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« Les manœuvres de l'UNEF et du NPA-R sont un frein à la mobilisation. » Communiqué du Poing Levé Nanterre

Thu, 22 Oct 2026 22:53:01 CEST

Révolution Permanente

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Depuis le début de la mobilisation à Nanterre, les militants de l'UNEF refusent de remettre en question leurs pratiques qui sapent l'auto-organisation. Un obstacle pour construire un mouvement étudiant fort.

Le 20 octobre, l'UNEF-Nanterre a sorti une vidéo qui dénonce des tentatives de harcèlement, des insultes sexistes violentes, des calomnies et des menaces personnelles à l'encontre de certaines de leurs militantes.

Aux côtés de l'AG de Nanterre, qui s'est exprimée à l'unanimité dans ce sens, et comme nous n'avons cessé de le faire ces dernières semaines, nous dénonçons ces attaques d'une forte gravité.

Mais contrairement à ce que prétend l'UNEF dans sa communication, cela ne doit pas nous empêcher de formuler un débat important sur l'auto-organisation.

Depuis plusieurs semaines, de très nombreux étudiants de Nanterre prennent la parole sur le campus, dans les AG et sur les réseaux sociaux, pour dénoncer les méthodes de l'UNEF et du NPA-R dans le mouvement. À raison : ce syndicat qui défend en théorie l'auto-organisation des étudiants empêche, dans les faits, ces derniers de décider par eux-mêmes et pour eux-mêmes des suites de leur mouvement.

Ils tentent de contrôler la tribune dans les AG, essaient de refaire les votes qui ne vont pas dans le sens de leurs propositions, et impulsent même des faux cadres de mobilisation, composés seulement d'eux-mêmes, et qui leur permettent de parler seuls au nom de tout le mouvement.

Ils animent même un compte Instagram parallèle au nom de l'AG, ou ont communiqué avec la présidence de la fac au nom de l'AG également, sans aucun mandat.

Ce que critiquent donc à raison de très nombreux étudiants à Nanterre, c'est que l'UNEF finisse par instrumentaliser l'auto-organisation à des fins boutiquières. C'est ce qui leur est aussi reproché sur la mobilisation des sans-facs par ces derniers, qui ont été écartés des négociations avec le ministère et ont choisi de s'organiser en indépendance de l'UNEF pour la suite de leur combat.

Ces méthodes ne se cantonnent pas qu'à Nanterre, et les critiques sont nombreuses. Depuis plusieurs semaines, le NPA-R appelle du jour au lendemain à des AG « interfacs » qui ne sont que des parodies de démocratie étudiante. Elles se transforment en effet rapidement en simples meetings, où une proportion écrasante des intervenants sont de leur organisation.

Ces pratiques ne permettent pas de construire efficacement la suite du mouvement : seules les grandes facs sont représentées, personne n'a été mandaté pour prendre de décision… Et tout ça se tient parfois en même temps que des étudiants se font gazer en manifestation, comme le 13 octobre à Paris, et alors que beaucoup de monde demandait à reporter la date de l'AG.

Ces fausses « interfacs » à répétition sont non seulement épuisantes, mais elles sèment aussi la confusion en faisant et refaisant des votes à l'applaudimètre, et en réduisant toujours un peu plus le nombre de participants, ce qui gonfle proportionnellement le poids du NPA-R pour peser dans les votes.

Dans ces conditions, les étudiants ne peuvent décider de rien, sinon de politiques déjà vues en amont, comme des parcours déjà déposés en préfecture ou le fameux « comité de mobilisation » contrôlé de A à Z par le NPA-R – qui a même créé un faux compte Instagram de l'interfacs, en réalité actif depuis plus d'un an, et proclamé une de leur militante « porte-parole » sur les plateaux télé sans avoir été élue par personne.

C'est ainsi que le NPA-R a défendu une manifestation déclarée pour le 17 octobre, prétendument au nom des étudiants et lycéens franciliens mobilisés, alors qu'ils étaient en réalité trente à voter cette proposition en interlycées…

Et on pourrait dire la même chose de la Coordination Nationale Étudiante qui s'est tenue à Grenoble le 18 octobre, dans laquelle le NPA-R pesait un tiers des délégués et environ la moitié du comité de mobilisation.

Le problème, ce n'est pas seulement que l'UNEF bordélise les AG. C'est que ses méthodes de noyautage sont des freins à la mobilisation et pourraient malheureusement finir par dégoûter les étudiants de l'auto-organisation, au moment où nous en avons le plus besoin pour avancer.

Tout ce débat, ce n'est pas une simple querelle entre organisations. La question, c'est comment on construit une véritable mobilisation.

Ce n'est pas en excluant l'UNEF-Nanterre et le NPA-R que nous pourrons combattre leurs méthodes, mais en les mettant en minorité par le vote, et en faisant en sorte qu'aucun syndicat et aucun parti ne se place au-dessus du fonctionnement et des décisions de notre organisation, pour que le mouvement nous appartienne à toutes et à tous.

Les AG doivent être le cadre unitaire de base, dans lequel chacun doit pouvoir exprimer ses sensibilités et ses idées, tout en respectant les décisions majoritaires. C'est comme ça que nous pourrons en finir avec les manœuvres qui divisent et dispersent le mouvement, et qui finissent par le démoraliser.

À ce titre, la stratégie autonomiste constitue aussi un frein à l'auto-organisation et à l'élargissement de la mobilisation. Toutes les pratiques de verrouillage des discussion par des petits groupes, de remise en cause des résolutions adoptées en AG, ou d'exclusion arbitraire de différentes organisations syndicales ou politiques, ne font qu'éloigner la perspective d'un cadre souverain et représentatif, et reproduisent les logiques bureaucratiques qu'elles prétendent combattre.

Se réfugier dans des occupations minoritaires – aussi bien organisées soient-elles – conduit à isoler la mobilisation autour du noyau le plus actif, par manque de confiance en sa capacité à agréger de plus en plus de personnes. Mais la radicalité sans massivité est impuissante. Rompre cet isolement demande de se tourner vers les secteurs ouvriers et, s'il faut occuper nos universités, d'en faire les bases arrières de la construction de la grève.

À rebours de ce pessimisme, la première coordination d'Île-de-France, réunie ce lundi 19 à l'occupation de Nanterre, a ouvert la voie à une structuration du mouvement. 32 campus étaient représentés, par des délégations élues de manière proportionnelle et mandatées par leur AG, et les petits campus et des IUT mobilisés pour la première fois ont pu s'exprimer. C'est avec ces méthodes d'auto-organisation que le mouvement étudiant a arraché des victoires par le passé, comme la lutte contre le CPE en 2006.

La prochaine coordination régionale va se réunir à nouveau vendredi 30 octobre, avant la rentrée. Nous invitons chaque campus et chaque école d'Île-de-France à élire ou réélire des délégations pour être représenté, et décider d'une politique commune au nom du mouvement étudiant dans toute sa diversité. Nous invitons l'UNEF et le NPA-R à participer aux AG et à ces cadres de coordination en y proposant leur politique librement, mais en respectant la démocratie étudiante ainsi que les votes.

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