Révolte lycéenne : Lecornu durcit la répression pour empêcher la convergence des colères le 17 octobre
Fri, 16 Oct 2026 00:30:55 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalInterventions policières dans les lycées mobilisés, arrestation d'une lycéenne à son domicile à La Courneuve : le gouvernement durcit la répression pour briser le mouvement avant les vacances et empêcher la convergence des colères. Samedi 17 octobre, soyons massivement dans la rue pour élargir la mobilisation par la base et construire la jonction avec le monde du travail.

Après une nouvelle journée de mobilisation massive qui a réuni, ce mardi, 480 000 personnes dans la rue, le mouvement de la jeunesse se poursuit et s'amplifie. Symbole de la profondeur de la mobilisation, un premier blocage a eu lieu à HEC, avec « l'objectif de capitaliser sur son image pour apporter de la visibilité au mouvement ». Dans le même temps, les blocages se poursuivent dans de nombreux lycées à travers le pays, tandis qu'une manifestation interlycées est partie d'Aubervilliers dans l'après-midi. En parallèle, les universités restent largement mobilisées, malgré les fermetures administratives, avec plusieurs AG qui ont rassemblé des centaines d'étudiants.
De son côté, le gouvernement a choisi de durcir la répression. Dans son allocution à Matignon, ce matin, Lecornu a renoué avec la rhétorique sécuritaire qu'il employait au début du mouvement : « Ce n'est plus un mouvement lycéen, c'est un mouvement de violences urbaines », explique-t-il, visant directement les « 200 lycées dans lesquelles la violence s'enkyste » et les foyers du mouvement. Alors que Nuñez se vante de ses 8 000 gardes à vue, le gouvernement renoue avec sa stratégie d'arrestations de masse qui vise, selon les propos d'un commissaire rapportés par Le Canard enchaîné, à « effrayer les élèves et leurs parents pour stopper au plus vite la fronde ».
Cette offensive répressive a aussitôt été mise en œuvre. Mercredi soir, une élève de 17 ans du lycée Jacques-Brel a été arrêtée à son domicile et mise en garde à vue. Un rassemblement de solidarité s'est tenu ce matin, à l'appel des enseignants et des parents d'élèves de ce lycée de La Courneuve. Ce matin, la police a franchi un cap dans la répression au lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis. Après avoir violemment interpellé quatre jeunes aux abords du lycée, qui est devenu un symbole international de la colère de la jeunesse, une nouvelle « ligne rouge a été franchie », comme le note un professeur : la BAC est intervenue à l'intérieur de l'établissement pour arrêter un lycéen convoqué chez le proviseur, qui a donné son aval à l'intrusion policière.
Mais le gouvernement ne mise pas seulement sur l'intensification de la répression et sur les vacances scolaires à venir pour démobiliser les lycéens et les étudiants. Le ministre de l'Éducation nationale parie aussi sur les négociations avec l'intersyndicale lycéenne pour enrayer la mobilisation. Mais même sur ce terrain, le gouvernement n'a rien à mettre sur la table, sinon la promesse de présenter, à la fin du mois d'octobre, des modifications risibles de Parcoursup, refusant de supprimer cet outil de tri social et raciste, et quelques miettes sur le budget de l'éducation. Face à cette nouvelle provocation, les organisations lycéennes, sans mandat des assemblées générales sur les facs, ont appelé à poursuivre la mobilisation. Le gouvernement n'entend rien céder par le « dialogue ». Pour le faire reculer, il faudra donc construire le mouvement par en bas et durcir le rapport de force.
Dans ce contexte, les enseignants, les personnels de l'éducation, les parents d'élèves et les lycéens de Paul-Éluard montrent la voie face aux tentatives de canalisation et au durcissement de la répression. Confrontés à l'intrusion de la BAC, les AED et les professeurs se sont interposés pour empêcher l'interpellation de leur élève. Ils se sont immédiatement mis en droit de retrait ou en grève avant d'appeler, dans l'après-midi, à un rassemblement devant le commissariat de Saint-Denis pour obtenir la libération des interpellés. Cette démonstration de force et d'unité a été rejointe par les étudiants de P8 et le cortège de la manifestation interlycées.
Lors du blocus de Paul-Éluard, le 13 octobre, un rappeur de Minneapolis expliquait que la mobilisation des élèves et des enseignants lui rappelait la résistance victorieuse des habitants de Minneapolis face à l'ICE, la police de l'immigration de Trump. À son échelle, Paul-Éluard montre lui aussi comment faire face à la répression par la grève, l'auto-organisation et la mobilisation. Comme l'a résumé Elsa Marcel, conseillère municipale à Saint-Denis, « c'est extrêmement grave que le proviseur de Paul Eluard fasse entrer la BAC dans le lycée. Il faut faire bloc face à ces méthodes de terreur. Bravo aux profs qui se sont solidarisés avec leurs élèves et font grève : votre réponse est exemplaire ! »
Alors que le gouvernement tente d'éteindre la contestation, de peur qu'elle ne débouche sur une convergence de toutes les colères, le 17 octobre, il faut descendre massivement dans la rue et faire de cette journée un point d'appui pour élargir la mobilisation par la base, construire la convergence avec le monde du travail et affronter la répression. Pourtant, les directions syndicales semblent vouloir enjamber cette échéance en fixant le 5 novembre pour horizon. La CGT a certes décidé de « soutenir » le 17 octobre, mais sans appeler clairement à la grève et en insistant sur une échéance lointaine. Une stratégie qui risque de laisser retomber la dynamique au moment même où il faudrait l'ancrer dans la grève et lui donner les moyens de s'étendre.
En quelques semaines, les lycéens ont bousculé le pessimisme ambiant et porté une aspiration à « changer la vie ». Pour que cette énergie débouche sur des victoires, il faut désormais construire un véritable plan de bataille, à la hauteur des aspirations de la jeunesse et de la colère du monde du travail. Cela suppose de porter des revendications claires : des moyens pour l'éducation, une hausse généralisée des salaires, l'expropriation des grands groupes capitalistes et le rejet du budget austéritaire. L'enjeu est de transformer la colère exprimée par les lycéens en un mouvement d'ensemble qui ouvre la perspective d'une grève générale pour faire tomber Macron et son gouvernement.