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Brésil. Les mobilisations massives contre l'extrême-droite montrent la voie

Tue, 20 Oct 2026 21:35:20 CEST

Révolution Permanente

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Les manifestations massives en soutien à Lula et contre le bolsonarisme montrent qu'au-delà du résultat du second tour il existe de forces sociales pour résister et vaincre les attaques de l'extrême-droite.

Depuis les résultats du premier tour de l'élection présidentielle au Brésil où le candidat de l'extrême-droite bolsonariste, Flávio Bolsonaro, est arrivé en tête, des mobilisations massives en faveur de Lula ont eu lieu. Les images de plusieurs villes à travers le pays sont assez impressionnantes par leur massivité. Clairement, malgré des tentatives de réaction du bolsonarisme, en termes de dynamique de mobilisation dans la rue la campagne de Lula a pris le dessus. Sera-t-il suffisant pour remporter le second tour ? Difficile de dire, mais une chose est claire : les forces pour résister au bolsonarisme existent.

En effet, cette mobilisation inouïe de la base sociale et électorale du PT et de tous ceux et celles qui veulent se battre contre l'extrême-droite contraste avec l'attitude passive de la campagne de Lula et du PT. Ceux-ci semblent avoir estimé qu'ils remporteront assez facilement l'élection présidentielle face au fils d'un Jair Bolsonaro condamné à 27 ans de prison.

Sans aucun doute un élément qui a permis aux manifestations de devenir massives a été le vote au Sénat mettant fin à la semaine de travail de six jours, une revendication populaire de la classe ouvrière brésilienne et soutenue largement dans la population (entre 70% et 80% d'opinions favorables). Ce n'est donc pas une surprise que dans ces manifestations se soient exprimés non seulement un soutien à Lula mais aussi des revendications de la fin de la semaine de six jours, des mots d'ordre contre l'ingérence impérialiste et en faveur de la souveraineté nationale (notamment la défense des ressources naturelles brésiliennes) et contre le projet économique du bolsonarisme qui s'inspire de l'orientation brutalement pro-capital et pro-impérialiste du président argentin Javier Milei.

L'aspect le plus intéressant et le plus important de cette séquence de mobilisations, couronnée par une victoire majeure avec la fin de la semaine de travail de six jours, est qu'elle fait émerger une nouvelle disposition subjective, plus combative, au sein d'une large fraction de la classe ouvrière et de la jeunesse. Cela concerne également des secteurs jusqu'alors influencés par la passivité organisée par le PT et le lulisme. Autrement dit, quel que soit le résultat du second tour, cette séquence pourrait marquer l'émergence d'un mouvement de résistance aux attaques de l'extrême droite dans la période à venir. Rappelons que le bolsonarisme sort renforcé des élections législatives et à gouverneur. C'est dans cette perspective que le professeur de l'Instituto de Estudos Sociais e Políticos de l'Université de l'Etat Rio de Janeiro, João Feres Jr, estime que les mobilisations de rue constituent « le signe qu'il existe une résistance potentielle à la politique de Flávio Bolsonaro, selon la manière dont elle sera menée ».

La lutte de classes pourrait en effet être en train de se réchauffer au Brésil, ce qui est une très bonne nouvelle pour l'ensemble des travailleurs brésiliens et de la région, mais une très mauvaise nouvelle pour la bourgeoisie et pour le projet de conciliation de classes et de passivisation du lulisme. En effet, la politique qui vise à « apaiser » la lutte de classes et de « vider les rues » à travers la canalisation institutionnelle des revendications du mouvement ouvrier ou directement le renoncement du gouvernement de coalition entre le PT et la droite libérale a abouti au renforcement du bolsonarisme. Et cela malgré sa crise importante avec le père en prison et plusieurs membres de la famille investigués dans des affaires de corruption.

Bien que Flávio Bolsonaro reste favori pour remporter l'élection, la dynamique de la campagne de Lula dans l'entre-deux-tours laisse ouverte la possibilité d'une remontada de Lula. Une défaite de Flávio serait une très bonne nouvelle pour les travailleurs et la jeunesse brésilienne. Cela confirmerait la dynamique de rejet de l'extrême-droite de ces dernières semaines. Cependant, le bolsonarisme est sorti renforcé de ces élections et risque de conquérir encore des espaces institutionnels lors des second tours des élections à gouverneur.

La victoire de Lula à la présidentielle, d'un point de vue électoral, serait au mieux une « victoire à la Pyrrhus ». Mais si le résultat de la défaite de Flávio renforçait la confiance des travailleurs et des masses en leur mobilisation, cela pourrait ouvrir une situation très intéressante de crise politique par en haut et de lutte de classes par en bas capable de mettre fin à l'héritage néfaste de des années Temer et Bolsonaro, que Lula a laissé intacts pendant quatre ans.

Beaucoup dépendra de la capacité des travailleurs et de la jeunesse à se libérer de la tutelle des directions syndicales et des mouvements sociaux liées au PT et sa politique de passivisation. Rien ne peut garantir que le PT et ses bureaucraties syndicales et dans les mouvements seront capables de contrôler les travailleurs et la jeunesse s'ils « s'habituent » à se mobiliser pour leurs droits et revendications. La tâche s'annonce d'autant plus difficile que l'accentuation de la polarisation politique et sociale pourrait pousser certains secteurs du bolsonarisme à s'en prendre au mouvement ouvrier et à la jeunesse. Cette situation s'inscrit dans un contexte où, quel que soit le résultat du second tour, le PT et la gauche brésilienne devront faire face à un processus de réorganisation à l'ouverture de la période de l'après-Lula.

Quant à la droite dure et l'extrême-droite, le résultat de l'élection pourrait avoir des conséquences importantes en termes de réorganisation et d'hégémonies aussi. Comme on peut le lire dans Folha de São Paulo, « à droite, le renouveau dépend de la défaite de Flávio. Si Flávio perd, deux défaites présidentielles consécutives imposeront une profonde remise en question, avec la possibilité — et non la certitude — que des alternatives au bolsonarisme prennent le dessus. Si Flávio l'emporte, la domination bolsonariste est assurée. Si même le moins charismatique des Bolsonaro, avec la bénédiction de son père, remporte la majorité des voix du pays, personne ne sera en mesure de lui disputer la couronne. Le gouvernement de Flávio est une inconnue. Il pourrait être un dirigeant pragmatique capable de concilier les politiciens traditionnels et un programme de réformes économiques. Ou bien il pourrait être un mélange d'extrémismes idéologiques, de discours de coach, de népotisme et de ce qu'il y a de plus sombre dans la politique de l'État de Rio de Janeiro. ».

Ce type d'articles montre qu'un secteur de la droite libérale qui soutient le bolsonarisme aujourd'hui commence à préparer, elle aussi, les différents scénarios et les luttes pour l'hégémonie politique. Beaucoup de partis dits du « centre » sont contre donner carte-blanche à la famille Bolsonaro. S'il est impossible, pour le moment, de se débarrasser du bolsonarisme, ils tentent au moins de le contenir. C'est ce qui laissent entendre certains commentaires sur le débat télévisé de dimanche dernier. En ce sens, selon le journal Estadão, « les membres de la campagne s'accordent à dire que Flávio doit accorder davantage de place à la présentation de ses propositions et renforcer son image de modéré. Selon eux, le sénateur devrait éviter le ton agressif qu'il a adopté dimanche dernier, apporter davantage de chiffres et de données au débat et exploiter les faiblesses du gouvernement actuel ».

Il ne serait pas surprenant que certains soutiens du bolsonarisme issus de la droite libérale voient d'un bon œil une défaite de Flávio Bolsonaro. En effet, une victoire de Lula ne change rien sur le fait que le PT et la gauche devront se réorganiser, un processus qui ne sera pas simple. Mais la défaite de Flávio permettrait d'éviter que le bolsonarisme hégémonise tout l'espace de droite au Brésil. Cela peut se voir déjà dans les magouilles et marchandages en cours autour de la question de la présidence de la Chambre et du Sénat où le « centre » tente de bypasser le bolsonarisme en cherchant à constituer des alliances avec le PT et autres partis de gauche.

Les scénarios restent donc ouverts. Mais tout indique que le Brésil se dirige vers une situation de plus grande instabilité politique et sociale. Si les travailleurs et la jeunesse réussissent à profiter des brèches par en haut à travers leurs mobilisations, luttes et grèves, la situation pourrait prendre un tout autre tournant. Autrement, l'extrême-droite bolsonariste tentera d'avancer ou « au mieux » on entrera dans une forme de polarisation politique bourgeoise sans aucune alternative progressiste pour les exploités et les opprimés.

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