Retour

13 octobre : la jeunesse massive dans la rue, il faut une convergence avec les travailleurs le 17 octobre !

Wed, 14 Oct 2026 01:08:15 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Avec 480 000 manifestants partout en France, la jeunesse a une nouvelle fois frappé fort, déjouant le pari gouvernemental d'un affaiblissement du mouvement. Face à un pouvoir fébrile, l'urgence est de renforcer la structuration par en bas et de construire la jonction avec le mouvement ouvrier le 17 octobre.

Rien n'y fait. Malgré une répression brutale, avec plus de 7 000 interpellations depuis le début de la révolte lycéenne, les lock-out scolaires et universitaires, les dernières miettes du gouvernement sur le carburant et l'arnaque des 3 000 remplaçants, le mouvement se poursuit et s'étend à d'autres secteurs. Ce 13 octobre, 480 000 manifestants ont défilé selon les organisateurs, contre 450 000 le 6 octobre. En ne comptabilisant que 161 500 personnes, contre 266 000 une semaine plus tôt, le gouvernement a cherché à imposer un récit de décrue pour décourager la mobilisation. Mais la manœuvre se heurte à la réalité du mouvement.

La jeunesse toujours mobilisée dans le pays, une démonstration pour l'auto-organisation à Paris

Si les blocus lycéens subissent la répression administrative, la jeunesse continue en effet de se mobiliser massivement dans la rue. Dès le matin, en Île-de-France, le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis a de nouveau incarné toute la combativité lycéenne. La visite de Greta Thunberg, figure des grèves scolaires pour le climat et de la solidarité avec la Palestine ou le Sahara occidental, a donné un écho international à la mobilisation. « Il est temps que la jeunesse se lève et lutte pour ses droits et son avenir. La police est extrêmement violente pour protéger un ordre social extrêmement violent. Travailleurs, étudiants et lycéens doivent s'unir », a-t-elle déclaré.

Au même moment, ce sont des centaines de lycées qui étaient mobilisés partout dans le pays : du lycée Marseilleveyre à Marseille à Léonard-de-Vinci à Lyon, en passant par François-Ier au Havre, où les lycéens ont défilé aux côtés d'une délégation de travailleurs en grève de Siemens. Un lycéen de Roubaix résume l'opinion que se fait la jeunesse de la « démocratie interne » et de l'opération de com' du gouvernement : « À quoi ça sert ? C'est pour gagner du temps ? Ils croient nous démobiliser comme ça ? » À Paul-Éluard, les élèves de Bartholdi à Saint-Denis et de Feyder à Épinay-sur-Seine ont finalement rejoint leurs camarades dans une ambiance joyeuse, avant de former un « cortège du 93 » qui a rejoint le départ de la manifestation appelée par l'Interfac d'Île-de-France et de nombreuses AG d'établissements à l'Hôtel de Ville.

La massivité de ce rendez-vous, appelé par des secteurs de la base des étudiants et des lycéens mobilisés, malgré le boycott des organisations syndicales nationales qui avaient proposé un rendez-vous concurrent, a été une des nouveautés de la journée. Elle témoigne du renforcement des éléments de structuration du mouvement, alors que les facs sont entrées dans la bataille avec force. Ces derniers jours, on a ainsi assisté à une multiplication des blocages, et même à la mise en place d'occupations au Mirail à Toulouse et à Paris 8. À Lyon, le mouvement gagne de l'ampleur sur le campus de la Doua et gagne successivement les universités de la ville et les grandes écoles. Au point qu'une majorité des campus du pays étaient fermés ou bloqués ce 13 octobre, tandis que des manifestations importantes ont eu lieu à Toulouse, Marseille ou Rennes. Signe de l'extension de la mobilisation, des établissements qui n'ont jamais connu de blocage de leur histoire, même en Mai 68, ont continué d'entrer dans la bataille cette semaine, du CNSMDP à l'École des chartes en passant par l'Institut catholique, tandis que les étudiants d'Assas sont parvenus à repousser l'extrême droite du GUD et à bloquer l'établissement.

Refusant la division du mouvement, les cortèges partis de l'Hôtel de Ville ont ensuite rejoint, au niveau de Port-Royal, la manifestation partie de la place d'Italie, appelée par en haut par l'intersyndicale étudiante et lycéenne, dynamisant ainsi le cortège avec des milliers de jeunes déterminés. Une démonstration de force pour la jeunesse qui souligne l'importance de l'auto-organisation, qui a permis de préparer la journée et de mobiliser largement sur les facs, et qu'il s'agit d'approfondir. Alors que des organisations nationales comme l'Union étudiante, l'USL, la FSE, l'UNEF ou la FAGE négocient avec le gouvernement, c'est la jeunesse mobilisée qui doit avoir le contrôle sur ses revendications, les rythmes de sa mobilisation et ses représentants.

La perspective du 17 octobre en ligne de mire pour les manifestants

Au cœur des cortèges, la date du 17 octobre était sur toutes les lèvres. « Samedi, on va avec les gilets jaunes », explique une lycéenne d'Hélène-Boucher. Alors que l'imaginaire de Mai 68 anime les mobilisations lycéennes et étudiantes, le 17 octobre doit être une étape dans la construction de la mobilisation par la base et dans l'élaboration d'un véritable plan de bataille à la hauteur des aspirations de la jeunesse et de la colère du monde du travail, autour de revendications claires : des moyens pour l'éducation, une hausse généralisée des salaires, l'expropriation des grands groupes capitalistes et le rejet du budget austéritaire.

Mais pour l'heure, la combativité de la jeunesse contraste avec l'attentisme de l'intersyndicale, qui a décidé d'enjamber le 17 octobre pour militer pour une date lointaine. Présente à la manifestation mardi, la CGT a finalement annoncé, par l'intermédiaire de Sophie Binet, « soutenir » les mobilisations du 17 octobre. Mais elle se garde d'appeler à construire le mouvement et à la grève, en faisant de la mobilisation interprofessionnelle du 5 novembre le seul horizon concret de mobilisation.

Alors que des fédérations comme la CGT Santé et Action sociale, la FNIC-CGT et SUD-Rail ont appelé clairement à converger le 17, au même titre que la Confédération paysanne, les directions syndicales doivent prendre leurs responsabilités et nous devons leur imposer une stratégie de lutte à la hauteur des enjeux, en faisant du 17 octobre un point d'appui pour tracer la perspective de la grève générale pour faire tomber Macron, son gouvernement et leur offensive austéritaire. C'est par l'organisation à la base qu'il sera possible d'unifier les colères et par la mobilisation d'ensemble de la jeunesse et du monde du travail que nous pourrons construire une riposte à la hauteur des espoirs qui s'expriment dans le pays.

/ / / / / / / / / / / / / / /