Main arrachée, yeux crevé… : la violence d'État s'est abattue sur les manifestants du 17 octobre
Sun, 18 Oct 2026 23:25:28 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que les discours sur les « casseurs » saturent l'espace médiatique, plusieurs manifestants ont été mutilés et gravement blessés par la police le 17 octobre. Face à un gouvernement qui entend intensifier la répression policière et judiciaire, il faut faire front contre la violence d'État.

Hier, plus de 800 000 jeunes et travailleurs ont manifesté partout en France, ouvrant une crise politique pour le gouvernement. Incapable de diviser le mouvement, celui-ci a vu converger la révolte lycéenne et la colère contre la vie chère et l'austérité dans une mobilisation massive et radicale. Mais depuis hier soir, l'ensemble des médias bourgeois agitent les « pillages » et les « violences » pour mieux occulter une répression policière massive, qui a laissé de nombreux manifestants gravement blessés et mutilés.
Dès le début de la journée, la préfecture de police avait préparé le terrain en agitant les épouvantails de « l'extrême gauche et l'ultragauche » pour justifier la répression brutale qui s'est abattue sur la place de la République. Nuñez avait prévenu en ce sens que la police était libre d'utiliser « l'ensemble des armes qui sont à leur disposition », après avoir ré-autorisé les grenades assourdissantes de type ASSD pour cette journée.
Après une main arrachée à Lens, un œil perdu à Tours, peut-être un deuxième à Argenteuil, une mâchoire fracturée et la perte de la majorité de ses dents à Saint-Ouen-l'Aumône ces dernières semaines, hier, aux quatre coins de la France, cet arsenal policier a une nouvelle fois blessé et mutilé massivement.
À Saint-Étienne, un nouveau jeune a eu la main arrachée par une grenade, et les personnes présentes ont dû le déplacer dans un fast-food pour le mettre à l'abri tandis que les tirs de lacrymogènes continuaient de pleuvoir sur lui.
À Mulhouse, une adolescente de 17 ans a perdu un œil après avoir été touchée par une de ces grenades : fracture au niveau de l'œil, arcade touchée, cornée fendue en deux. Un témoin raconte que « les flics étaient à 50 ou 80 mètres. Je les ai vus tirer à tirs tendu [...]. J'ai vu la cartouche grise taper dans l'œil de la gamine et quand ça a touché le sol, la lacrymo est sortie ».
À Paris, un homme raconte avoir été frappé à la tête, et a déposé plainte en ce sens pour violence par personne dépositaire de l'autorité publique. Le journaliste Mathias Enthoven a, quant à lui, dû être hospitalisé après avoir été touché par une grenade de désencerclement : « J'ai pris une grenade de désencerclement à mes pieds, j'ai un éclat dans le ventre ; je suis à l'hôpital. Je suis journaliste, j'étais à république à 50 m de tout attroupement avec 3 collègues en train de discuter calmement, nous avons été visés délibérément »
À Strasbourg, un homme a été gravement blessé à l'œil par un tir policier. Un témoin de la scène rapporte que ceux ayant assisté à la scène : « parlaient d'un tir tendu, presque à bout portant ».
À Marseille également, un homme a été grièvement blessé à l'œil pendant que, dans le même temps, l'État déployait deux blindés dans la cité phocéenne face à la mobilisation. Des mutilations aux déploiements d'équipements quasi militaires dans les rues : voilà ce que le pouvoir oppose aux voix qui refusent de se résigner.
Et la répression ne s'arrête pas aux violences policières. Dès les premières semaines du mouvement lycéen, le gouvernement avait coordonné ses moyens policiers, pénaux et administratifs pour étouffer la colère à la racine : déploiement massif de plusieurs unités et de drones, fermetures de lycées, interdictions administratives de rassemblements et volonté d'imposer une réponse pénale « ferme » et expéditive.
Des mutilations qui préparent une répression judiciaire brutale
Le gouvernement entend franchir un nouveau cap dans cette offensive répressive : hier soir, Darmanin exigeait des procureurs une « réponse judiciaire extrêmement ferme » et le « placement en détention provisoire » des quelques 1 800 personnes interpellées. Lecornu lui emboîtait le pas en exigeant d' « interpeller leurs auteurs et les déférer à la justice », à travers le nouveau projet de loi « casseurs-payeurs », pour instaurer une nouvelle arme de punition collective contre les classes populaires.
Cette répression et le discours sur les « violences urbaines » qui l'accompagne sont également légitimés par l'ensemble des partis politiques bourgeois. La droite de Retailleau appelle à l'état d'urgence, celle d'Édouard Philippe appelle à un retour des « peines planchers », tandis que le RN cherche à se présenter comme le « parti de l'ordre ». « Cela demande des mesures dures et de l'autorité, et manifestement, ce pouvoir n'en a aucun », a déclaré le député RN de la Somme Matthias Renault, qui entend accorder davantage de marge de manœuvre aux policiers, pourtant déjà dotés d'un permis de tuer XXL.
Quelles que soient leurs nuances, ces discours contribuent tous à légitimer la réponse répressive du gouvernement et à nourrir son discours sur les « semeurs de chaos » et son injonction à « choisir son camp » : « Soit on est dans le camp de la République, et donc des forces de l'ordre (…), soit on est du côté des casseurs »
Mais nous ne choisirons jamais le camp de ceux qui mutilent des enfants et des travailleurs. De ceux qui arment la police, lui donnent carte blanche pour tirer sur des manifestants désarmés avec des armes classées matériels de guerre, qui visent à blesser et à mutiler.
Une fois encore, l'ampleur de la répression infligée à ce mouvement social, qui détient le record du nombre d'interpellations sous la Ve République (8 000, en immense majorité des mineurs), est à la mesure de la peur des classes dominantes face à ce qu'il cristallise : une colère sociale profonde contre la précarité, l'exploitation au travail, la destruction des services publics, l'avenir de misère qui nous est réservé. Une colère qui se traduit désormais par une solidarité entre lycéens, étudiants et travailleurs, qui les défendent et commencent à se mettre en grève : voilà ce que le gouvernement cherche à briser. Car il sait la force explosive d'une telle unité contre le système.
En ce sens, le meilleur outil contre la répression policière et judiciaire reste de construire un rapport de force, en construisant le mouvement par en bas, notamment par la multiplication des jonctions et coordinations entre les secteurs en lutte, sur les lieux de travail et d'étude, sans attendre le 5 novembre. Il faudra aussi être nombreux devant les commissariats et dans les tribunaux pour soutenir l'ensemble des personnes interpellées et réclamer l'abandon des poursuites et leur libération.