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17 octobre : des commissariats aux tribunaux, récits d'une répression qui s'abat sur la jeunesse mobilisée

Tue, 20 Oct 2026 23:13:22 CEST

Révolution Permanente

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Entre maltraitances dans les geôles et condamnations politiques et expéditives, la machine répressive est bien en marche après les 17 et 18 octobre. Les témoignages d'avocats en garde-à-vue et les premières comparutions immédiates révèlent une même logique : faire payer la contestation et briser la mobilisation qui s'étend.

À la suite des journées de mobilisation des 17 et 18 octobre, derrière les violences policières et les chiffres des interpellations, la répression se poursuit à huis clos, dans les commissariats. Gérald Darmanin a annoncé hier 2 513 gardes à vue - que le ministre souhaite porter 72 heures en élargissant du même coup les pouvoirs d'investigation de la police, en demandant aux parquets de poursuivre selon le régime de la criminalité organisée.

48 heures, bientôt 72 : c'est autant de temps pendant lequel des personnes interpellées subissent de nombreuses maltraitances dans les geôles et se voient privées de droits. Depuis samedi, les premiers témoignages d'avocates intervenant dans les commissariats où s'entassent les jeunes mobilisés dessinent un tableau accablant.

Dans les commissariats, la répression de la jeunesse se poursuit à huis clos

Ainsi, Alicia Derradji, avocate et militante au Collectif d'action judiciaire, témoigne d'abord des entraves à l'exercice des droits de la défense, y compris lorsqu'un avocat a été expressément désigné par la famille d'un mineur :

« On avait été désignés par la famille immédiatement, et, alors que la désignation famille prime, ils ont quand même fait passer un commis d'office qui s'est entretenu avec le jeune mineur pendant seulement 5 minutes. Il est parti, j'ai essayé d'insister pour avoir les 25 minutes restantes [un entretien avec un avocat dure normalement 30 minutes], mais l'OPJ a refusé »

Les entraves ne concernent pas seulement l'accès à un avocat : plusieurs gardés-à-vue se sont vus empêcher ou retarder de plusieurs heures le droit à voir un médecin. La même avocate rapporte que la personne qu'elle assistait « n'avait pas vu de médecin du tout alors qu'elle l'avait demandé dans les premières 24 heures. Je suis partie sans même savoir si elle a pu en voir un pendant la prolongation ».

Un autre témoignage de l'avocate Coralie Capponi relate faits tout aussi graves : alors même que le jeune homme qu'elle défendait présentait « de très nombreuses ecchymoses et marques de coups au visage et sur le corps suite à son interpellation », « il n'a vu aucun médecin pendant les 24 premières heures de garde-à-vue ».

Elle explique : « Ses droits ne lui ont été notifiés qu'après 6 heures de garde à vue. Et ce n'est qu'après 40 heures de garde à vue que mon client a finalement pu être entendu, les enquêteurs ayant reporté son audition à deux reprises, au motif qu'ils ne disposaient pas « d'éléments suffisants pour l'auditionner » ».
Elle relève ainsi que « ces circonstances rendent particulièrement contestable le placement en garde à vue », et « laissent apparaître que les enquêteurs ont cherché à justifier a posteriori une mesure dont les conditions légales ne semblaient pas réunies dès l'origine ». Après 48h, l'affaire aura finalement été classée sans suite.

À ces atteintes aux droits s'ajoutent des conditions de détention qui témoignent de la brutalité avec laquelle les personnes interpellées sont traitées. Laura Menge, avocate et militante au Collectif d'action judiciaire, dénonce ainsi les conditions dans lesquelles des jeunes ont été maintenus dans le commissariat saturé du 7e arrondissement de Paris : « des jeunes par terre allongés au sol dans le hall d'entrée, menottés aux bancs », sous les néons et dans le passage de toutes les personnes circulant dans le commissariat, potentiellement pendant 24 heures.

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Au commissariat de Saint Denis, l'avocate Prisca Ancion, également militante au CAJ, raconte, dans le même esprit, qu'un des jeunes qu'elle a assisté lui a raconté être entassé à « 13 en cellule pour 5 matelas ».

Elle évoque également le cas d'un jeune diabétique placé en garde à vue malgré son état de santé critique. « Sa mère est venue directement apporter ses seringues d'insuline, en expliquant que c'était essentiel pour éviter un malaise. Malgré ça, il n'a vu un médecin que 13 heures après son placement en garde à vue. Le médecin a demandé son hospitalisation immédiate car son état était très critique et qu'il devait être mis sous perfusion au plus vite. Pourtant, dès la perfusion terminée, il a été ramené au commissariat pour son audition. »

Le témoignage de l'avocate Sarah Beaucamp complète ce tableau. Elle décrit un mineur privé de pull et tremblant de froid pendant son entretien, ainsi que des jeunes menottés pour parcourir les seules 10 marches menant à la salle d'audition.

« Les deux jeunes que j'assistais étaient blessés. Le premier avait une blessure au coude, au point de ne plus pouvoir plier le bras, mais il a tout de même été menotté. Le second, qui affirme avoir reçu des coups de matraque lors de son interpellation, présentait un bleu a la cuisse et une bosse à la tête.
Il m'a rapporté avoir subi des injures racistes et des menaces par les CRS interpellateurs, et avoir constaté des comportements violents et disproportionnés sur d'autres jeunes présents dans les locaux du commissariat à son arrivée
. »

L'avocate explique également qu'il lui était interdit de photographier les blessures des deux personnes avec des ecchymoses et des bosses qu'elles assistaient : un obstacle supplémentaire pour documenter les violences et en conserver des preuves.

Et lors de l'audition de l'un des deux, elle raconte que les policiers lui ont demandé comment s'habillaient les membres du black bloc. Après qu'il a répondu « en noir », ils lui ont montré une photographie de lui prise au commissariat, en présentant sa tenue comme caractéristique du black bloc. Le jeune leur a alors répondu : « C'est votre collègue qui m'a demandé de m'habiller comme ça ». Il expliqué qu'il avait dans ses affaires un cache-cou, un masque de ski et un bonnet, mais ne les portait pas tous pendant la manifestation, et que ce sont les policiers eux-mêmes qui lui ont demandé de les porter à son arrivée au commissariat.

Enfin, l'avocate rapporte avoir découvert, fièrement affichée sur la porte du bureau des agents de police judiciaire (APJ), une pancarte récupérée auprès de lycéens : « Les lycéens visent le bac, la BAC vise les lycéens ».

À l'ensemble des ces témoignages de violences et de non-respect des droits de la défense par ces avocates s'ajoutent pléthore de récits d'interrogatoires qui cherchent en priorité à sonder les opinions politiques des jeunes : « Pourquoi vous manifester ? Quelles sont vos revendications ? Qu'est-ce que vous faisiez en manifestation ? ».

Des commissariats aux tribunaux, il faut soutenir la jeunesse réprimée

L'ensemble de ces récits s'inscrit dans la continuité d'une répression d'État d'une brutalité et d'une ampleur inédites. Depuis le début du mouvement lycéen, les charges, les gaz, les coups de matraque et les interpellations violentes se succèdent, et la répression se prolonge pendant les garde-à-vue. Derrière ces pratiques, toujours une même logique : faire peur à la jeunesse pour qu'elle se taise.

Mais l'offensive ne s'arrête pas aux commissariats. En amont des audiences, Gérald Darmanin prépare depuis des semaines le terrain de la répression judiciaire, en demandant « à l'ensemble des parquets de France d'avoir une extrême fermeté » et en encourageant notamment le recours à la détention provisoire. Et c'est 149 incarcérations qui sont constatées depuis samedi.

Hier comme aujourd'hui, les premières comparutions immédiates des personnes interpellées le 17 octobre au tribunal judiciaire de Paris donnent déjà un aperçu de cette politique. Un jeune homme sans aucun casier judiciaire a été condamné à deux mois de prison ferme avec mandat de dépôt, auxquels s'ajoutent six mois avec sursis, sans avoir blessé personne. Une autre jeune femme, venue manifester pour des conditions de vie plus digne, a été poursuivie après que les policiers ont retrouvé sur elle « un masque à gaz et une pancarte revendicative sur la précarité des apprentis », équipement qu'un juge a décrit comme une « panoplie du parfait casseur », avec le fait d'avoir sur son bras le numéro de sa mère et le contact d'un avocat témoignant, pour le tribunal, d'une « certaine préparatlon ». Elle a été condamnée à 5 mois de prison avec sursis.

Ce ne sont que des exemples qui illustrent l'extrême brutalité avec laquelle le système judiciaire s'attaque, une fois de plus, aux voix dissidentes. Comme on avait déjà pu le constater lors des mobilisations des 10 et 18 septembre de l'année passée, les audiences se transforment en interrogatoires politiques - les mêmes qu'en garde-à-vue, cette fois au grand jour - et veulent frapper vite et fort, faire des exemples, pour terroriser les prochains manifestants, décourager la mobilisation, briser le mouvement.

Alors que les interpellations continuent de se multiplier quotidiennement dans tout le pays, l'exigence reste la même : la remise en liberté immédiate de toutes les personnes enfermées pour s'être mobilisées, et l'amnistie de tous les lycéens et de toutes les personnes condamnées pour leur participation aux manifestations.

Pour y parvenir, la pression par la mobilisation collective doit se maintenir, devant les commissariats comme devant les tribunaux, où nous devons rester nombreux à nous rassembler pour apporter notre solidarité aux personnes interpellées. Cette solidarité est notre levier le plus solide face aux mécanismes de la répression.

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