Près de 100 000 manifestants à Bordeaux le 17 octobre : l'heure est à la convergence des colères
Tue, 20 Oct 2026 15:46:58 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalMalgré un dispositif répressif féroce déployé dès le rassemblement Place de la Bourse, près de 100 000 jeunes, salariés et agriculteurs ont défilé à Bordeaux ce 17 octobre contre la vie chère et le gouvernement.

A Bordeaux, comme partout dans le pays, cette manifestation du 17 octobre a marqué une étape politique importante dans la consolidation de la mobilisation. Dès 13h, plus de 5000 jeunes se sont rassemblés Place de la Victoire avant de rejoindre à 14h le début de la manifestation contre la vie chère et le gouvernement, une démonstration supplémentaire du rôle moteur joué par la jeunesse depuis le départ du mouvement des lycées.
La préfecture et le ministère de l'Intérieur avaient pourtant préparé leur offensive. Laurent Nuñez a ressorti les grenades assourdissantes GL 14 et intensifié l'usage des armes répressives pour intimider les manifestants. Sur place, les témoignages soulignent la brutalité inédite des forces de l'ordre : « J'ai jamais vu cette quantité de lacrymos », rapportent les manifestants pris sous un nuage asphyxiant avant même le lancement du cortège, complété par des tirs de LBD et de grenades assourdissantes. Au total, ce sont plus de 4 000 grenades qui ont été tirées en sept heures. Une politique répressive qui s'est poursuivi les jours suivant avec l'imposition ce lundi d'un couvre feu dans le centre-ville pour les mineurs.
Mais cette stratégie de terreur n'a pas suffi à faire reculer la foule. Des dizaines de milliers de personnes — lycéens, étudiants, cheminots, soignants, militants politiques et syndicaux, rejoints par une présence remarquable d'agriculteurs de la Confédération paysanne — ont maintenu leur présence.
Aux sons de chants et de slogans tels que “Grève, blocage, Macron dégage !” ou “A bas l'état policier !”, le cortège s'est frayé un chemin à travers les rues de Bordeaux pour rejoindre l'Hôtel de Ville et se rassembler massivement sous les fenêtres de la demeure du maire Thomas Cazenave, ciblant le symbole local de l'austérité budgétaire et du pouvoir macroniste.
Du pôle unitaire aux street medics de « Première Ligne » : la jeunesse et les travailleurs s'organisent
La manifestation a vu l'émergence d'un pôle unitaire étudiants-travailleurs. Ce pôle, voté en Assemblée générale par les étudiants des différents campus de l'Université de Bordeaux et de Bordeaux Montaigne, a été construit à l'initiative de la CGT Santé et de la CGT Cheminots, et appelé explicitement à la construction de la grève sur les lieux de travail.
Face à la violence policière, la solidarité s'est organisée concrètement. Les travailleurs de la santé, eux-mêmes confrontés aux coupes budgétaires et au manque chronique de moyens humains et matériels dans les hôpitaux, se sont structurés au sein d'un collectif baptisé « Première Ligne » parmi lesquels figurent des militants de Révolution Permanente. En créant une équipe de street medics sur le terrain, ces étudiantes infirmières et infirmiers se sont organisés en prodiguant directement les premiers soins aux manifestants gazés et blessés par la police. Une organisation matérielle qui démontre la capacité des travailleurs et de la jeunesse à prendre en charge la protection de leurs propres mobilisations.
Faire rentrer le mouvement ouvrier dans la bataille et structurer la grève par les assemblées générales
Le succès massif du 17 octobre à Bordeaux offre un point d'appui concret à la révolte initiée par les lycéens depuis plus d'un mois. Face à la répression, le mouvement ouvrier doit entrer dans la bataille par ses propres méthodes pour faire la jonction comme en 1968. Le 5 novembre, date lointaine fixée par les directions syndicales, doit ainsi être préparé d'en faire une journée de grève massive dans tout le pays.
L'urgence est à la structuration par en bas. Pour cela, il est nécessaire qu'étudiants et lycéens se dotent de cadres démocratiques et décisionnaires pérennes dans la mobilisation pour dicter le rythme de la mobilisation et l'étendre. De la même manière, il faut développer la jonction avec le monde du travail qui doit s'organiser pour un plan de bataille alternatif à la stratégie de la défaite imposée par les directions syndicales, et ce, par l'appel à des réunions et assemblées générales inter-professionnelles afin de coordonner les secteurs qui veulent se battre et établir des revendications communes à cette fin. Ce n'est que de cette façon qu'il sera possible de construire, par la base, une grève générale et reconductible des travailleurs alliés à la jeunesse pour bloquer l'économie et imposer la fin de l'austérité, des moyens massifs pour les services publics et le pouvoir d'achat, et remettre en cause le pouvoir des patrons et du gouvernement sur nos vies.