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Budget 2027 : le RN vole à la rescousse du gouvernement en s'opposant à une motion de rejet

Wed, 14 Oct 2026 20:34:37 CEST

Révolution Permanente

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Ce mercredi 14 octobre, le RN a voté contre la motion de rejet, permettant à Lecornu de poursuivre les débats sur le budget austéritaire. Alors que la jeunesse reste massivement mobilisée, ce vote illustre un possible rapprochement entre l'extrême droite et la macronie pour faire avancer l'austérité, sur fond d'instabilité politique.

Rejeté en commission, le budget austéritaire débarque à l'Assemblée

Avant l'arrivée du budget à l'Assemblée ce mardi 13 octobre, les trois jours de discussions en commission des finances, la semaine dernière, avaient été l'occasion d'entériner le caractère ultra-austéritaire du texte. Si certaines mesures clés proposées par le gouvernement ont été retoquées – abaissement à 3000€ du plafond de l'abattement forfaitaire de 10% sur les pensions des retraités, coupes budgétaires sur les collectivités, fiscalisation des indemnités journalières versées aux personnes en affection de longue durée –, l'essentiel des propositions austéritaires présentes dans le texte initial du gouvernement et ciblant la santé, les retraites ou encore la fonction publique, ont été conservées dans le texte soumis au vote.

En outre, ce dernier a été agrémenté d'amendements pro-patronaux : diminution de la surtaxe sur les sociétés des grandes entreprises (de 7,3 à 5 milliards d'euros), suppression du plafond existant de 7500 euros au-delà duquel les heures supplémentaires sont fiscalisées, rejet des propositions de réforme du pacte Dutreuil facilitant l'héritage des entreprises familiales, ou encore rejet de l'abrogation du dispositif d'« apport-cession », un mécanisme d'optimisation fiscal largement utilisé par les classes dominantes. Mais malgré cela, la copie rendue par la commission n'aura convaincu personne. Celle-ci a largement était désavouée, non seulement par la gauche et l'extrême droite, mais aussi par les députés LR et Horizons, ainsi que le MoDem qui s'est abstenu lors du vote final. Le texte a donc été rejeté en commission ce vendredi 9 octobre avec 31 voix contre, 3 voix pour, 2 abstentions.

C'est donc un retour à la case départ qui s'opère depuis mardi à l'Assemblée nationale, où le texte initial du gouvernement est débattu. Il dessine une offensive brutale, symbolisée par des mesures telles que le gel des APL, les suppressions de 2655 postes de fonctionnaires (dont 1588 enseignants), les 5,5 milliards d'euros pris dans les poches des retraités ou les offensives sur les arrêts maladies et sur les remboursements de médicaments. Autant de mesures qui vont devoir passer l'épreuve de la crise politique, mais aussi de la colère lycéenne qui s'étend ces derniers jours.

Rejet de la motion de rejet : le Rassemblement national aide Lecornu à faire avancer l'austérité

S'il demeure sans conséquence pour l'instant, le revers en commission des finances témoigne de la fragilité du gouvernement. Si Bayrou, puis Lecornu, avaient pu compter sur la complicité du Parti socialiste pour imposer leur budget austéritaire lors des deux dernières années, l'équation du budget 2027 est plus difficile pour le Premier ministre.

En effet, à l'approche de la présidentielle, les députés socialistes cherchent à incarner une alternative au macronisme. C'est dans ce contexte que le PS a déposé, mardi, une motion de rejet préalable, une opération politique particulièrement hypocrite, dans l'espoir de faire oublier les multiples refus de censurer le gouvernement ces dernières années alors même que des budgets tout aussi austéritaires étaient imposés à coup de 49.3. Mais cette motion n'a pas fait le plein au sein du groupe socialiste. François Hollande, favorable à un compromis budgétaire, et Sacha Houlié, proche de Raphaël Glucksmann, ne l'ont pas votée. Ce dernier justifie sa position dans Le Monde en affirmant que, même mauvais, le projet de budget doit être examiné par le Parlement plutôt que renvoyé au Sénat, où la droite pourrait encore durcir le texte avec l'appui du RN. Un signe que le PS, à l'aune de la candidature Glucksmann, pourrait changer de braquet et tenter de redevenir un interlocuteur privilégié du gouvernement dans les négociations budgétaires.

La manœuvre de l'appareil du PS a néanmoins placé Lecornu sous pression : un rejet du budget aurait constitué un revers politique majeur, en pleine mobilisation lycéenne, interrompant l'examen du texte à l'Assemblée et fragilisant davantage un gouvernement dépourvu de majorité. Pour l'exécutif, l'enjeu était également de préserver ses marges de manœuvre. Lecornu avait en effet promis aux lycéens une série d'amendements même s'il s'agissait de miettes, dont le financement aurait reposé sur de nouvelles coupes austéritaires dans d'autres domaines. Un rejet à l'Assemblée, suivi d'un passage au Sénat, aurait ainsi compromis la stratégie du gouvernement, qui face a l'instabilité politique et sociale cherche à gagner du temps pour imposer sa politique d'austérité.

En votant contre la motion de rejet mardi soir, le parti d'extrême droite a déjà accordé un sursis au budget 2027, s'alignant avec la droite et la macronie en permettant le rejet de la motion (236 voix « contre », 149 voix « pour »). En quête de respectabilité avant la présidentielle, Marine Le Pen s'est dit prête à faire passer un budget 2027 « opérationnel » bien qu'« imparfait », ouvrant ainsi la voie à d'éventuelles négociations avec le gouvernement. Début octobre, le RN affichait en ce sens son zèle austéritaire en proposant un « contre-budget » de 140 milliards d'économies reposant notamment sur des politiques xénophobes brutales.

Des propositions qui résonnent avec l'appel du pied de Lecornu au RN en septembre dernier, avec la proposition d'instauration d'une carence sur les allocations sociales pour les étrangers. Cependant, la crise sociale pourrait compliquer les plans de l'extrême-droite. De fait, la mobilisation lycéenne en cours a suscité un soutien massif de la population, y compris parmi l'électorat du RN, tandis que sa jonction avec la colère contre la hausse du prix du carburant le 17 octobre pourrait ouvrir la voie à des convergences avec les revendications du monde du travail. De quoi compliquer les plans d'une extrême-droite condamnée à un équilibre instable entre séduction du patronat et prise en compte des secteurs ouvriers et populaires de sa base. En cas d'échec, le gouvernement pourrait cependant imposer son texte par ordonnance ou par 49.3, mais au risque d'une censure.

La rue face à l'austérité annoncée

En tout état de cause, l'avenir du budget 2027 se jouera hors des murs de l'Assemblée nationale. Alors que la révolte lycéenne fait trembler le pays et que le mouvement étudiant est désormais pleinement entré dans la bataille, Lecornu craint plus que tout que le mouvement ouvrier se joigne à la colère. Alors que les directions syndicales temporisent mais appellent à la mobilisation le 5 novembre, ce cauchemar pourrait se réaliser dès le 17 octobre ou dans les prochaines semaines.

Dans ces conditions, le passage en force d'un budget ultra-austéritaire s'attaquant de front à la santé, aux retraites ou à l'éducation en pleine flambée des prix du carburant et plus largement du coût de la vie, pourrait être explosif. C'est ce scénario cauchemardesque pour la macronie qu'il y a urgence à faire advenir. Cela implique de poursuivre la mobilisation dans les facs et les lycées, qui devra se structurer par en bas pour durer et organiser la suite. Mais également de lutter pour une entrée pleine et entière du mouvement ouvrier dans la lutte contre l'austérité et la casse sociale, alors que de nombreuses fédérations comme la CGT Action sociale, la FNIC-CGT ou SUD Rail ont appelé à s'unir avec la révolte lycéenne et étudiante le 17 octobre.
L'horizon de celles et ceux qui veulent faire chuter le budget est clair : unifier la colère sociale sur le terrain de la lutte des classes. La méthode aussi, car seule une grève générale permettra de tomber Macron et son gouvernement, de faire vaciller les ambitions austéritaires du budget 2027, et au-delà l'ensemble des politiques anti-jeunes et anti-ouvrières.

Lire aussi : 13 octobre : la jeunesse massive dans la rue, il faut une convergence avec les travailleurs le 17 octobre !

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