Retour

Guadeloupe : une nuit de couvre-feu pour museler la jeunesse

Tue, 20 Oct 2026 16:44:08 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Dans la nuit de dimanche, un couvre-feu a été mis en place en Guadeloupe. Une fois de plus, les territoires sous domination française servent de laboratoire répressif à des mesures autoritaires que l'exécutif étend ensuite aux territoires métropolitains, aux quartiers populaires tout particulièrement.

Dimanche soir, la préfecture de la région Guadeloupe a publié un arrêté imposant un couvre-feu pour les mineurs sur plusieurs zones du territoire sous domination française, du 18 octobre au soir jusqu'à 6h00, ce lundi matin. L'interdiction administrative de déplacement prévoyait explicitement que « les mineurs non accompagnés par un parent ou un adulte exerçant l'autorité parentale qui seraient trouvés dans l'espace public de ces deux communes par les forces de l'ordre pourront être appréhendés ». Une mesure autoritaire que le préfet a justifié en invoquant les « violences urbaines » du 17 octobre qui mettraient les jeunes en danger.

Une rhétorique paternaliste, que la massivité de la mobilisation de samedi a largement contredit et une inversion du réel alors que la police a de nouveau mutilé des adolescents ou des jeunes adultes et que deux morts ont été recensés à Paris en marge des manifestations, dans un contexte de violences policières extrêmes.

Alors que les lycéens se sont mobilisés dès le 31 août à Mayotte et dès le 7 septembre en Guyane, pour dénoncer des conditions d'études aggravées par la domination coloniale française, le pouvoir a cherché un moyen de mettre sous cloche les mobilisations, de crainte qu'elles ne s'élargissent à la question de la vie chère et de l'inflation, alimentée dans les colonies par les monopoles des multinationales françaises et les barrières douanières, comme l'octroi de la mer.

D'autre part, les couvre-feux dans les territoires sous domination française s'inscrivent dans une histoire coloniale particulière. En septembre et octobre 2024, pendant le mouvement de lutte contre la vie chère, un couvre-feu avait été décrété en Martinique. En Guadeloupe, à la même période, un couvre-feu avait été également mis en place pour « limiter la délinquance des jeunes ». La même année, lors des révoltes en Kanaky, cet instrument répressif a été utilisé avant la proclamation de l'état d'urgence qui a permis au gouvernement et au préfet d'interdire rassemblements et manifestations et de procéder à des perquisitions et des assignations à résidence de dizaines de kanaks, mobilisés ou non.

Mais la situation témoigne également d'une dynamique historique plus profonde. Alors que les mesures mises en place à la Guadeloupe ont été généralisées à la France métropolitaine, notamment à Lille, à Lyon ou à certains endroits de Paris, le gouvernement s'appuie une nouvelle fois sur l'extension des mesures d'exception coloniale au territoire métropolitain et, au premier chef, aux quartiers populaires comme lors de la répression des révoltes qui ont suivi la mort de Nahel en 2023 : l'État avait mis en place des dizaines de couvre-feux dans plusieurs villes.

D'ores et déjà, certains politiciens comme Gabriel Attal appellent à aller plus loin en utilisant des techniques répressives utilisées pour réprimer les mobilisations anti-coloniales dans les Outre-Mer. Attal, qui avait décidé d'interdire l'utilisation dans toute la Kanaky du réseau social TikTok pour stopper la circulation des images de révolte en 2024, a ainsi expliqué, lundi matin, qu'il voulait, « lors des émeutes », « pouvoir bloquer temporairement et de manière ciblée l'accès à certaines plateformes pour stopper l'effet de meute ». Une proposition ultra-réactionnaire qui s'inscrit dans l'offensive médiatique de la droite et de l'extrême droite qui appelle à utiliser tous les moyens de force pour « rétablir l'ordre. »

Face à ces attaques anti-démocratiques, il faut que l'ensemble des organisations du mouvement ouvrier et du mouvement social dénoncent la mise en place des couvre-feux et l'utilisation potentielle des autres moyens autoritaires que les institutions ultra-réactionnaires de la Vème République mettent à la disposition du gouvernement en s'opposant par la grève à la répression de la colère des lycéens, des étudiants et du monde du travail. Contre la répression coloniale, solidarité avec la jeunesse et les travailleurs de la Guadeloupe !

/ / / / / / /