« Temps de réflexion collective » : la présidence du Mirail veut briser l'occupation et la grève
Sun, 18 Oct 2026 18:37:57 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDans un mail envoyé le 16 octobre, la présidente du Mirail a annoncé la réouverture de la fac à compter de lundi 19, promettant notamment des « temps de réflexion collective ». Une tentative de cooptation qui rappelle la méthode déployée par le gouvernement contre les lycéen.ne.s mobilisé.e.s.

Dans un mail envoyé ce vendredi 16 octobre à l'ensemble des usager.e.s et travailleur.euse.s de l'université, la présidente du Mirail Emmanuelle Garnier a annoncé sa réouverture à compter de lundi 19 octobre, alors que la fac est fermée administrativement depuis plusieurs semaines sur son ordre. Dans son mail, elle promet notamment que cette réouverture se fera « dans une dynamique collective et constructive » et que « dès la semaine prochaine, des aménagements sont prévus dans l'organisation pédagogique, avec une suspension des enseignements sur certaines journées dédiées à des temps de réflexion collective autour des sujets liés à la mobilisation, auxquels pourront également participer l'ensemble des personnels. »
Tout au long de son communiqué, elle se contente d'affirmer que « les activités ont été fortement perturbées depuis le mardi 6 octobre », sans préciser que les perturbations en question - la fermeture administrative de l'université - viennent directement d'elle, en réponse à l'occupation du bâtiment de l'accueil par les étudiant.e.s et travailleur.euse.s mobilisé.e.s.
Pire, elle tente de rejeter la responsabilité de cette fermeture sur les occupant.e.s, cherchant à les opposer aux étudiant.e.s qui « s'interrogent légitimement sur les conséquences de cette situation pour le bon déroulement de leur cursus », affirmant « il est de notre responsabilité collective de permettre à chacun·e de poursuivre son parcours de formation et de préserver ses chances de réussite ». Mais qui a fermé la fac en première instance ? Madame Garnier.
Ce type de fermeture administrative est un outil antidémocratique qui s'est généralisé ces dernières années dans de nombreuses facs françaises, dans l'optique d'étouffer des mobilisations naissantes en séparant l'ensemble des étudiant.e.s de celle.eux déjà mobilisé.e.s. Cette méthode s'appuie par ailleurs sur la pression à la réussite scolaire intensifiée par la précarité étudiante et sur la précarité institutionnalisée des travailleur.euse.s vacataires afin de présenter les étudiant.e.s qui se battent pour des conditions d'étude dignes comme celle.eux qui empêchent les autres d'étudier et de travailler.
Dans son mail, la présidente oublie également de préciser qu'elle a fait envoyer la police réprimer des étudiant.e.s mobilisé.e.s le vendredi 1er octobre, et que cette dernière a notamment fait usage de taser contre plusieurs d'entre elle.eux.
Répression policière et fermetures administratives sont deux outils pour empêcher les étudiant.e.s et le personnel de se mobiliser pour défendre des conditions d'études et de vie dignes. Mais il en existe un troisième : canaliser la colère dans des consultations sans débouchés ni perspectives. C'est exactement ce qu'a tenté de faire le gouvernement contre la mobilisation des lycéen.ne.s : après avoir déchaîné une répression brutale, les lycées ont été fermés administrativement, avant d'être réouverts pour y organiser des temps de dialogue sous le contrôle des proviseurs.
C'est exactement ce que tente la présidente aujourd'hui : détourner la colère des étudian.e.ts du Mirail vers « des temps de réflexion collective autour des sujets liés à la mobilisation » qui serviront de prétexte à la reprise des cours. Son but est de diriger la colère étudiante et le raz de bol d'étudier dans des conditions dégradées vers des cadres de discussion scolaires plutôt que vers les cadres d'auto-organisation de l'occupation, dont elle a cherché à couper l'ensemble des étudiant.e.s en fermant administrativement la fac ces deux dernières semaines.
En effet, il existe déjà des cadres d'auto-organisation souverains ouverts à toutes et tous qui permettent quotidiennement des « temps de réflexion collective » de plusieurs centaines de personnes, étudiant.e.s, membres du personnels et professeurs en toute indépendance de la présidente. Il s'agit des assemblées générales qui se réunissent quotidiennement à l'occupation du Mirail. Avant l'occupation, une AG avait ainsi réuni plus de 2000 étudiant.e.s, lycéen.nes, et personnels.
Mais si Emmanuelle Garnier est forcée d'effectuer un tel revirement, de passer de la fermeture administrative de la fac à son ouverture avec temps de concertation c'est qu'elle espérait que l'occupation mourrait d'elle-même. Elle est au contraire aujourd'hui obligée de faire le constat inverse : depuis deux semaines, les étudiants ont réussi à construire une occupation auto-organisée, vivante et ouverte et à faire ainsi du Mirail un des coeurs battants de la mobilisation en cours, où ont lieu chaque jour des assemblées générales, des dizaines de cours alternatifs, des projections de films, des conférences de grève, d'atelier artistiques et d'expressions culturelles toutes plus riches les unes que les autres.
Pire encore pour la présidente : alors qu'elle espérait que le scénario de 2023 se reproduirait, avec une opposition entre étudiant.e.s et travailleur.euse.s au sujet de l'occupation, c'est tout le contraire qui est en train de se produire. Non seulement les personnels soutiennent l'occupation, mais il.elles organisent même en son sein leurs assemblées générales, et c'est depuis cette dernière qu'il.elles ont appelé à une assemblée interprofessionnelle de tous les secteurs ouvriers toulousains mardi 20 à 18h30. Des secteurs de travailleur.euse.s de la ville ont d'ailleurs déjà commencé à s'approprier l'occupation, à l'image des professeurs du secondaire mobilisés, qui y ont organisé jeudi 15 octobre leur comité de mobilisation.
Par ailleurs, l'occupation commence déjà à servir de base arrière aux étudiant.e.s et travailleur.euse.s mobilisé.e.s pour élargir la mobilisation. Jeudi 15 octobre, une délégation d'étudiant.e.s s'est notamment organisée et rendue sur le site industriel d'Airbus à Saint-Eloi et au lycée Airbus pour tracter et discuter avec les travailleur.euse.s de la mobilisation en cours.
Un type d'initiative que l'occupation se propose de multiplier dans l'avenir, en s'érigeant en point de convergence entre lycéen.ne.s, étudiant.e.s et travailleur.euse.s pour coordonner la lutte collective et ainsi arracher l'ensemble des revendications du mouvement social en cours. La dynamique qu'ont impulsé les lycéene.s pourrait en effet permettre d'aller arracher, aux côtés des revendications des lycéen.ne.s, des moyens massifs pour les facs et les services publics, des augmentations de salaires pour les personnels, des embauches et d'arracher des mesures pour mettre fin à la précarité étudiante. Autrement dit, de conquérir enfin la possibilité d'étudier et de travailler dans des conditions dignes.
Face aux manœuvres de Garnier nous ne devons donc pas être dupes. La présidente qui a appelé la police pour réprimer ultra-violemment des étudiant.e.s mobilisé.e.s n'est pas et ne sera jamais une alliée de la mobilisation. De la même manière qu'on ne négocie pas avec un gouvernement qui éborgne les lycéen.ne.s, on ne pratique pas de « temps de réflexion collective » avec une présidente qui envoie la police taser les étudiant.e.s puis qui ferme administrativement la fac. Le mouvement en cours est d'ailleurs catégorique à ce sujet : la seule chose que nous attendons d'Emmanuelle Garnier, c'est qu'elle annonce sa démission, accompagnée d'une lettre d'excuses en bonne et due forme.
Face à ces manœuvres, les étudiant.e.s et le personnel ne doivent pas être dupes. Quelque chose d'inédit est en train de se produire au Mirail : des étudiant.e.s, des professeurs et des travailleur.euse.s mobilisés sont en train de construire main dans la main une nouvelle université, auto-organisée et toute entière dédiée à construire la bataille pour des hausses massives de budget, et pour le droit de toutes et tous de travailler et d'étudier dignement. Nous appelons en ce sens l'ensemble des professeurs et étudiant.e.s à venir à notre rencontre sur l'occupation, à venir aux AG exprimer leurs doutes, leurs craintes et leurs avis. Ne cédons pas à la division entretenue par Garnier et par le gouvernement.
Pour y faire face, étudiant.e.s, enseignant.e.s, membres du personnel et lycéen.ne.s, continuons à nous organiser collectivement et en toute indépendance de la présidence, en poursuivant l'occupation. Nous partageons les mêmes objectifs, nous devons converger ensemble pour les réaliser, discuter ensemble des meilleurs moyens de les atteindre. Pour ce faire, rendez-vous dès maintenant à l'occupation et mardi soir, à 18h30, à l'assemblée générale interprofessionnelle !
Crédit photo : shootbyeste