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Paris, Marseille, Bordeaux… les couvre-feux se multiplient pour briser la mobilisation avant le 24 octobre

Tue, 20 Oct 2026 18:25:32 CEST

Révolution Permanente

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En deux jours, une dizaine de villes ont été placées sous couvre-feu, partiel ou visant les mineurs, certaines mesures courant jusqu'au 26 octobre. Face à ce nouveau durcissement autoritaire et aux attaques contre les droits démocratiques, faisons front contre la répression !

Lundi 19 octobre, Sébastien Lecornu a annoncé des couvre-feux « partiels et très localisés ». Deux jours plus tard, le dispositif s'étend déjà à de nombreuses grandes villes du pays, alors que les actions spontanées se multiplient. Une manière pour le gouvernement de tenter d'endiguer la mobilisation et de légitimer un durcissement de la répression, notamment contre la jeunesse mobilisée.

Durcissement autoritaire : couvre-feux en série contre la mobilisation

À Paris, la préfecture de police a interdit toute présence, de 23h à 6h, sur la place de la République et dans le secteur des Halles, doublée d'une interdiction de rassemblement de l'Élysée aux grandes gares. À Lyon, le préfet du Rhône a bouclé la Presqu'île dès 21h lundi, avant de reconduire la mesure mardi, assortie d'une interdiction de manifester de 16h à 21h. Dans le Nord, Lille, Douai, Wattignies et Denain interdisent leurs rues aux mineurs non accompagnés de 20h à 6h. À Nice, Éric Ciotti a décrété un couvre-feu pour les mineurs jusqu'au 26 octobre, en déployant la force Sentinelle aux abords des commerces de l'avenue Jean Médecin.

Mardi, la liste de ces mesures autoritaires s'est encore allongée. À Marseille, le préfet impose un couvre-feu aux mineurs de 22h à 5h jusqu'à samedi matin, dans l'hypercentre et autour de sept centres commerciaux. Une mesure qui s'appliquera aussi au centre commercial de Plan de Campagne. À Bordeaux, la préfète de Gironde a instauré un couvre-feu pour les mineurs jusqu'au 26 octobre dans les rues commerçantes du centre. Et Lecornu a d'ores et déjà annoncé que « de nouveaux couvre-feux seront décidés là où la situation le nécessite ». Le gouvernement répond à la colère de la jeunesse en cherchant à la tenir sage et à la chasser des rues et des centres-villes.

Cette nouvelle offensive a d'ailleurs été rodée outre-mer. Dès dimanche, le préfet de Guadeloupe imposait une nuit de couvre-feu aux mineurs de Pointe-à-Pitre et des Abymes, au nom de leur « protection ». Comme en Kanaky, en Martinique ou en Guadeloupe en 2024, les colonies servent une nouvelle fois de laboratoire aux mesures d'exception, avant leur extension à la métropole, et en premier lieu aux quartiers populaires, comme au moment des révoltes après la mort de Nahel en 2023. Devant l'Assemblée nationale ce mardi, Lecornu a lui-même reconnu et revendiqué la filiation entre les procédés policiers et judiciaires utilisés lors des révoltes pour Nahel et la politique répressive actuelle, en déclaration qu'il « faut renforcer le volume, les unités déployés comme en juillet 2023, avec le RAID, la BRI, le GIGN et les centaures ».

Le gouvernement cherche à empêcher les actions de rue pour briser la mobilisation avant le 24 octobre

Avec l'ensemble de ces décrets locaux, le gouvernement n'a même pas eu besoin de décréter l'état d'urgence, qu'il garde en réserve, Lecornu n'excluant pas d'y recourir « si c'est utile ». Les couvre-feux reposent ici sur le simple pouvoir de police générale des préfets, nommés directement par le Président, ou des maires. Et comme le résume le juriste Nicolas Hervieu, la « boîte à outils » du pouvoir est déjà bien fournie. Depuis la loi SILT de 2017, qui a fait entrer dans le droit commun une partie des mesures de l'état d'urgence [1], en passant par les lois successives sur les manifestations, les gouvernements de Macron ont accumulé un arsenal qui permet de restreindre la liberté de circuler et de manifester à grande échelle, du jour au lendemain. À Paris, le couvre-feu a ainsi été annoncé à 19h43 pour une entrée en vigueur à 23h, rendant tout recours devant le juge pratiquement impossible.

Ces mesures ont été accompagnées et plébiscitées par des élus de la gauche bourgeoise ; comme la maire PS de Denain qui avait instauré son propre couvre-feu pour tous, adultes compris, dès dimanche ou celui de Coulaines, dans la Sarthe, qui a interdit la rue la nuit aux moins de 16 ans. À Marseille, sous le feu des projecteurs depuis le débordement sans précédent du dispositif policier samedi dernier, Benoît Payan a déclaré « prendre acte » de la décision du préfet et continue de réclamer davantage de policiers.

Pour le gouvernement, ces couvre-feux visent à reprendre la main après le fiasco sécuritaire du 17 octobre et à briser la mobilisation. Plusieurs couvre-feux courent jusqu'au 25 ou au 26 octobre, couvrant ainsi la nouvelle journée de mobilisation du samedi 24. Pour cette date, Lecornu promet un dispositif « massif », et Nuñez a annoncé à l'Assemblée le déploiement de militaires de l'opération Sentinelle, du RAID, du GIGN et des blindés Centaure. Il envisage même d'interdire les manifestations déclarées dont les organisateurs ne pourraient pas « garantir » l'absence de violences.

Face à cette escalade, les organisations du mouvement ouvrier et de la jeunesse ne peuvent pas rester silencieuses. Les directions syndicales, qui appellent à la grève le 5 novembre, doivent exiger la levée immédiate de tous les couvre-feux et des interdictions de manifester, et refuser toute logique d'union sacrée derrière le gouvernement. La meilleure réponse à l'offensive autoritaire, c'est de construire la grève par en bas pour que le mouvement ouvrier entre de plein pied dans la bataille et puisse faire reculer durablement les offensives autoritaires du régime. Macron et son gouvernement sont ultra-fragiles et cherchent à reprendre la main après la mobilisation du 17 octobre. C'est le moment d'amplifier la mobilisation pour faire tomber Macron et arracher nos revendications.


[1] Périmètres de protection, perquisitions administratives, fermetures de lieux, mesures de surveillance individuelle

Crédit photo : capture d'écran France 24

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