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Criminalité organisée, parquet antiterroriste : Darmanin veut une justice d'exception contre les manifestants

Tue, 20 Oct 2026 20:24:34 CEST

Révolution Permanente

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Au lendemain de la « nuit des barricades » du 17 octobre, qui a mobilisé travailleurs, gilets jaunes, lycéens et étudiants, le gouvernement répond par un nouveau saut autoritaire. Du parquet antiterroriste aux poursuites pour criminalité organisée, l'exécutif mobilise les outils les plus coercitifs de la Ve République pour criminaliser le mouvement social.

Face à la mobilisation massive et radicale du 17 octobre, le gouvernement mène une offensive sécuritaire et autoritaire tous azimuts pour tenter de briser le mouvement : couvre-feux, interdictions de manifester, déploiement de l'armée dans le cadre de l'opération Sentinelle et mobilisation d'unités spéciales de police. Sur le terrain judiciaire, Gérald Darmanin franchit un nouveau cap en évoquant la possibilité de saisir le Parquet national antiterroriste (PNAT) après l'incendie de la mairie de Limoges. Créé en 2019, ce parquet spécialisé est chargé de poursuivre les auteurs présumés d'actes terroristes et de certaines infractions liées au terrorisme.

Cette escalade s'inscrit dans un durcissement plus général de la répression, qui passe aussi par le recours à des procédures dérogatoires : gardes à vue prolongées, perquisitions de nuit dans les cas prévus par la loi, interceptions de communications et captation de données informatiques. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, ces dispositifs étendent considérablement les pouvoirs d'enquête et répressif de l'État.

La criminalité organisée comme nouvel outil de répression

Dans le même temps, Darmanin a annoncé avoir adressé une instruction à l'ensemble des parquets concernant le traitement judiciaire des personnes interpellées à la suite du 17 octobre, alors que près de 149 personnes seraient actuellement incarcérées https://www.dailymotion.com/video/x.... Le garde des Sceaux fait du recours à la procédure applicable à la criminalité organisée un objectif politique : ce régime ouvre la voie à des moyens d'enquête et à des mesures coercitives bien plus étendus que ceux du droit commun, en faisant un outil susceptible de renforcer la répression et de tenter de canaliser la colère qui grandit dans la rue depuis plusieurs semaines.

Concrètement, les poursuites pour criminalité organisée permettent de déployer des Techniques Spéciales d'Enquêtes (TSE) qui ont été renforcées par la loi narcotrafic du 13 juin 2025. De la surveillance technologique de masse (sonorisation, captation d'images dans des lieux privés, interceptions de correspondance, captation de données informatiques) aux techniques poussées d'infiltration sous couverture en passant par les perquisitions de nuit et les gardes à vues prolongées jusqu'à 120h (5 jours).

Le durcissement ne concerne pas seulement les moyens d'enquête mais s'accompagne d'une rhétorique sécuritaire qui appelle depuis le début des mobilisations à des réponses judiciaires « particulièrement fermes et impitoyables », à l'image de Darmanin qui réclame la détention provisoire automatique de toutes les personnes mises en cause depuis le début des mobilisations. Une véritable artillerie répressive qui rappelle le rôle de la justice dans le maintien des intérêts des intérêts des classes dirigeantes.

Les réformes successives de la procédure pénale participent à cette même tendance de donner à l'appareil étatique toujours plus de moyens coercitifs pour surveiller, interpeller et poursuivre et occulter la responsabilité de l'Etat dans la misère économique, sociale des classes populaires après 10 ans de macronisme. Ainsi, l'utilisation de l'ensemble de ces dispositifs en période de forte mobilisation sociale est par ailleurs révélatrice de la crainte du gouvernement de l'ampleur que prend le mouvement.

Les ressorts les plus autoritaires de la Ve République

Depuis les années 2000 jusqu'à aujourd'hui, les dispositifs d'exception liés à l'appareil antiterroriste n'ont eu de cesse de contribuer à élargir les moyens de surveillance, d'interpellation et de poursuite à la disposition de l'appareil judiciaire étatique. Des mesures qui contribuent à nourrir un arsenal sécuritaire largement mobilisé dans des contextes de mouvements sociaux pour criminaliser toute voix contestataire, à l'image des dispositifs d'exceptions comme l'état d'urgence, l'état de siège ou les pouvoirs exceptionnels du président en cas de crise.

Présenter une mobilisation comme une menace exceptionnelle pour justifier le recours à des moyens exceptionnels n'a rien de nouveau. Cette rhétorique s'inscrit dans une logique qui resurgit lors des crises politiques : neutraliser les mouvements sociaux susceptibles de remettre en cause l'ordre établi et les intérêts des classes dominantes.

Ce durcissement autoritaire ne peut se comprendre sans interroger les origines coloniales et le caractère bonapartiste de la Ve République. Née en 1958, en pleine guerre d'indépendance algérienne, dans le contexte d'une crise politique et d'une pression décisive de l'armée, la Ve République est conçue pour concentrer les pouvoirs entre les mains de l'exécutif et renforcer les moyens de l'État pour imposer l'ordre établi. Etats d'urgence, dispositifs anti terroristes, restrictions aux droits démocratiques, renforcement de l'appareil répressif et répression inédite des mobilisations lycéennes avec près de 8 000 interpellations illustre cette tendance.

Face au saut autoritaire et au renforcement de l'arsenal répressif du gouvernement, il est essentiel de faire bloc contre la criminalisation du mouvement. Cela passe par la poursuite de la mobilisation dans la rue, le renforcement des liens entre tous les secteurs mobilisés, le développement de l'auto-organisation dans les différents secteurs en lutte et la construction de la grève par en bas pour mettre un coup d'arrêt à l'offensive gouvernementale. Faire front face à cette escalade répressive, c'est aussi exiger l'abandon de toutes les poursuites judiciaires, la libération des personnes incarcérées, la relaxe de tous les manifestants et lycéens poursuivis, ainsi que la dissolution de tous les corps spéciaux de la police. Amplifions la mobilisation et faisons front !

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