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Châtillon, Bordeaux, Toulouse : les étudiants aux côtés des travailleurs pour construire la grève après le 17

Tue, 20 Oct 2026 18:37:21 CEST

Révolution Permanente

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Le 17 octobre, étudiants, lycéens et travailleurs se sont mobilisés massivement. Dans la continuité des actions de jonction organisées partout en France pendant la « semaine rouge », à l'initiative du Poing Levé, il s'agit désormais de prolonger cette dynamique en construisant des assemblées générales interprofessionnelles.

La semaine dernière, le Poing Levé lançait un appel à construire une « semaine rouge », pour aller chercher le monde du travail et le faire rentrer dans la bataille impulsée par le mouvement lycéen. Car pour gagner, la révolte lycéenne et étudiante a besoin de la force de frappe du mouvement ouvrier, comme cela a été le cas en mai 68. Cette semaine, les étudiants mobilisés de plusieurs universités ont ainsi lancé des initiatives ambitieuses pour aller dans ce sens, et préparer la journée de mobilisation du 17 octobre. La réussite de cette date doit participer à construire une convergence large et structurée entre les secteurs étudiants et travailleurs.

Lycéens et étudiants sur des piquets de grève toute la semaine pour préparer la journée du 17 octobre

Tout au long de la semaine, Paris a été le lieu de différentes actions symboliques et rencontres entre étudiants, lycéens et les travailleurs de plusieurs secteurs, dans l'objectif de construire la journée de mobilisation du 17 octobre. Mardi 13 octobre, des lycéen·nes d'Hélène Boucher et des étudiant·es des universités Paris 1 et Sorbonne-Nouvelle ont organisé un débrayage de la Gare de Lyon, à l'occasion de la journée de mobilisation. Une délégation mandatée par l'assemblée générale du campus La Chapelle (Paris 1) est d'abord allée à la rencontre des travailleur·euses du centre RATP de la rue Belliard pour les inviter à rejoindre le 17 octobre et pour échanger sur leurs problématiques et leurs revendications. Après une manifestation sauvage dans le Quartier latin en direction de la Gare de Lyon, pendant plus d'une heure, des centaines d'étudiant·es et lycéen·nes ont ensuite défilé dans la gare en scandant « Tous ensemble, préparons le 17 octobre ! » encourageant les travailleur·euses de la gare à rentrer pleinement dans la bataille.

À l'Université Paris-Cité, sur le campus des Grands Moulins et à l'initiative du Poing Levé, les étudiants mobilisés ont voté pour construire une commission visant à tiser des liens avec les travailleurs aux alentours du campus. Ainsi, dès mardi 13 octobre et jusqu'à la fin de la semaine, une délégation d'étudiants est allée à la rencontre des travailleurs de la Tiru à Ivry, un centre d'incinération des déchets, qui s'était largement mobilisé pendant la réforme des retraites en 2023. Les travailleurs du secteur de l'incinération du centre étaient en grève cette semaine contre la dégradation de leurs conditions de travail lié à leur rachat par GDF Suez. Ils exigeaient notamment une organisation moins fatigante du travail, plus de récupération, l'application pleine et entière des droits liés à leurs statuts spéciaux. Ils dénonçaient également des formes de harcèlement de la direction, qui les a menacés de supprimer une prime, avant de rétropédaler face à la mobilisation lycéenne et étudiante, et au risque que la colère s'étende.

Dans le nord de Paris, les étudiants mobilisés de Paris 8 ont également voté en assemblée générale d'envoyer une délégation sur le dépôt RATP de Carrefour Pleyel, pour soutenir les travailleurs en grève contre la privatisation des dépôts RATP. Arrivés en chantant « Solidarité avec les travailleurs RATP ! », les étudiants ont pu discuter avec les grévistes mobilisés pour de meilleures conditions de travail et meilleures conditions de transport des usagers. Les machinistes se sont mobilisés en soutien aux lycéens et aux étudiants, et pour dénoncer la répression que les lycéens ont subi. À Nanterre, des étudiants de l'assemblée générale de l'université sont également allés à la rencontre des travailleurs de Géodis en grève.

Dans le cadre du « pôle Quartier Latin », pôle qui réunit les campus des Saints-Pères de Paris-Cité, Sciences Po Paris, les Beaux-Arts, ainsi que les travailleurs de la culture qui veulent s'y joindre, et organise la mobilisation dans le quartier, plusieurs initiatives ont également eu lieu. Un service d'ordre lancé à l'initiative des enseignants membres de la CGT de Paris-Cité a permis de structurer et garantir la sécurité au sein des cortèges, de constituer des chaines ouvrières et étudiantes durant la manifestation du 13 octobre notamment. Une commission « travailleurs » a également été formée pour aller à la rencontre des travailleurs de Châtillon et de l'hôpital Tenon, dans l'objectif de préparer le 17 octobre. Dans le cadre de cette commission, une délégation s'est également rendue à une assemblée générale de l'hôpital Debré, pour discuter des suites du mouvement, et convaincre de l'importance d'organiser un départ commun depuis cet hôpital la journée du 17.

À Bordeaux, l'assemblée générale de Bordeaux Montaigne a sorti un communiqué pour appeler à constituer, dans la manifestation du 17, un pôle étudiant, lycéen et travailleur, « qui porte la grève et la convergence entre tous les secteurs pour battre le gouvernement et imposer nos revendications ». Cette initiative a pris forme depuis une délégation d'étudiants de Montaigne, partis à la rencontre des cheminots, qui a ensuite permis d'impulser un pôle avec la CGT Cheminots et des travailleurs de la santé dans la manifestation.

La journée du 17 octobre, une journée de jonction entre jeunes et travailleurs, il faut construire la suite !

La journée du 17 octobre a incarné la jonction des revendications portées par les lycéens puis les étudiants depuis plusieurs semaines, avec celles du monde du travail. « De Paris à Toulouse, de Marseille à Rennes et Besançon, les manifestations ont été le théâtre d'une convergence des colères, où les jeunes qui se battent pour leurs conditions d'études ont marché aux côtés de salariés asphyxiés par la hausse des prix, de parents inquiets pour leurs enfants ou des gilets jaunes qui se remobilisent », comme nous l'écrivions dans notre édito de samedi.

Dans plusieurs villes, des actions communes entre ces secteurs ont incarné cette jonction, et ont posé les premiers jalons à l'entrée du mouvement ouvrier dans la bataille.

Samedi matin, des centaines de personnes se sont rassemblées au technicentre SNCF de Châtillon, à l'appel des travailleurs du site : des cheminots de différents établissements, des étudiants des écoles d'art et des universités, des lycéens, des syndicalistes du secteur de l'énergie et des travailleurs de la RATP étaient présents. Les travailleurs, réunis en assemblée générale mercredi 14 octobre, ont voté la grève le samedi 17 en soutien aux lycéens et pour rejoindre les Gilets jaunes dans la rue. Après des prises de parole d'un lycéen de Claude Monet, d'un étudiant des Beaux-Arts de Paris, d'un enseignant à Paris-Cité et de plusieurs grévistes du centre et d'autres technicentres SNCF, les centaines de personnes présentes sont parties ensemble rejoindre la manifestation à République, en faisant une manifestation spontanée de la Gare Montparnasse jusqu'à Strasbourg Saint-Denis.

Le même jour, des soignants de l'hôpital Tenon se sont rassemblés devant leur établissement aux côtés de lycéens et d'étudiants en art, notamment de l'école Boulle, qui avaient construit un immense cheval de Troie. Ils sont ensuite partis en manifestation tous ensemble pour converger Place de la République. Dans le nord de Paris, des étudiants de Paris 8, partis aux côtés des lycéens de Paul Éluard, des AED et des enseignants, ont convergé vers Gare du Nord symboliquement pour aller à la rencontre des cheminots. Des centaines de personnes étaient réunies sur le parvis de la gare.

À l'échelle nationale, d'autres phénomènes de jonction ont eu lieu, comme à Lyon, à Toulouse ou à Bordeaux. L'interfacs de Lyon a notamment appelé à la manifestation du 17 octobre, pour commencer à tisser des liens avec les travailleurs mobilisés. Cet appel s'inscrivait à la suite de la délégation envoyée par l'interfacs plus tôt dans la semaine, pour aller rencontrer les travailleurs de TCL (Transports en Commun de Lyon) en grève.

Au cœur de la manifestation toulousaine, un pôle « pour la grève générale » de plusieurs milliers de manifestants a rassemblé les étudiants et personnels de la fac du Mirail occupé, les étudiants des universités Paul Sabatier et du Capitole, d'importants contingents lycéens ainsi que plusieurs délégations ouvrières, notamment des ingénieurs de l'aérospatial, des ouvriers de l'aéronautique, des travailleurs de l'éducation nationale, des travailleurs sociaux, des soignants, des cheminots, des travailleurs de la logistique et les grévistes des bibliothèques de Toulouse.

Ce pôle, constitué à l'initiative des assemblées générales des trois universités toulousaines, a revendiqué centralement la nécessité de continuer d'élargir la révolte lycéenne et le mouvement du 17 octobre au monde du travail, à utiliser la détermination exprimée pour construire le mouvement par en bas.

Après le 17 octobre, construire des AG interprofessionnelles entre jeunes et travailleurs

Après la réussite de la journée du 17, et les aspects de coordination entre ces différents secteurs qui se sont exprimés, il faut penser la suite. Cette date doit être le début d'une convergence large et structurée entre les secteurs étudiants et travailleurs.

A Toulouse, c'est précisément le sens de l'AG interpro appelée au Mirail, mardi 20 octobre à 19 heures, par l'Assemblée générale des personnels de la fac. L'appel est explicite : « Travailleuses, travailleurs du privé comme du public, personnels de l'éducation, de la santé, des transports, de l'industrie, du commerce, de la logistique, étudiants, lycéens et précaires : nous avons tout intérêt à nous retrouver pour construire ensemble un rapport de force à la hauteur des enjeux. »

À Paris, dans le cadre de la Coordination Régionale Étudiante (CRE) qui s'est tenue pour la première fois à Paris lundi 19 octobre, et a réuni des délégations, élues ou observatrices, de 32 lieux d'études (facs, IUT, écoles) franciliens, les délégations ont également voté pour la concrétisation d'assemblées interprofessionnelles pour se coordonner avec le monde du travail, en allant chercher les secteurs mobilisés.

Ces différentes initiatives constituent de premiers pas pour étendre l'auto-organisation et construire l'élargissement du mouvement au monde du travail, et doit être rejointe par toutes celles et ceux qui veulent que le souffle du 17 octobre ne s'arrête pas. La force qui s'est exprimée dans la rue, conjuguée à une grève générale politique capable de bloquer l'économie, peut faire tomber le gouvernement. Depuis le mouvement étudiant, le poing levé veut mettre toutes ses forces dans la construction de cette jonction, en lien avec les militants syndicaux qui défendent cette perspective. En ce sens, la Tribune de 300 syndicalistes appelant à rejoindre la jeunesse comme en mai 68, est un point d'appui à approfondir, en vue de construire des AG interprofessionnelles sur tout le territoire et préparer la grève.

Il faut construire à partir de nos propres forces, une mobilisation durable, capable de faire reculer le gouvernement et d'imposer des réponses à nos revendications. Pour cela, les cadres de coordination entre universités et établissements, mais aussi entre différents secteurs du monde du travail, sont cruciaux. C'est par la construction de ces cadres et de ces initiatives que nous pouvons dépasser la politique de négociation avec le gouvernement d'une partie des syndicats et organisations lycéennes et étudiantes qui veulent s'approprier le mouvement, mais aussi des cadres comme les interfacs sans représentativité réelle. C'est à nous-mêmes de décider des revendications, des actions, et des suites de la mobilisation. Il faut s'atteler à la construction de ces cadres qui coordonnent régionalement et nationalement les établissements, les secteurs mobilisés, pour construire un rapport de force qui permet de gagner.

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