« Il pleut dans mon logement » : les étudiants d'une résidence CROUS à Bordeaux témoignent
Fri, 16 Oct 2026 18:14:32 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalInfiltrations d'eau jusque dans les appartements, absence de chauffage en hiver, températures frôlant les 40 °C en été et laverie en panne : des étudiants de la résidence Budos témoignent des conditions indignes organisées par le CROUS de Bordeaux.

Dans la résidence CROUS de Budos, située en plein Bordeaux, les conditions de logement sont particulièrement indignes. Un résident témoigne des difficultés subies tout au long de l'année : « Cela fait maintenant un an que je vis dans cette résidence CROUS, et les conditions de vie y sont difficiles. Depuis plusieurs jours, je n'ai pas d'eau chaude et lorsque nous demandons une intervention, on nous répond simplement de patienter » Il poursuit : « En hiver, le chauffage est quasiment inexistant. Les fenêtres ne sont absolument pas isolées, l'air froid rentre en permanence et il pleut même à l'intérieur de mon appartement ainsi que dans le couloir de l'étage ».
Les fuites non réparées transforment appartements et couloirs en zones inondées. Cette infiltration d'eau permanente entraîne la mise en danger de la santé des résidents. Sans aération et évacuation de l'humidité, des moisissures apparaissent sur les murs et des trous dans les plafonds : « Malgré ces problèmes, la situation ne s'améliore pas et nos demandes restent sans réponse ».
Pendant la canicule, la vétusté des locaux transforme les chambres en véritables étouffoirs. Un étudiant raconte « J'ai passé deux mois avec un volet cassé, bloqué en position ouverte, sans pouvoir protéger mon appartement de la chaleur ». Dans leur mail collectif à la direction, les résidents des étages supérieurs décrivent des conditions extrêmes : « Les habitants des 2e et 3e étages des bâtiments ont dû survivre à des températures atteignant les 40 degrés à l'intérieur des chambres… ».
À cette passoire thermique s'ajoute l'abandon des équipements collectifs essentiels, coupures d'électricité récurrentes, absence d'eau chaude, mobilier défectueux… Dans leur lettre adressée à la directrice du CROUS, les étudiants s'indignent logiquement de la gestion de la laverie : « Depuis Juin 2026, une seule des 2 machines fonctionne dont 3 semaines sans aucune des deux au mois de Septembre et ce malgré nos nombreux signalements ».
Pour compléter ce tableau, l'invasion de nuisibles est devenue le quotidien des résidents. Face à cette situation, l'administration fait preuve d'un cynisme déconcertant. Alors que les contrats d'entretien de la VMC, des parties communes et des équipements de sécurité sont facturés et inclus dans les charges prélevées chaque mois sur les bourses et les maigres revenus des résidents, la direction du CROUS laisse les résidents sans solution. Pire encore, elle va jusqu'à demander aux résidents d'effectuer eux-mêmes des tâches de maintenance, comme le nettoyage de la VMC défectueuse. Le CROUS sous-traite en demandant aux locataires de jouer aux techniciens pour pallier le manque de personnel !
Au-delà de l'insalubrité, l'absence d'interlocuteurs plongent les étudiants dans une profonde détresse. Un résident témoigne de l'impact du manque d'isolation : « J'ai vécu une année horrible. Mes jours étaient mes nuits. [...] L'impression est d'être délaissés, et que chaque agent ne peut être libre de répondre aux urgences... Aucun lien, humanité ni accueil de la direction ».
Quand le CROUS organise la misère et l'insalubrité
L'attitude inadmissible de la direction du CROUS démasque le véritable visage de cette institution, une instance étatique qui joue le rôle d'organisateur de la précarité à l'échelle nationale. Loin d'être un passage obligé vers l'âge adulte, la précarité qui pousse les étudiants à se tourner vers les résidences CROUS est la conséquence de politiques conscientes de Macron, des gouvernements successifs et de l'État. Alors que les lycéens dénoncent leurs conditions d'étude à travers un mouvement exemplaire, ce nouveau scandale à Bordeaux met à jour la trajectoire que veulent imposer les classes dominantes à la jeunesse. Après avoir survécu aux lycées insalubres, passé la sélection sur Parcoursup, ils veulent condamner la jeunesse à étudier dans des conditions dégradées, et vivre dans des logements insalubres.
Si le mouvement lycéen et étudiant naissant montre une chose, c'est que face au gouvernement et aux directions de CROUS, il faut construire le rapport de force pour arracher les rénovations de lycées, d'universités, de résidences. Plus encore, alors que la pénurie de logement profite avant tout aux résidences privées, il faut exiger leur expropriation.
Fekam, élue pour le Poing Levé au conseil d'administration du CROUS dénonce : « Les résidents de Budos sont loins d'être les seuls à vivre dans de telles conditions, on l'a vu en se rendant dans certaines d'entre elles ces dernières années, il y a des cafards, des problèmes de moisissure et d'humidité. À chaque fois la direction du CROUS est au courant mais ne fait rien, temporise et balade les étudiants. Depuis le début de notre mandat on se bat contre ces conditions, mais maintenant il faut durcir le ton. On invite tous les étudiants à s'organiser dans leurs résidences, et à nous contacter pour témoigner ! »