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Masques, lunettes, sérum phy : quand se protéger des gaz lacrymogènes devient interdit

Wed, 21 Oct 2026 20:10:15 CEST

Révolution Permanente

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Masques, lunettes, casques, sérum physiologique : plusieurs préfectures ont interdit tout équipement permettant de se protéger des gaz, grenades et tirs de LBD aux abords des lycées et universités ces dernières semaines. Une mesure ahurissante qui montre un pouvoir prêt à tout pour écraser la révolte de la jeunesse.

Le gouvernement en crise n'a rien à proposer à la jeunesse révoltée. Il utilise donc son seul outil face à la colère sociale : la répression, sous toutes ses formes. Après la multiplication des fermetures de lycées et des interdictions de se rassembler, plusieurs préfectures ont pris des arrêtés visant à interdire le port d'équipements de protection « destinés à mettre en échec les moyens utilisés par les représentants de la force publique pour le maintien de l'ordre public ».

Ces arrêtés « exceptionnels » sont symptomatiques des pouvoirs dévolus à l'exécutif et à ses préfets sous et par le régime de la Ve République, qui leur permet de brandir aisément la carte de l'ordre public pour suspendre de façon discrétionnaire nos libertés.

« Protéger les élèves », vraiment ?

Par ces mesures, les préfectures prétendent « garantir le bon fonctionnement des établissements scolaires et la protection de leurs élèves, du corps enseignant, des personnels administratifs et des riverains ».

L'hypocrisie est totale. Le bon fonctionnement des lycées, c'est justement ce que réclame la jeunesse - qui dénonce le manque de professeurs, les classes surchargées et la dégradation des conditions d'études - et c'est précisément cette parole que le pouvoir cherche à étouffer depuis le début du mouvement. L'État ne s'en soucie qu'en paravent depuis que les élèves les bloquent, pour mieux justifier la répression.

Quant à la protection des élèves, le bilan de la répression policière - que ce soit celui de ces dernières semaines, comme celui de ce samedi 17 octobre, parle de lui-même : ce sont presque 10 000 personnes qui ont été interpellés depuis le début du mouvement social, dont 1949 sur la seule journée du jeudi 1er octobre, et beaucoup ont été gravement blessés, voire mutilés.

Se protéger, c'est être suspect

Les arrêtés visent les équipements « destinés à mettre en échec » les moyens du maintien de l'ordre. Des moyens dont on a vu ce qu'ils font aux corps des lycéens : ce sont les gaz lacrymogènes, les grenades explosives, les lanceurs de balles de défense, qui blessent et qui mutilent. En interdisant toute protection, les préfectures assument que la douleur fait partie du maintien de l'ordre, et que vouloir s'en prémunir suffit à rendre suspect. L'État veut une jeunesse docile, qui subisse sans broncher la dégradation de ses conditions de vie.

Cette assimilation entre protection et violences poursuit la logique d'un arsenal pénal déjà bien rodé. Depuis la loi « anti-casseurs » de 2019, adoptée en pleine répression des Gilets jaunes, dissimuler tout ou partie de son visage aux abords d'une manifestation est un délit puni d'un an d'emprisonnement. Dès l'entrée en vigueur du texte, des manifestants portant des lunettes de natation, des masques antipoussière ou des casques pour se protéger des gaz ont été arrêtés et poursuivis à ce titre. Les arrêtés d'aujourd'hui ajoutent une couche de répression administrative à cette logique pénale : l'équipement de protection devient un indice d'intention violente. De quoi invoquer le délit de dissimulation du visage ou celui de « participation à un groupement en vue de commettre des violences », et placer massivement en garde à vue. De la préfecture au parquet, répression administrative et répression pénale se relaient pour silencier les voix dissidentes.

En 2023 déjà, pendant le mouvement contre la réforme des retraites, la préfecture de police de Paris avait interdit ces équipements, avec la même logique d'interpellation.

Aujourd'hui encore, si la justice a suspendu certaines interdictions de rassemblement autour des lycées, elle en a validé d'autres. Et quand elle annule, les arrestations ont déjà eu lieu et les gardes à vue sont terminées. Ce n'est pas un dysfonctionnement : la justice, administrative comme pénale est organisée pour garantir l'ordre existant, et donc les intérêts des classes dominantes, que la radicalité de la colère lycéenne et la perspective de son extension menacent directement. Preuve en est de la décision du Conseil d'Etat de jeudi dernier : il y a expliqué que « le port de tels équipements n'apparaiss[ait pas] nécessaire pour protéger la liberté de manifester même de jeunes lycéens, y compris s'agissant de casques de protection, de genouillères ou de coudières ».

Alors si le terrain judiciaire reste un terrain de lutte, que nous continuerons d'occuper aux côtés des lycéens poursuivis notamment avec le Collectif d'action judiciaire, ce n'est pas devant un tribunal que se gagnera cette bataille. Seuls la mobilisation et le rapport de force pourront faire reculer la répression sous toutes ses formes.

Ne pas laisser la jeunesse seule

Cet acharnement judiciaire et administratif trahit la fébrilité du pouvoir. À 7 mois de la présidentielle, dans un climat social et politique électrique, le gouvernement craint plus que tout que le mouvement s'étende encore davantage et rencontre la colère des travailleurs, jonction que le mouvement du 17 octobre a concrètement commencé à esquisser.

Syndicats enseignants, parents d'élèves, étudiants, organisations du mouvement ouvrier : toutes et tous doivent soutenir les lycéens, pas seulement par des communiqués, mais par la grève et l'auto-organisation à la base, les assemblées générales dans les lycées, les universités et sur les lieux de travail, et les rencontres interprofessionnelles entre les secteurs.

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