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Limitation des arrêts maladie : un étudiant infirmier dénonce les attaques contre les malades

Tue, 20 Oct 2026 19:30:11 CEST

Révolution Permanente

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Alors que les conditions de travail dégradent la santé de millions de travailleurs, le gouvernement s'attaque aux malades en limitant la durée des arrêts maladie et en renforçant les contrôles. Témoignage d'un étudiant infirmier sur les conséquences de cette politique.

Un décret passé en douce pour mettre au pas les travailleurs

Le 1er septembre dernier, un nouveau décret est entré en vigueur, qui limite la durée des arrêts maladie et de leurs prolongations. Ainsi, la durée d'une première prescription ne pourra plus dépasser les 31 jours ; les prolongations d'arrêt, les 62 jours. Cette mesure brutale a pour objectif annoncé de réduire le nombre et la durée des arrêts maladie, sans aucun égard pour les conditions cliniques des patients.

Sébastien Lecornu justifie cette attaque au nom de la « limitation la fraude sociale », désignée comme responsable de l'augmentation des arrêts maladie, notamment ceux de longue durée. Mais de quelle fraude parle-t-on ? La réalité des arrêts maladie, c'est une patiente avec un cancer du sein qui me demande d'écarter ses séances de chimiothérapie car elle doit choisir entre se soigner et se nourrir à cause des jours de carence. C'est aussi ce travailleur du BTP, le corps brisé par une vie de travail, demandant au médecin des antalgiques plus forts pour reprendre le travail, m'expliquant qu'avec le recul de l'âge de départ à la retraite il ne sait pas comment il va faire pour tenir des années supplémentaires au travail.

Ces exemples ne sont que l'expression d'une réalité partagée : les attaques incessantes du gouvernement sur les conditions de travail détruisent la santé des travailleurs, et en bon pompiers pyromanes, ils viennent nous reprocher d'utiliser plus souvent des arrêts maladies. Pour parfaire ce tableau, ils décident dans cette même loi d'augmenter le nombre de contrôles sur les arrêts maladie, afin de nous responsabiliser. Comme si nous n'étions pas en première ligne pour voir les conséquences mortifères des attaques successives sur notre classe, en particulier sur les plus précaires et ceux qui vivent dans des déserts médicaux.

Une attaque de classe contre les soignants et les malades

Ce décret va avoir des conséquences immédiates : il devient plus difficile d'être correctement arrêté, même quand l'état de santé le nécessite. Dans un contexte d'élargissement des déserts médicaux, et où les délais d'attente pour voir un médecin généraliste explosent, cette mesure est dangereuse et fait totalement abstraction des connaissances actuelles sur ces pathologies et leur durée de guérison. De plus, cela va augmenter les délais de prise en charge, et mener inexorablement à une perte de chance pour les patients déjà fragilisés.

Mais le gouvernement ne compte pas s'arrêter là dans la casse de la santé : il prévoit, dès le 15 octobre, des attaques sur les affections longue durée (ALD) non exonérantes. Elles ne permettraient pas d'obtenir un remboursement à 100% pour les soins liés à la maladie, mais certains avantages comme une indemnisation liée à un arrêt maladie pendant trois ans, contrairement au régime général qui limite les indemnités journalières à une durée d'un an. La durée maximum d'arrêt pour les maladies comme les troubles dépressifs légers et les troubles musculo-squelettiques (TMS) sera réduite à un an au lieu de trois à partir du 1er octobre 2026. Une mesure particulièrement cynique, car les TMS représentent 88% des maladies professionnelles reconnues, touchant trois millions de travailleurs.

J'aimerais que Lecornu vienne expliquer à tous mes collègues hospitaliers, y compris étudiants, que c'est à eux de payer l'addition, alors qu'ils doivent prendre des antalgiques pour tenir une garde dans un système de soin toujours plus dégradé, et que des parlementaires bien au chaud dans leur hémicycle continuent de nous envoyer mourir au travail pour un patronat qui fait des milliards sur notre dos. Car derrière les 7 milliards d'économie sur la santé l'année dernière, et les 53 milliards d'économie annoncés dans le budget 2027, se cachent l'absence de matériel comme des lève-malades, nous forçant à porter à bout de bras nos patients, ou le sous-effectif chronique nous obligeant à travailler trop vite, sans égards pour notre santé ou celle des usagers.

Au final, ce sont toujours les mêmes qui paient : les travailleurs usés par des conditions de travail dégradées, les malades chroniques, les précaires. Si le travail détruit notre santé physique et mentale, pour Lecornu le plus important est la rapidité à laquelle nous retournons à celui-ci, peu importe les conséquences.

Une politique au service du grand patronat, pas de la santé

Ce décret s'inscrit dans une offensive bien plus large afin de marchandiser la santé. Depuis des années, les gouvernements successifs s'attaquent au service public de santé : baisse des indemnités journalières, durcissement des conditions d'accès aux droits, recul de l'âge de départ à la retraite. Pour se justifier, les différents gouvernements nous ressortent les mêmes discours sur la dette et l'augmentation du déficit de la sécurité sociale, soi-disant causé par l'irresponsabilité des travailleurs profiteurs qu'il faudrait fliquer.

Avec ce décret, le gouvernement fait peser toujours plus de poids sur les individus, soignants et les malades, pour faire payer la crise aux travailleurs et aux plus précaires. Pendant que l'on nous demande d'être responsables et de faire des efforts, les profits du patronat, gavé aux aides publiques, explosent. Nous ne pouvons-nous permettre d'attendre et d'espérer un nouveau gouvernement « plus social » pour défendre les acquis arrachés par le mouvement ouvrier pour notre santé. Si ces acquis ont été gagnés par la lutte, c'est par la lutte de notre classe que l'on pourra les défendre.

C'est pour cela que nous, travailleurs de la santé, devons rejoindre les lycéens dans la rue, et refuser avec eux l'avenir de misère que les classes dominantes veulent nous imposer, en liant nos revendications aux leurs. Face à la dégradation de tous les services publics, de l'école servant de véritable tri social à l'hôpital n'ayant comme seul objectif de nous renvoyer au travail, nous nous devons d'imposer des mots d'ordre plus ambitieux qu'une simple réaction de défense. Face à la pression à la rentabilité, nous pouvons imposer une autre logique et un autre programme : une sécurité sociale universelle et sans condition de nationalité, avec des arrêts maladie pris en charge à 100 %, sans jours de carence, accessibles à toutes et tous, et une reconnaissance automatique des maladies professionnelles. À l'heure où le gouvernement veut nous remettre aux travail par n'importe quel moyens, nous devons faire comme la jeunesse qui relève la tête et qui affirme son droit à vivre et non plus survivre.

Crédit photo : Par Tangopaso — Travail personnel, Domaine public

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