Lyon : l'extrême droite défile malgré l'interdiction, avec la complaisance du gouvernement
Tue, 20 Oct 2026 21:40:56 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ Lyon, une centaine de militants d'extrême droite ont défilé malgré l'interdiction. Ce deux poids, deux mesures illustre une nouvelle fois la complaisance de l'État. Face à l'extrême droite et à ceux qui lui ouvrent la voie, de Macron au RN, la jeunesse et les travailleurs doivent faire front commun.

Une centaine de militants d'extrême droite ont défilé lundi soir sur quelques centaines de mètres dans l'hypercentre lyonnais derrière des banderoles « Anticasseurs Lyon » et une croix celtique. Malgré l'interdiction de manifester déclarée par la préfecture quelques heures plus tôt : sans surprise, pas de trace de la police.
Avant de s'élancer en cortège, ces quelques dizaines de militants d'extrême droite s'étaient d'abord mêlés à un rassemblement place Bellecour « en soutien aux commerçants et aux forces de l'ordre ». Annoncé comme « apolitique » par ses organisateurs, ce rassemblement, qui a réuni 200 personnes selon le journal le Progrès, avait reçu l'autorisation spéciale du préfet du Rhône : Il dérogeait en effet à l'interdiction des rassemblements déjà prononcée, et se tenait juste avant le début du couvre-feu de qui venait d'être annoncé.
Les militants d'extrême droite ont profité du rassemblement pour scander le mot d'ordre « Lyon anticasseurs », mais aussi « Doucet démission » [le maire, ndlr], « LFI coupable », « Mélenchon en prison » et des slogans xénophobes et identitaires. Entre l'autorisation spéciale accordée au rassemblement et l'absence d'intervention de la police lors de la manifestation sauvage qui a suivi, cet épisode illustre une nouvelle fois la complaisance de l'État envers l'extrême droite, notamment lorsque celle-ci contribue à faire barrage au mouvement social.
Un couvre-feu à géométrie variable, donc : tandis que l'extrême droite peut défiler malgré l'interdiction, le gouvernement entend restreindre les mobilisations de la jeunesse et de celles et ceux qui dénoncent les violences policières. Les interdictions de manifester et les « couvre-feux partiels et localisés » de Lecornu visent ainsi à faire taire celles et ceux qui réclament davantage de moyens pour les services publics et dénoncent les violences policières subies par la jeunesse ces dernières semaines.
Avec ce happening, l'extrême droite lyonnaise a deux objectifs : chercher à utiliser la séquence pour repasser à l'offensive alors que l'extrême-droite se retrouve à la défensive face à la révolte lycéenne et tenter de s'ériger en défenseurs musclés du petit patronat face à la menace de « casseurs ». La veille, des comptes d'extrême droite relayaient d'ailleurs en masse sur les réseaux sociaux une phrase prononcée sur LCI par le président de L'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie, afin d'agiter l'idée de la mise en place de milices anticasseurs.
Entre l'extrême-droite et la Macronie, c'est un jeu de connivence et de compétition. Connivence pour écraser les travailleurs et la jeunesse qui relèvent la tête après des années à subir la casse de l'école, de l'hôpital et des services publics, la stagnation des salaires face à l'explosion indécente des dividendes du CAC40, et la hausse du prix du carburant à cause des guerres impérialistes et de la spéculation de Total. Compétition et surenchère, quand il s'agit de montrer qui saura le mieux les réprimer.
C'est l'occasion de rappeler que l'écrasement du mouvement ouvrier par des méthodes violentes est un pilier du projet politique de l'extrême droite, dans la droite ligne des milices patronales employées pour briser les grèves dans les années 30. Si les milices fascistes ne sont pas encore dans la rue, l'extrême droite cherche déjà à reprendre l'initiative contre les mobilisations. Le GUD en est l'un des relais militants : en tentant d'empêcher le blocus étudiant à Assas, ses militants ont illustré le rôle que ces groupes peuvent jouer pour intimider et réprimer directement les mobilisations, comme le montre cette tentative vite mise en échec du GUD.
Cette violence de rue s'inscrit dans une offensive politique plus large, dont le RN cherche à tirer profit en se présentant comme le défenseur de l'ordre. Pourtant, le RN n'a rien à offrir aux travailleurs, pas plus qu'aux petits commerçants et aux artisans : en instrumentalisant leurs difficultés, leur peur et leur colère, il cherche à les détourner des responsables de la crise sociale et à les opposer à celles et ceux qui luttent contre elle.
Face à l'offensive répressive du gouvernement qui peut compter sur le soutien politique du RN, et face aux menaces de l'extrême droite extra-parlementaire, l'enjeu est de construire une riposte collective. Plutôt que de laisser la colère se retourner contre les plus précaires ou les mobilisations de la jeunesse, il faut faire converger les luttes des travailleurs et des étudiants, dans la rue comme sur les lieux de travail. C'est en construisant un véritable rapport de force, avec la grève générale pour perspective, que nous pourrons faire reculer durablement l'extrême droite et ceux qui lui ouvrent la voie, de Macron à ses avatars.
Lire aussi : La casse, la grève générale et les défis stratégiques après le 17 octobre : billet d'Anasse Kazib
Lire aussi : La casse, la grève générale et les défis stratégiques après le 17 octobre : billet d'Anasse Kazib