« C'est une violence orchestrée » : à Toulouse, la mère d'un élève de Déodat témoigne de la répression
Fri, 16 Oct 2026 18:51:17 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis des semaines, le gouvernement réprime brutalement le mouvement lycéen. Nous relayons le témoignage d'Audrey, mère d'un élève de Déodat de Séverac à Toulouse, un lycée populaire marqué par une intense répression.

« J'ai vu les CRS en faction encercler les Arènes, ils avaient les casques baissés. […] À mesure que je lis les récits des autres manifs, je comprends que [les lycéens] étaient au milieu de ce qu'on appelle une nasse », raconte Audrey, mère de trois enfants, dont un scolarisé en filière professionnelle au lycée Déodat de Séverac. Suite à la première mobilisation lycéenne du 29 septembre, nombreuses ont été les images de lycéen·ne·s gazé·e·s, brutalisé·e·s, parfois même mutilé·e·s, qui ont envahi nos réseaux sociaux. À Déodat, la répression a été particulièrement violente, et les images d'hélicoptère et de brigades équipées d'armes létales près de l'établissement ont été relayées par centaines.
Audrey se trouvait aux abords du lycée lorsque la répression a éclaté. « J'étais inquiète parce que j'ai appris qu'il y avait un blocus et je n'arrivais pas à joindre mon fils. J'ai voulu le rejoindre aux Arènes, mais un CRS m'a expliqué qu'on ne pouvait pas passer, que les transports étaient arrêtés. J'ai réussi à le retrouver, mais au moment où on a voulu partir, les CRS ont avancé vers la zone où étaient les gamins et les ont chargés. C'était violent, ça m'a créé une angoisse immédiate ».
Déodat est un des principaux lycées de quartiers populaires de Toulouse, et ces répressions s'inscrivent dans un climat raciste, qui précède largement le mouvement actuel. En effet, de nombreux élèves connaissent déjà des violences de la part de la police depuis toujours. Il s'agit d'ailleurs du lycée le plus violemment réprimé, à Toulouse, depuis le début du mouvement. « Jusqu'à maintenant je n'avais pas trop d'avis sur la police, mais là c'est clairement une violence orchestrée et prévue, ils viennent et ils savent qu'ils vont dissoudre les blocus par la violence ».
De son côté, l'administration du lycée Déodat laisse les parents sans réponse. « On a aucune communication avec l'administration si ce n'est des mails, je trouve que c'est vraiment une communication à sens unique », déplore Audrey. Une direction qui a tenté de réprimer les tentatives de coordination du personnel de l'éducation face aux violences subies par leurs élèves.
« Le manque de profs et de moyens me choque »
« Ce qui me choque extrêmement c'est le manque de profs et de moyens », renchérit Audrey, « je trouve que c'est lamentable à quel point l'école a été déconstruite, tout comme le service public. Mes enfants ont toujours été dans le public, le manque de moyens et de professeurs on le subit depuis le début de leur scolarisation ». En effet, le manque de moyens pour l'éducation et les inégalités entre lycées sont au cœur des raisons de la colère de ce mouvement parti des quartiers populaires. « Je vois bien que le fossé se creuse déjà en primaire : les gens qui ont de l'argent et qui ont une certaine vision de la société mettent leurs enfants dans le privé et ils sont dans une bulle finalement, jusqu'à ce qu'ils aillent dans de grandes écoles ».
Des inégalités d'autant plus criantes dans les filières professionnelles, où les possibilités pour la jeunesse de trouver un stage ou une alternance sont de plus en plus réduites. « Ce que je trouve navrant c'est que l'Etat ait supprimé les aides pour les alternances », souligne Audrey, « alors qu'il y a des jeunes motivés avec de vrais projets qui sont obligés de les abandonner parce qu'ils ne trouvent pas d'entreprise ».
Enfin, pour Audrey, la colère des lycéens dépasse les seules revendications sur le manque de moyens et touche directement à la question de leur avenir : « Au-delà du message que passent aujourd'hui les lycéens, je pense que c'est un climat d'anxiété générale et de mal-être de cette jeunesse qui a du mal à se projeter, et on a tous une responsabilité là-dessus. Moi je me sens responsable du projet que l'on propose à ces jeunes ».
Face à la brutalité de la violence policière et sociale, les lycéen·ne·s donnent une formidable leçon de résistance. Dans cette mobilisation, une perspective d'unité entre l'ensemble du personnel de l'éducation, des élèves et de leurs familles peut permettre de s'organiser face à la répression et d'entraîner d'autres secteurs. Alors que les lycéen·ne·s nous montrent la voie de la lutte pour un meilleur avenir, dans une situation politique marquée par plusieurs éléments de colère sociale, le secteur de l'éducation, allié aux élèves et à leurs parents, pourrait être à l'avant-garde de la mobilisation du 17 octobre et de ses suites potentielles.
Crédit photo : thenowface