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Université de Bordeaux : 2 000 étudiants en AG, l'enjeu de structurer la suite

Wed, 21 Oct 2026 20:18:06 CEST

Révolution Permanente

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Après les lock-out, les campus de Montesquieu et de Béthanie ont rouvert ce mardi. Réponse immédiate des étudiants : deux AG historiques, réunissant chacune plus de 1 000 personnes, qui ont voté le blocage et convergé vers la présidence.

Ce mardi 20 octobre marquait, deux jours après la mobilisation historique du 17 octobre, la réouverture des campus de Montesquieu (droit et économie) et de Béthanie (sciences) de l'Université de Bordeaux, après deux semaines de fermeture administrative décidée par la présidence pour tenter d'étouffer la mobilisation. Un calcul qui s'est retourné contre elle : la réouverture a immédiatement été suivie de deux assemblées générales d'une ampleur inédite sur les deux campus.

Des AG de plus de 1 000 personnes qui articulent lutte lycéenne et revendications étudiantes

À Montesquieu, plus de 1 000 étudiants se sont réunis sur le parvis d'Aula Magna, le plus grand amphithéâtre du campus. Si la discussion s'est d'abord concentrée sur la question du blocage de la fac, elle s'est rapidement élargie aux revendications politiques du mouvement : soutien au combat des lycéens contre la sélection, la pression scolaire, le manque de moyens et la répression qui les frappe depuis la mi-septembre, mais aussi intégration des revendications propres aux étudiants, notamment sur la précarité qui touche un grand nombre d'entre eux. Dans cet esprit, l'AG a voté un appel au rassemblement le 3 novembre devant le rectorat, lors du prochain Conseil d'administration du CROUS, pour dénoncer le mal-logement qui s'aggrave en pleine période de lock-out des universités, poussant de nombreux étudiants à rester chez eux, alors que le repas à un euro demeure inaccessible à une bonne partie d'entre eux et que la majorité des restaurants universitaires n'ouvrent plus le soir. À l'issue de cette assemblée, 774 étudiants ont voté en faveur du blocage de la fac, contre seulement 200 votes opposés. Les étudiants ont immédiatement organisé le blocage. En réaction, la direction de l'université a de nouveau prononcé une fermeture administrative.

Même son de cloche du côté de la fac de sciences de Béthanie, où près d'un millier d'étudiants se sont retrouvés sur le parvis, dans une AG qui faisait suite à une première réunion la veille, ayant déjà rassemblé 100 personnes malgré le lock-out orchestré par la présidence. Les étudiants mobilisés sont intervenus pour dénoncer la répression policière et la division que tente d'opérer le gouvernement entre « bons manifestants » et « dangereux casseurs », ainsi que l'importance de faire la jonction entre enseignants et étudiants. Alors que des examens devaient se tenir à 13h30 dans le bâtiment A22, les étudiants ont voté à l'unanimité le blocage du bâtiment, dénonçant le cynisme consistant à fermer la fac pendant une semaine pour tenter d'étouffer la mobilisation, puis à la rouvrir pour faire reprendre les cours en faisant comme si de rien n'était, en complète abstraction de la situation sociale. L'AG s'est poursuivie dans un amphithéâtre du bâtiment.

À la suite de ces deux assemblées générales, les étudiants des deux campus ont convergé vers le Haut-Carré, bâtiment où siège la présidence de l'université, qu'ils ont bloqué pour dénoncer la répression administrative qu'ils subissent depuis deux semaines. Face à la détermination de la foule, la vice-présidente de l'université a été contrainte de sortir pour entendre les revendications étudiantes et y répondre. Sous la pression de la mobilisation, elle a reconnu la légitimité des assemblées générales et de leurs revendications, s'engageant toutefois de manière abstraite, à l'image de Dean Lewis dans Sud Ouest, à les écouter et à « y apporter des réponses, avec une priorité : garantir à chacun les meilleures conditions possibles pour étudier, travailler et débattre ».

Sous la pression de plusieurs milliers d'étudiants réunis en AG et capables de converger jusqu'à ses locaux, la présidence a été contrainte de réagir. Mais derrière ses déclarations d'ouverture, elle cherchera sans aucun doute à reprendre la main sur la situation, en imposant son propre cadre de discussion, ses interlocuteurs et son calendrier, pour contenir la mobilisation plutôt que répondre à ses revendications. Ce n'est pas à la présidence de décider des conditions dans lesquelles les étudiants peuvent faire entendre leur voix : c'est aux étudiants mobilisés, réunis en AG, d'imposer leurs revendications et les modalités de discussion avec la direction. La reconnaissance de principe des AG ne vaut rien si elle sert à renvoyer les étudiants à des échanges sans lendemain, pendant que la répression administrative se poursuit.

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L'enjeu de structurer cette force

La journée du 20 octobre a ainsi mis en lumière un enjeu décisif pour la suite du mouvement : comment structurer la force qui vient de s'exprimer pour lui permettre de peser durablement sur le rapport de force ? En quelques heures, des milliers d'étudiants se sont réunis en assemblées générales, ont voté des blocages, affirmé leur solidarité avec les lycéens et convergé vers la présidence pour lui imposer leurs revendications. Il faut désormais que cette force puisse décider collectivement de la suite et se donner les moyens de faire appliquer ses décisions.

Cela suppose de faire des assemblées générales de véritables lieux de décision et de contrôle du mouvement, appuyées sur des comités de mobilisation et des commissions chargés de prendre en charge les tâches, de coordonner leur activité et de rendre compte de leur travail en toute transparence devant l'ensemble des étudiants. Pour donner aux AG une base encore plus large et plus solide, une piste serait également de structurer la mobilisation dans les différentes composantes de l'université, par collège et par filière. Des assemblées à cette échelle permettraient de discuter des revendications propres à chaque secteur, de mobiliser de nouveaux étudiants et de renforcer la mobilisation à l'échelle de toute l'université.

Cette structuration doit rester sous le contrôle des AG, qui fixent les orientations, évaluent les initiatives et peuvent demander des comptes à ceux qui sont mandatés pour les mettre en œuvre. L'auto-organisation ne consiste pas seulement à pouvoir voter ensemble, mais à se donner collectivement les moyens d'agir entre deux assemblées. C'est aussi une condition pour éviter que l'activité repose toujours sur les mêmes militants.

Une telle organisation pourrait aussi faciliter la mise en place de cadres de coordination à l'échelle de la ville et au niveau national, en s'appuyant sur des représentants mandatés par les AG et capables de faire remonter les discussions et les décisions de la base.

Cet enjeu est indissociable de celui de la convergence avec le mouvement ouvrier. Il faut construire des liens concrets avec les salariés et leurs organisations syndicales, sur les lieux de travail comme dans les universités. Les revendications contre la précarité, la dégradation des services publics et la répression touchent l'ensemble de notre classe. Dans ce sens, il faut s'inspirer des assemblées interprofessionnelles qui commencent à émerger comme à Toulouse. La jeunesse mobilisée peut contribuer à entraîner d'autres secteurs dans la lutte, tandis que la force du mouvement ouvrier, par sa capacité à interrompre la production et l'activité économique, est décisive pour imposer un recul au gouvernement.

La journée du 20 octobre a montré à l'université de Bordeaux que les étudiants avaient la force de se mobiliser massivement et d'imposer leurs revendications. L'enjeu est désormais de structurer cette force démocratiquement, de ne laisser ni la présidence ni une minorité de décider à la place du mouvement, et de renforcer les liens avec les lycéens et le mouvement ouvrier pour construire une mobilisation capable de durer, de s'étendre et de faire reculer le gouvernement.

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