Retour

Lycées occupés et appel à la grève générale : le spectre de « Blocchiamo tutto » hante Meloni

Fri, 16 Oct 2026 18:24:14 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Un an après « Blocchiamo tutto », les lycéens italiens occupent leurs établissements et appellent à « faire comme en France », avec une grève étudiante aujourd'hui , le 16 octobre, et se préparent à rejoindre l'appel de l'USB à la grève générale contre la guerre et la militarisation du 30 octobre. En France comme en Italie, la vie chère, le réarmement et les conditions d'étude font ressurgir de spectre des luttes des années passées.

Ce vendredi 16 octobre, des cortèges d'élèves et d'enseignants défilent dans plusieurs villes italiennes, à la suite d'une semaine d'occupations qui sont passées de Turin et Rome à Milan, Naples, Gênes et Bologne. Cette journée à été appelée « No Meloni day », avec pour mot d'ordre de « Faire comme en France » et de lutter contre l'état précaire des établissements, le plafond d'élèves étrangers et la guerre. Cette journée a lieu après plusieurs semaines de mobilisation.

Mardi 6 octobre, au lycée Cavour à Rome, les étudiants ont organisé une action contre le projet de loi « sur l'antiséminitisme », sorte de « loi-bâillon » équivalente à la loi Yadan en France, visant à criminaliser les soutiens à la Palestine. Peu après, la direction a mis en place des sanctions disciplinaires visant deux élèves, alors que toute la communauté étudiante y avait participé. Quelques heures plus tard, les étudiant·es déclarent l'établissement occupé. « Nous espérons que notre occupation puisse servir de mèche capable de déclencher d'autres mobilisations dans le pays », expliquent Laura et Anna, militantes d'OSA, collectif lycéen, de Cavour. Le lendemain, deux autres établissements de banlieue, dont un lycée technique, les rejoignent et à Turin deux lycées avaient déjà été occupés.

A un an du mouvement Blocchiamo tutto, son spectre plane sur le gouvernement Meloni. À ce moment-là, l'Italie avait connu une grève générale le 3 octobre, puis une manifestation à Rome le lendemain : 2 millions de personnes dans un mouvement parti de l'appel des dockers de Gênes en soutien à la Global Sumud Flotilla et contre le génocide à Gaza. Puis, le 14 novembre, un premier « No Meloni Day » étudiant avait réuni des milliers d'étudiants dans plus de cinquante villes.

« Faire comme en France » : le mouvement lycéen italien entre aussi dans la danse

Cette année, dans les écoles italiennes, l'appel « Fare come in Francia » résonne « du nord au sud » du pays. Dans certaines villes, les initiatives sont menées par des collectifs structurés par les mobilisations pour la Palestine de 2025. Ailleurs, ces actions semblent spontanées et s'appuient notamment sur les mobilisations lycéennes françaises diffusées sur les réseaux sociaux. En effet, les revendications sont similaires à celles qu'on entend partout en France : à Padou, au lycée Valle, il s'agit de cours non-remplacés, d'inondations, et de toits qui s'effondrent ; au lycée technique Marconi, la suppression des « retards courts » qui pénalisent les lycéens. À cela, s'ajoutent des revendications systémiques et politiques : contre le réarmement, la présence de l'armée et des forces de l'ordre dans les écoles, et surtout le plafond de 30 % d'élèves étrangers par classe, annoncé par Giorgia Meloni le 20 septembre. C'est notamment autour de ces derniers points qui s'est structuré l'appel au « No Meloni Day » du 16 octobre, qui appelle à une « grève étudiante nationale », qui revendique le retrait du décret racisme, de l'argent pour l'école plutôt que pour la guerre, la réforme des lycées techniques et professionnels, et la fin de la vie chère et des prix exorbitants du carburant. Laura et Anna, du lycée Cavour, expliquent voir un modèle scolaire « prend de plus en plus les traits d'une caserne plutôt que d'un établissement dédié à l'éducation », et appellent à ne pas rester isolés, parce que « si nous restons isolés, école par école, nous ne parvenons à rien. »

La continuité de la cause palestinienne

À l'automne 2025, la Palestine a fait descendre les lycéens italiens dans la rue et c'est elle qui a déclenché l'occupation du Cavour. En effet, l'action qui a lancé l'occupation visait le projet de loi « sur l'antisémitisme » qui, comme expliquent Laura et Anna, « constitue une grave atteinte à la liberté d'expression dans notre pays, en particulier pour ceux qui critiquent Israël et ses politiques ».

Le « Blocchiamo tutto » de 2025 était né de la Global Sumud Flotilla. Après l'attaque de drones du 23 au 24 septembre, les dockers de Ravenne, Livourne et Tarente ont bloqué des cargaisons destinées à Israël.
Sous pression de sa base, la CGIL (principal syndicat italien) avait fini par appeler à rejoindre la grève du 3 octobre.

Le gouvernement Meloni sous pression de la rue

Les épisodes de la dernière année montrent un gouvernement sous pression. Seulement quelques jours après l'immense grève générale du 3 octobre, le gouvernement a retiré une licence d'exportation pour des armes à destination de l'État d'Israël, utilisées dans la bande de Gaza. Ou encore, poussée par la pression du mouvement et des journées de grève, elle a été contrainte d'envoyer des frégates militaires pour escorter la flottille. En 2026, le gouvernement Meloni a perdu la réforme judiciaire avec une participation de près de 60% et 53,7% de non, en marquant la première défaite électorale de l'extrême droite au pouvoir.

Surtout, le mouvement massif de solidarité pour la Palestine avait signifié le retour sur le devant de la scène politique de la classe ouvrière italienne, qui s'était interposée à la complicité ouverte du gouvernement de Meloni dans le génocide mené par Israël et ses alliés en Palestine, une crise conséquente pour un gouvernement qui cherchait jusqu'alors à se positionner comme le trait d'union réactionnaire entre les Etats-Unis, Israël et l'Union Européenne.

Aussi chez les lycéens, la Palestine relie le refus de la guerre, la critique du réarmement et la défense des libertés publiques. Le 30 octobre 2026, des syndicats de dockers appellent également à une grève internationale contre le trafic d'armes et la militarisation des ports et à une grève générale intersectorielle. Ce jour-là, les lycéens seront dans la rue « aux côtés des travailleurs, comme l'année dernière », disent les militantes de Cavour, qui comptent sur la jonction avec les travailleurs de l'éducation.

« Fare come in Francia » est le mot d'ordre que des lycéens italiens utilisent et qui renvoie à la jeunesse française qui, depuis plusieurs semaines, bloque ses établissements et affronte une répression brutale de la part de l'État. Dans les deux cas, le mouvement part de la base et maintenant, la question qui se pose, est comment construire un rapport de force. Laura et Anna de OSA expliquent que « Si nous restons isolés, école par école, nous ne parvenons à rien », d'où la nécessité de construire une coordination entre établissements, la jonction avec les étudiants et le personnel de l'éducation, mais également d'autres secteurs. Dans ce sens, en France, plus de 300 syndicalistes réclament, dans une tribune publiée dans Politis, que leurs organisations rejoignent la jeunesse le 17 octobre et après, « comme en mai 1968 », plutôt que d'attendre la date du 5 novembre fixée par les directions syndicales.

Ici en France, des appels au 17 octobre circulent largement sur les reseaux sociaux en référence aux gilets jaunes, avec des revendications similaires et qui rejoignent celles des lycées : contre la flambée des carburats, la vie chère et la dégradations des conditions de vie. Au même moment, le 30 octobre, l'Italie pourrait faire revivre le spectre du « Blocchiamo tutto » qui hante Meloni depuis plus d'un an. En France comme en Italie, la convergence entre les travailleurs et les étudiants qui avait eu lieu pendant l'automne 2025 doit montrer la voie et ouvre des possibilités énormes pour la suite de la mobilisation.

/ / / / / / /