cours populaires : les étudiants font vivre la mobilisation dans leurs facs
Thu, 22 Oct 2026 22:41:17 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis l'entrée du mouvement étudiant dans la bataille, des centaines d'étudiants ont occupé leur établissement, organisé des cours populaires, tutorats pour les lycéens, ateliers, formations. Tour d'horizon des formes d'auto-organisation dans les universités, qui doivent se poursuivre à destination du mouvement ouvrier, pour amplifier le rapport de force.

Depuis le début de la « semaine noire » le 5 octobre, où le mouvement lycéen a été rejoint par les facs, beaucoup d'entre elles ont été bloquées pour protester contre les conditions d'études et la sélection. Des établissements ont même été bloqués pour la première fois de leur histoire, tels que l'école du Louvre, l'Institut Catholique de Paris, HEC ou encore CentraleSupélec. À ces blocages ont systématiquement répondu des fermetures administratives, moyen pour le gouvernement d'entraver la mobilisation. Mais, en divers endroits, les étudiants ont repris le contrôle sur leur fac, en l'occupant, en organisant des débrayages ou encore des cours populaires.
Bloquer et occuper
Les occupations sont une pratique historique du mouvement étudiant : depuis 1946 et la rédaction de la Charte de Grenoble, document fondateur du syndicalisme étudiant, ce mode d'action a appuyé les mouvements de Mai 68, de 1986 contre la loi Devaquet, ou de 2006 contre le CPE. Même au cours des dernières années, il a continué d'être mobilisé contre Parcoursup, la réforme des retraites ou le génocide du peuple palestinien.
Rien d'étonnant, donc, à ce que le plus grand mouvement de jeunesse depuis vingt ans s'empare de cette pratique. C'est le Mirail, à Toulouse, qui a ouvert la voie : jeudi 1er octobre, une première occupation a été expulsée violemment par la police. En réaction, le lundi suivant, au début de la « semaine noire », plus de 2 000 personnes, lycéens, étudiants, personnels de l'université et parents d'élèves, se sont réunis en AG et ont voté l'occupation du bâtiment de l'accueil « jusqu'à la suppression de Parcoursup ».
Cette occupation auto-organisée autour de commissions vise à faire de la fac un lieu d'accueil et de solidarité pour les lycéens mobilisés, les habitants du quartier, les collectifs et les acteurs culturels, mais aussi une base arrière pour organiser la suite du mouvement. C'est dans cette logique qu'elle a accueilli la première AG interprofessionnelle depuis le début du mouvement à Toulouse : plus de 800 étudiants, lycéens et travailleurs de l'aéronautique, du social, de la santé, de l'éducation et de nombreux autres secteurs se sont réunis pour discuter de l'appel à la grève générale à partir du 5 novembre.
D'autres facs ont suivi : d'abord Paris 8, où une semaine plus tard, des centaines d'étudiants ont voté l'occupation pour contrer la fermeture administrative. Ensuite, les étudiants de Nanterre et de Paris-Cité ont occupé un bâtiment de leur fac, à partir du 14 et du 19 octobre. Les occupations de Paris 8 et de Paris-Cité vont accueillir, sur le modèle du Mirail, des AG intersectorielles, ouvertes aux lycéens, étudiants et travailleurs de Saint-Denis, vendredi 23 octobre à 17h, et du Sud de Paris, samedi 24 octobre à 10h30.
Paris 3, enfin, a été occupée à partir du 20 octobre, jusqu'à une intervention policière massive deux jours plus tard. Les deux premiers jours d'occupation sont racontées dans une gazette, Mauvaise Nouvelle – clin d'œil à la Sorbonne Nouvelle… Sur chaque campus, des activités sont organisées : tournois sportifs, projections de films ou de matchs, karaokés, concerts, etc. Mais on retrouve partout une constante : les cours populaires.
Éducation alternative
C'est Paris-Cité qui a inauguré le mouvement, avec une première université populaire dès le 7 octobre. Depuis, des centaines d'étudiants passent chaque jour par le campus pour assister à des formations anti-répression ou street medic, ainsi qu'à des cours donnés par des professeurs, mais adaptés à la mobilisation, comme un atelier sur les slogans dans les mouvements sociaux, ou sur la théorie révolutionnaire pour le XXIe siècle.
Ce principe a été largement suivi, y compris dans des universités non occupées comme l'INSA de Rennes ou l'ENS. Le campus de Condorcet est ainsi devenu l'UPAS, Université Populaire d'Aubervilliers Saint-Denis : un renversement de ce pourquoi le campus a été créé, à savoir incarner un « Harvard » français des sciences humaines, et isoler les étudiants. Condorcet est désormais pleinement ouvert sur l'extérieur, puisqu'on y retrouve, ainsi qu'à Nanterre, des cours de soutien scolaire pour les lycéens dont les établissements sont fermés.
En de nombreux endroits, étudiants et personnels ont renoué avec des pratiques historiques de l'éducation populaire, comme l'arpentage, technique de lecture collective. Ils abordent aussi leurs études sous un autre angle : à Paris 3, les étudiants en cinéma discutent de mettre leur caméra au service du mouvement, tandis qu'au Mirail, on a pu suivre un atelier intitulé « Comment politiser la psychologie et la rendre utile à la société ? » Les avocates du Collectif d'Action Judiciaire (CAJ), mobilisée depuis le début de la mobilisation pour défendre les lycéens réprimés, donnent des ateliers aux Saints-Pères, campus de Paris-Cité, ainsi qu'à Paris 1, ce vendredi 23 octobre, pour former les étudiants face à la répression, et leur donner des clés de compréhension politique du durcissement autoritaire de l'État. Rendre utile : tout est là. La jeunesse mobilisée souhaite mettre son savoir au service du bien commun.
Avec Le Poing Levé, c'est le projet que l'on défend. La mobilisation de la jeunesse a le pouvoir de changer le système, à condition de créer un rapport de force favorable. Pour ça, les occupations et les cours populaires doivent veiller à ne pas se contenter de l'état actuel, à ne pas tomber dans un entre-soi, mais au contraire à s'ouvrir toujours plus largement et à tisser des liens vers l'extérieur, et principalement le monde du travail et la jeunesse non étudiante. Les assemblées générales interprofessionnelles organisées au Mirail, à Paris 8, à Paris 3 à Paris-Cité sont des premiers pas dans cette direction : une université populaire, comme l'a montré Vincennes, ne peut pas exister en vase clos face à un pouvoir qui lui est hostile. Il faut donc organiser et s'allier à la seule force capable d'affronter ce pouvoir, celle des travailleurs, et préparer en conséquence la grève du 5 novembre.