Des drones aux unités spéciales : l'État militarise la répression de la contestation sociale
Wed, 21 Oct 2026 20:19:43 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalPartout en France, des drones ont été utilisés pour surveiller les lycéens en révolte. Une image marquante de la militarisation de la répression, qui s'est encore amplifiée après l'annonce de l'utilisation de militaires de l'opération sentinelle. Un projet de société voulu par la bourgeoisie, et contesté par la jeunesse.

Ils constituent l'image la plus caractéristique de la guerre en Ukraine : les drones, de combat ou de reconnaissance, sont désormais produits et utilisés massivement sur les champs de bataille d'Europe au Moyen-Orient. Dans le même temps, c'est au dessus de lycéens de France en révolte que résonnent leurs vrombissements caractéristiques. Les arrêtés de préfecture autorisant le survol des établissements pour procéder à des captations d'images se sont en effet multipliés au cours du début du mois d'Octobre, alors que la révolte de la jeunesse, partis de la banlieue parisienne, s'étendait à l'ensemble du pays. Dès le 1er octobre, le préfet de Meurthe-et-Moselle a autorisé la surveillance par drone des mobilisations lycéennes, de même qu'à Nantes ou à la Réunion où la préfecture a donné l'autorisation d'utiliser jusqu'à 3 drones par communes le 6 octobre. Des dispositifs de surveillances déjà utilisés massivement à Mayotte confirmant le rôle de laboratoires répressifs des colonies françaises.
C'est en 2022 que l'État a instauré, par la Loi sécurité intérieure, la possibilité de surveiller par des drones les mobilisations, sous réserve d'un arrêté préfectoral. Il s'agissait en réalité de donner un cadre légal à une procédure déjà utilisée par la police. La loi RIPOST, adoptée cette année permet à la préfecture de ne pas publier l'arrêté autorisant la police à effectuer la surveillance par drone, se contentant de l'envoi d'un SMS ou d'un mail, afin de court-circuiter les recours.
Une surveillance militarisée dénoncée par plusieurs syndicats du Calvados, l'apaisement n'étant évidemment pas le but recherchée par le gouvernement, qui veut au contraire mettre au pas, par un usage massif de gaz lacrymogènes et par l'emploi des matraques, une jeunesse dont les préoccupations en terme d'avenir climatique et de justice sociale la font échapper à son contrôle. A la suite de la journée du 17 octobre, qui témoigne d'une montée en colère et en radicalité de la jeunesse en lutte, le gouvernement a choisi de monter encore d'un cran. Le Collectif d'Action Judiciaire (CAJ) a ainsi dénoncé le déploiement de militaires de l'opération Sentinelle, des unités militaires spécialisées du GIGN, du RAID et de la BRI.
De surcroît, des appareils blindés comme les Centaures seront déployés en ville le 24 octobre. Si l'annonce du survol d'hélicoptères en complément doit nous révolter, il ne doit pas nous surprendre, les lycéens de Toulouse ayant déjà pu en voir un survoler à basse altitude leurs lycées vendredi 2 Octobre. Pour les forces de répression, leur emploi permet, par rapport aux drones, d'étendre le périmètre d'identification des visages de 200-300 mètres à plus d'un 1 kilomètre. Alors que les caméras thermiques radiométriques des drones peuvent repérer les manifestants à travers les fumigènes, les hélicoptères sont aussi équipés de caméras thermiques infrarouges de vision nocturne. Ces dispositifs de surveillance se conjuguent à des interdictions de l'espace public, comme les nombreux couvre-feux déclarés lors de cette troisième semaine d'octobre.
La militarisation s'incarne également à travers l'utilisation intensive par la police de LBD et de grenades de désencerclement, classés matériel militaire. Ce sont ces armes qui ont mutilé Eden, éborgné Maël,, et ont fait explosé la main d'un troisième à Lens dans le cadre du blocus de leurs lycées. Le gouvernement utilise en outre jusqu'à l'écœurement une rhétorique guerrière, le ministre de l'Intérieur, assumant ne donner « aucune consigne de retenue et aucune consigne de ne pas utiliser tout l'armement ». La traduction légale de cette autorisation d'ouvrir le feu atteint son apogée par l'adoption de la loi Permis de tuer.
Cette répression militarisée s'exerce en miroir de la militarisation de la jeunesse voulue par la bourgeoisie européenne, qui se réarme et se prépare à la guerre. Depuis plusieurs années en Allemagne, des militaires interviennent dans les écoles, en Estonie, des enfants sont éduqués à faire la guerre avec des drones. Des méthodes semblables sont à l'œuvre en France, où la Journée Défense et Citoyenneté Nouvelle Génération entraîne les jeunes au maniement des armes grâce à des répliques à faisceaux lasers, et les plonge au cœur de missions militaires grâce à des casques de réalité virtuelle.
En parallèle d'un réarmement lancé à grande vitesse, couplé à des coupes budgétaires drastiques dans les services publics de l'éducation nationale, des hôpitaux ou des universités, les gouvernements et chefs d'états-majors européens entendent maintenir à tout prix leur contrôle sur cette jeunesse rebelle. La révolte des lycéens s'oppose frontalement à ce projet fondamental pour la bourgeoisie, par l'intermédiaire du slogan populaire « de l'argent pour les lycées, par pour l'armée ! » ou par de multiples pancartes telles « Vous armez le pays, désarmez notre avenir ! » observées à Sarcelles. Des revendications absolument similaires à celles des lycéens Allemands, réunis dans la rue à plus de 49 000 pour dénoncer la réintroduction du service militaire au cours de leur 4eme journée de mobilisation, et qui scandaient « les riches veulent la guerre, la jeunesse un avenir ! ». De même, en Italie, la jeunesse est entrée dans la lutte à son tour, désirant « faire comme en France », et réclamer de l'argent pour l'école à la place de l'armée. Ces colères alimentées entre elles doivent amorcer un automne de colère en Europe et se coordonner à l'échelle internationale.
Alors que le gouvernement cherche à diviser les classes populaires en agitant le spectre de la violence, il faut au contraire s'inspirer de la détermination de la jeunesse pour unifier lycéens, étudiants et travailleurs, et organiser un grand mouvement de lutte des classes victorieux contre l'avenir de crises et de guerres que nous promet la bourgeoisie.