Le Musée du Louvre bloqué : travailleurs et étudiants montrent la voie pour étendre le mouvement
Tue, 20 Oct 2026 18:57:03 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDix jours après un premier blocage historique de l'École du Louvre, les étudiants ont bloqué le musée le 17 octobre, en coordination avec des travailleurs de l'établissement. Une initiative qui montre la voie pour renforcer l'alliance entre étudiants et travailleurs.

Les étudiants de l'Ecole du Louvre n'ont pas attendu que la mobilisation et la colère redescendent après le 17 octobre, comme en témoigne une étudiante au micro de Révolution Permanente : « En AG, on a décidé de ne pas s'arrêter au 17 octobre, on savait que ce ne serait pas en une journée qu'on obtiendrait nos revendications. Il fallait frapper fort et vite ». Ce lundi, ils étaient donc des centaines d'étudiants pour bloquer dès 8h du matin les différentes entrées du Louvre aux côtés de travailleurs du musée.
Le blocus s'est déroulé dans une ambiance conviviale et revendicative : les participants sont allés à la rencontre des touristes, ont joué de la musique et se sont même livrés à une battle d'aura à l'entrée du musée située dans le Carrousel du Louvre, le centre commercial souterrain. Il a été maintenu jusqu'à obtenir l'annonce de la fermeture du site pour la journée, officialisée aux alentours de 15h. Cette première victoire marque un pas en avant dans la convergence entre les travailleurs et les étudiants, mobilisés depuis déjà plusieurs semaines dans les manifestations en soutien au mouvement lycéen.
Ce blocus a en effet été organisé en coordination avec des travailleurs du musée, parmi lesquels des militants syndicaux de SUD et de la CGT qui ont apporté leur soutien à l'initiative des étudiants. Leur présence a contribué à renforcer le rapport de force face aux attaques de l'administration et a permis de donner davantage d'ampleur à la mobilisation des étudiants.
Par ailleurs, la colère des étudiants fait échos à celle des agents du Louvre qui se mobilisaient déjà l'an dernier lors d'une grève portant sur leurs conditions de travail et les conditions d'accueil des publics, ainsi que sur la privatisation croissante du musée au profit des grands patrons du luxe. Ces revendications prennent racine dans l'austérité qui touche les travailleurs mais aussi les étudiants du secteur, comme en témoignait hier Romane, étudiante de l'Ecole du Louvre au micro de l'AFP : « on est des futurs travailleurs de la culture, on est formés à travailler dans les musées plus tard et on voit que la culture est délaissée et que ce sont les mécènes qui couvrent les dépenses du Louvre, pour le musée comme l'école ».
Parmi les revendications communes aux travailleurs et aux étudiants, se trouve aussi l'accès à la culture, sans distinction de moyens ou de nationalité, contrairement à la politique tarifaire actuelle du musée du Louvre qui impose des billets différenciés, avec des tarifs plus élevés pour les visiteurs étrangers. Une logique de « préférence nationale » qui se retrouve à une toute autre échelle dans la dernière attaque raciste du gouvernement contre l'enseignement supérieur, Bienvenue en France 2.0, que dénoncent également les étudiants de l'Ecole du Louvre mobilisés, exigeant son retrait.
C'est la perspective de cet avenir toujours plus précaire, entre austérité, mise en concurrence et politiques racistes, qui a poussé les étudiants à s'organiser en assemblée générale il y a déjà plus d'une semaine, et à chercher, dès les premiers jours du blocus de leur école, l'appui des travailleurs du Louvre. En imposant hier la fermeture du musée, vitrine de l'impérialisme culturel français avec notamment le Louvre Abu Dhabi qui est le plus grand projet culturel de la France à l'étranger, leur mobilisation a donné une visibilité internationale à leur colère et celle de toute une génération.
La réussite de cette journée démontre l'importance du soutien des travailleurs dans la mobilisation en cours, pour renforcer le mouvement et construire un véritable rapport de force. C'est également dans cette perspective que s'inscrit le travail mené depuis plusieurs semaines par le Pôle Quartier latin, réunissant des étudiants et travailleurs de l'Ecole des Beaux-Arts, Sciences Po, UPC, etc. qui organisent des tractages devant des lieux de travail de différents secteurs et ont participé à un cortège commun avec les cheminots de Châtillon lors de la journée du 17 octobre.
Ces initiatives doivent nous inspirer pour la suite du mouvement en cours, qui en s'alliant aux travailleurs et en entraînant le monde du travail avec elles pourraient arracher des victoires décisives pour notre camp social et contre le durcissement autoritaire régime. Pour poursuivre et amplifier le mouvement, il est urgent que les travailleurs de tous les secteurs se mobilisent et entrent dans la bataille pour défendre une société où l'on peut étudier, travailler, profiter de la culture et vivre dignement.
Crédit photo : Révolution Permanente