17 octobre : en milieu d'après-midi, une mobilisation massive et radicale dans tout le pays
Sat, 17 Oct 2026 17:26:21 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAu cœur des aspirations à une convergence des colères suite à la révolte de la jeunesse, le 17 octobre était entouré d'incertitudes. Les actions spontanées de ce début de journée et les premières remontées des manifestations montrent que la colère est au rendez-vous.

La colère est bien là et elle déferle dans tout le pays. Alors que beaucoup s'interrogeaient sur la capacité du 17 octobre à tenir ses promesses, la mobilisation est d'ores et déjà au rendez-vous. A Paris, elle a commencé dès le matin, avec une jonction entre jeunes, travailleurs ou gilets jaunes depuis plusieurs rendez-vous : devant la Gare du Nord dès 10h ; devant le lycée Paul Eluard à 10h30 où des centaines de personnes s'étaient donné rendez-vous pour rejoindre la Gare du Nord puis la Place de la République, ou encore dans l'Est de Paris où les étudiants de l'école Boulle, de Paris 3 et les soignants de Saint-Louis et de Tenon ont convergé avant de rejoindre Paris Nord. Même convergence devant le technicentre de Châtillon, depuis lequel plusieurs centaines de manifestants ont marché vers le centre de Paris, tandis que la place de la République se remplissait de milliers de personnes en vue du départ de la manifestation prévue à 14h.
SAINT-DENIS | Des centaines de personnes devant le lycée Paul Eluard Pour le 17 octobre, les soutiens de Paul Eluard se rassemblent devant le lycée pour dénoncer la répression et exiger l'abandon des poursuites et l'amnistie pour tous les réprimés.#17octobre https://t.co/s1EXSjoBTC
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Partout en France, le nombre a été au rendez-vous. A Nantes et à Lyon le ministère de l'Intérieur lui-même annonce 20 000 personnes, à Toulouse plusieurs dizaines de milliers personnes ont manifesté, Metz, ce sont plus de 5000 manifestants qui étaient présents, tandis qu'au Havre, des milliers de personnes, Gilets jaunes, syndicalistes, jeunes sont partis en manifestation sauvage depuis l'hôtel de ville. A Rennes, la police a nassé d'emblée les plus de 10 000 manifestants réunis, tandis qu'au Mans ce sont entre 10 et 15 000 manifestants qui ont marché. A Aix-en-Provence, plusieurs milliers de personnes sont parties en manifestation sauvage. Des chiffres qui atteignent parfois le niveau de certaines manifestations appelée par l'intersyndicale lors de la très massive bataille des retraites de 2023 : une véritable démonstration pour une date partie des réseaux sociaux, relayée par la jeunesse, mais que les directions syndicales s'étaient gardées de construire sérieusement, se limitant à un soutien de principe de la part d'une partie des organisations comme la CGT.
PARIS | ENORME manifestation depuis République La rue est NOIRE de monde, avec une ambiance ultra déterminée. De très nombreuses personnes continuent d'affluer de toutes parts pour ce #17octobre https://t.co/7XNAH4gdGw
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La composition des cortèges a également tenu ses promesses. Dans les manifestations, se mêlent lycéens en lutte depuis plusieurs semaines, étudiants en cortège, travailleurs avec gilets syndicaux ou non, jeunes de quartiers populaires manifestant pour la première fois, qui ont parfois revêtu le gilet jaune. Les Gilets jaunes sont aussi de la partie, avec le retour en force de ronds-points historiques du mouvement de 2018-2019, comme le rond-point des vaches, à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, ou le rond-point du Cora de Saint-Avold, en Moselle. Sur les pancartes les mots d'ordre dénoncent massivement la répression, les conditions de vie en France mais aussi la figure de Macron, qui continue de cristalliser toutes les colères.
« Ça fait plaisir de voir les anciens Gilets Jaunes et de nouveaux visages. La colère est très présente, même dans une municipalité RN : mon usine est à l'arrêt, certains secteurs ont fait grève à 100% » - @Portac57, syndicaliste à Saint-Avold et militant à RP. https://t.co/0dYzsQWuIn
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Des mobilisations ponctuées de tendances émeutières qui témoignent, là encore, de la radicalité de la mobilisation. A Paris, plusieurs cortèges spontanés continuent de déambuler dans la ville en plus de la consolidation d'une manifestation massive entre République et Place de Clichy. A Lyon, le rassemblement Place Bellecour s'est transformé en affrontements. A Marseille, dès le matin, la mobilisation a été marquée par des affrontements dans le centre-ville qui sont allées jusqu'à l'attaque du commissariat de la police municipale et à l'entrée de plusieurs manifestants dans la mairie. Des scènes qui rappellent là encore le début du mouvement des Gilets jaunes, face auxquelles le maire Benoît Payan a demandé des renforts policiers à Macron, qui a déployé deux blindés centaures.
MARSEILLE | Une manifestation spontanée massive avance dans le centre ville ! #17octobre (images : @Ilangabet) https://t.co/SXwM0tOIet
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De fait, si la colère est au rendez-vous, la répression l'est aussi. A Paris, le gouvernement a tenté de limiter la mobilisation a coup de contrôles systématiques aux abords des gares, de fermetures de 25 stations de métros et d'interdictions de manifester. Sur plusieurs vidéos dans tout le pays on peut voir la police gazer, charger ou interpeller violemment des manifestants, alors que des canons à eau ont été déployés dans plusieurs villes. A 15h, le ministère de l'Intérieur comptabilisait 272 interpellations. Une répression qui s'accompagne d'une rhétorique visant à criminaliser la mobilisation pour mieux préparer le terrain à un déchaînement sur ce terrain. A la mi-journée, « l'entourage du ministère de l'Intérieur » affirmait ainsi que « la probabilité que l'ultragauche fasse dégénérer les cortèges de l'après-midi est très forte ». Un discours en phase avec celui de l'extrême-droite, qui s'en est prise à la mobilisation par la voix de Jordan Bardella, qualifiant la journée de « prétexte pour l'ensemble des groupuscules d'extrême gauche » pour « semer le désordre dans notre pays ».
BORDEAUX | La manifestation s'élance depuis la place de la Bourse malgré la forte répression de la police qui GAZE les manifestants avant même le départ. https://t.co/27LIeLbQdO
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Contrairement à cette propagande, c'est tout autre chose qui s'exprime dans les cortèges depuis ce matin. Une profonde colère face au coût de la vie, au prix du carburant et à dix années d'offensives anti-ouvrières et anti-jeunes menées par les gouvernements macronistes successifs. Une détermination à lutter face au manque d'avenir, au désastre climatique et à la menace des guerres. Et une convergence entre de multiples secteurs porteurs des mêmes aspirations. Une mobilisation qui pourrait bien continuer en cette fin d'après-midi et jusqu'à ce soir et être le préambule d'un nouveau grand mouvement national dans le pays, dont la révolte lycéenne aura été l'étincelle. Dans ce contexte, Matignon a convoqué une nouvelle cellule de crise à 18 heures au ministère de l'Intérieur. A suivre.