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Budget 2027 : le gouvernement menace d'un passage en force austéritaire en pleine mobilisation sociale

Wed, 21 Oct 2026 19:37:55 CEST

Révolution Permanente

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Après le budget de l'État, le PLFSS est arrivé sur les bancs de l'Assemblée nationale ce mardi, alors qu'il a essuyé un rejet en commission vendredi dernier. Après l'explosion de colère massive du 17 octobre, Lecornu pourrait désormais imposer son budget austéritaire par 49.3 ou par ordonnance.

En commission, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) aura connu le même sort que le projet de loi de finances (PLF) de l'État une semaine plus tôt : un rejet net par les députés, sans conséquence immédiate mais symptomatique de la crise gouvernementale. Ce mardi 20 octobre, c'est donc la version initiale du PLFSS proposée par l'exécutif qui était soumise aux débats dans l'hémicycle.

Face au risque de ne pas parvenir à réunir une majorité, le gouvernement brandit désormais ouvertement la menace d'un passage en force. Ce mercredi matin, au micro de RTL, Roland Lescure, ministre de l'Économie, a évoqué les « deux glissières de sécurité sur l'autoroute budgétaire : le 49.3 et les ordonnances », avant de prévenir : « Si on veut rester à 5 % de déficit, soit les parlementaires nous y amènent, soit on les y amènera, pas de force, mais avec les instruments constitutionnels qui existent. » Derrière cette métaphore, le message est clair : si les députés ne lui permettent pas de faire adopter son budget, le gouvernement n'hésitera pas à utiliser les outils anti-démocratiques à sa disposition pour imposer la saignée.

Lire aussi : Budget 2027 : le RN vole à la rescousse du gouvernement en s'opposant à une motion de rejet

Les casseurs de la Sécurité sociale

En effet, le PLFSS 2027 affiche un objectif clair : réduire le déficit de la Sécurité sociale de près de moitié, soit de 21,8 milliards en 2016 à 12,7 milliards l'année prochaine. Une saignée austéritaire de près de 10 milliards d'euros qui serait essentiellement financer à coups de rabot dans les dépenses. En ligne de mire de l'exécutif, les dépenses liées aux retraités et à la santé.

Plus de la moitié des « économies », soit 5,5 milliards d'euros, reposerait sur les retraités. Notamment par la non revalorisation des pensions de base en janvier 2027, supposée suivre l'inflation. Dans le projet de loi, seulement un tiers des retraités (touchant moins de 1260€, pensions de base et complémentaire comprises) bénéficierait désormais de cette revalorisation. Au-delà de 1260 € par mois, le gouvernement envisage tout simplement de désindexer les pensions. Cela s'ajoute aux offensives ciblant les retraités déjà présentes dans le budget de l'État, comme le plafonnement à 3000 euros de l'abattement fiscal de 10% dont bénéficient les retraités.

L'austérité voulue par le gouvernement ambitionne également de cibler les remboursements de la Sécurité sociale. En plus des baisses des remboursements de certains soins (soins dentaires, transports sanitaires), déjà actées pendant l'été mais qui feront pleinement effet en 2027, le gouvernement mise sur 5,1 milliards de réductions supplémentaires. Dans les grandes lignes : diminution des montants remboursés sur les médicaments et les dispositifs médicaux, coupes sur les arrêts maladie (sur des modalités encore floues), ou encore transfert aux complémentaires de 500 millions de remboursements de frais hospitaliers. Notons que ce type de transfert conduit à une augmentation des cotisations aux mutuelles complémentaires, et ce malgré leur prétendu gel établi par le PLFSS 2026 : une enquête fait en effet l'état d'une augmentation annuelle moyenne de 106,21€ en 2026.

Autre volet significatif de la saignée budgétaire souhaitée par Lecornu : les allocations sociales. Le PLFSS prévoit un gel des prestations familiales et un « recentrage » – aux modalités imprécises – de l'allocation de rentrée scolaire, le tout chiffré à 1,1 milliard d'euros. Surtout, le gouvernement ambitionne d'appliquer une mesure qui pourrait être toute droit sortie du programme du Rassemblement national : le conditionnement des prestations familiales et des aides personnelles au logement à 1 an de résidence en France pour les étrangers non européens. En clair, une politique de préférence nationale qui ne dit pas son nom, dans la droite lignée des revendications historiques de l'extrême droite.

Un passage en force risqué

Ainsi, le gouvernement cherche à faire adopter une nouvelle cure d'austérité, tout en préservant les intérêts du patronat et en poursuivant la militarisation du pays. Mais les calculs des groupes parlementaires compliquent l'équation. Le Parti socialiste pourrait refuser de soutenir le budget pour préserver son image d'alternative au macronisme, sous la pression de la colère sociale du 17 octobre, après avoir pourtant sauvé le gouvernement à plusieurs reprises. Le RN, qui a refusé de voter la motion de rejet, doit quant à lui concilier ses gages au patronat avec une base populaire en partie sensible aux mobilisations contre la vie chère. Rien ne garantit donc à Lecornu une majorité, ni à droite ni à gauche.

Ainsi le même dilemme qu'en 2025 et en 2026 se présente au gouvernement, mais avec une différence loin d'être négligeable : une révolte de la jeunesse en pleine extension à laquelle commence à se joindre une partie du mouvement ouvrier. Face à l'impossibilité probable d'assembler une majorité parlementaire, Lecornu pourrait ne pas avoir d'autre choix que d'imposer par la force son budget s'il veut faire payer ses objectifs austéritaires et militaristes aux travailleurs. En 2023, le 49.3 sur la contre-réforme des retraites avait mené à l'embrasement de la mobilisation. Aujourd'hui, le gouvernement sait bien qu'un énième 49.3 sur le budget pourrait produire les mêmes effets.

Quoi qu'il en soit, les perspectives à défendre pour la mobilisation en cours sont claires : unifier la colère sociale, l'étendre davantage au mouvement ouvrier et surtout, renouer avec la lutte des classes. Seule une grève générale massive des travailleurs, qui converge avec la colère des étudiants et des lycéens, sera à même de non seulement mettre en échec les ambitions austéritaires du gouvernement, mais plus largement de faire tomber Macron et son gouvernement.

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