Fonderie de Bretagne. 244 salariés sur le carreau après la liquidation judiciaire : il faut interdire les licenciements !
Fri, 16 Oct 2026 18:47:24 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe 15 octobre, la Fonderie de Bretagne a été placée en liquidation judiciaire, jetant 244 salariés au chômage. Face à la vague de licenciements et à l'explosion du coût de la vie, le 17 octobre doit être une étape pour faire converger la colère des travailleurs et de la jeunesse.

Ce jeudi 15 octobre, le tribunal de commerce de Lorient a prononcé la liquidation judiciaire de la Fonderie de Bretagne, filiale historique de Renault, jetant sur le carreau 244 salariés qui perdent leur emploi. Cette décision vient conclure un long processus de démantèlement de l'entreprise, engagé dans les années 2000.
En 2008, Renault revend la Fonderie de Bretagne (FDB) au groupe italien Teksid (Fiat). En 2009, une grève de onze jours contraint le constructeur à reprendre l'entreprise. Mais Renault se désengage à nouveau par la suite, avant de céder la fonderie au fonds d'investissement allemand Callista en 2022. Depuis, cinq changements de propriétaires et plusieurs projets de reprise se sont succédés, jusqu'à la liquidation judiciaire prononcée ce 15 octobre. Une nouvelle fois, les travailleurs paient le prix de décisions prises au-dessus de leur tête.
244 salariés sacrifiés en pleine explosion du coût de la vie
« Nous sommes des fondeurs, qu'allons-nous devenir ? », souligne Éric, 59 ans à l'Humanité . À trois ans de la retraite, il poursuit. « Nous étions un des derniers sites de fonderie en France, qu'est-ce que je vais faire : une formation ? À mon âge ? Personne ne voudra m'embaucher ! »
Derrière la liquidation de la FDB, ce sont 244 salariés et leurs familles qui sont frappés de plein fouet. Des travailleurs qui ont consacré des années, parfois des décennies, à leur usine et qui se retrouvent brutalement privés de leur emploi et de leurs revenus.
Cette catastrophe sociale survient alors que les classes populaires subissent déjà de plein fouet l'explosion du coût de la vie. Entre le prix du carburant, de l'énergie, de l'alimentation et du logement, les dépenses contraintes pèsent toujours plus lourd sur les budgets. Pour les travailleurs qui perdent leur salaire, les conséquences sont immédiates : comment continuer à payer ses factures, se déplacer et faire vivre sa famille ?
La fermeture de la Fonderie de Bretagne n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans une vague de suppressions d'emplois qui parcourt tout le pays. En octobre 2025, la CGT recensait déjà 450 plans de licenciements depuis 2023, entraînant plus de 100 000 suppressions d'emplois directs.
Refuser la conciliation de classe : nos intérêts ne sont pas ceux du patronat !
Ces licenciements sont cycliques et illustrent la logique du système capitaliste. D'un côté, Renault cherche à délocaliser sa production pour exploiter toujours plus durement une main-d'œuvre à moindre coût. De l'autre, les patrons locaux et les repreneurs financiers espèrent tirer profit de l'exploitation des travailleurs en France, quitte à démanteler l'entreprise une fois leurs opérations rentabilisées. Entre les délocalisations et les projets de reprise par des fonds d'investissement, les salariés sont pris au piège d'une même logique : celle de la rentabilité, qui fait passer les profits avant les emplois et les conditions de vie.
Face à cette situation, la direction de la CGT a pourtant continué à miser sur une alliance avec une partie du patronat et sur l'intervention de l'État pour sauver l'usine. En janvier 2025, Sophie Binet avait ainsi adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron, cosignée notamment par le syndicat des patrons de la métallurgie, l'UIMM, des élus bretons de LFI aux macronistes et à LR, ainsi que par la direction de la Fonderie. L'objectif était de pousser Renault à garantir ses commandes jusqu'en 2028 afin de permettre une reprise du site. Après l'annonce de la liquidation, Sophie Binet a de nouveau interpellé le président de la République sur les réseaux sociaux : « Emmanuel Macron, sauvez ce site stratégique ! »
Le massacre de nos fonderies continue avec la liquidation de la Fonderie de Bretagne !
Renault, Europlasma et l'État doivent rendre des comptes. Stop aux arrangements entre amis. Place aux actes.
Soutien total aux 244 salariés.
@EmmanuelMacron, sauvez ce site stratégique !— Sophie Binet (@BinetSophie) October 15, 2026
Cette stratégie révèle une impasse : elle cherche à faire converger les intérêts des salariés avec ceux de patrons, alors même qu'ils sont antagonistes et que ces derniers nous exploitent quotidiennement. Les intérêts des travailleurs ne sont pas ceux du Medef, de l'UIMM des investisseurs, de la direction de la Fonderie ou même de l'État qui a prouvé à mainte reprise qu'il était au service du grand patronat.
Face à cette impasse, la question n'est pas de trouver un patron plus conciliant ni de remplacer un actionnaire par un autre. Il faut défendre la nationalisation des entreprises qui suppriment des emplois, sans indemnité ni rachat, sous le contrôle des travailleurs. L'objectif est de soustraire les outils de production aux intérêts privés et de permettre à ceux qui font fonctionner les usines de décider de leur avenir. Mais pour imposer une telle perspective, les travailleurs doivent pouvoir compter sur leur propre mobilisation et sur la construction d'un rapport de force indépendant du patronat et de l'État.
Les travailleurs de LFB sont loin d'être isolés, la colère ne touche pas seulement le monde du travail. La mobilisation lycéenne contre la dégradation de ses conditions de vie, le manque de moyens dans les services publics et l'absence de perspectives montre aujourd'hui la voie.
Les travailleurs de la Fonderie de Bretagne et les lycéens ont des raisons communes de se battre : ils subissent les conséquences d'un système qui fait passer les profits avant les besoins de la majorité. D'un côté, des salariés perdent leur emploi après des années de travail ; de l'autre, une jeunesse voit se fermer les perspectives d'avenir et refuse de payer le prix d'une crise dont elle n'est pas responsable.
Face à cette situation, il faut construire une convergence entre les travailleurs mobilisés contre les licenciements et la jeunesse en lutte. Le 17 octobre peut servir de base pour renforcer ces liens et construire un réel rapport de force face aux directions patronales et gouvernementales.
Crédits photo : Compte X de Damien Girard