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Révolte lycéenne : pourquoi les soignants doivent rejoindre la mobilisation

Tue, 13 Oct 2026 12:18:37 CEST

Révolution Permanente

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La mobilisation lycéenne a franchi un cap la semaine dernière avec plus de 450 000 personnes dans la rue à Paris. Parmi elles, on compte des soignants, qui se solidarisent des lycéens : un début prometteur, qu'il faut amplifier !

On partage les mêmes revendications

Devant plusieurs lycées bloqués et dans les manifestations de ce mardi, des travailleur·ses se sont mobilisé·es en formant des chaînes face aux forces de police. À Hélène Boucher, à Paris, mais aussi à Montpellier et à Bordeaux, des soignant·es étaient présent·es pour protéger les lycéen·nes, mais également dans les cortèges pour défendre leurs revendications.

A Strasbourg, Thibault, médecin et militant de Révolution Permanente dénonce la répression subie par les lycéens : « ils se font terroriser et mutiler par la police parce qu'ils réclament un meilleur avenir. Il y a une volonté politique claire de terroriser la jeunesse qui relève la tête. En tant que travailleurs de la santé on ne peut pas rester silencieux, on doit se mobiliser à leurs côtés ! ».

Philippe, infirmier dans le cortège étudiants et travailleurs de Montpellier, dénonce les logiques d'austérité communes à l'école et à l'hôpital : « c'est les mêmes logiques pourries d'austérité qui font que nos locaux sont pourris, dans les lycées et à l'hôpital ». Les politiques d'austérité frappent en effet aussi bien la santé que l'Éducation nationale : dans les deux secteurs, le manque d'investissements dégrade les conditions d'accueil et de travail, au point que des plafonds s'effondrent aussi bien dans les hôpitaux que dans les lycées. Thibault résume cette contradiction : « on ampute les services publics alors qu'on met toujours plus dans l'armée et la police ».

Cela fait des années que les travailleur·ses de la santé se mobilisent contre les horaires interminables, mais aussi contre la casse systématique du service public, qui restreint toujours davantage l'accès aux soins. Ce que la mobilisation lycéenne apporte aujourd'hui, c'est une remise en question profonde du rôle de tri social de l'institution scolaire et de l'avenir qu'elle réserve à la jeunesse. Les revendications des lycéen·nes vont de l'abrogation de Parcoursup à la libération de la Palestine, en passant par la lutte contre le réarmement et la militarisation de la société, dont la jeunesse subit les conséquences en première ligne. La mobilisation lycéenne remet ainsi en question le rôle même de l'école dans la société, alors que les promesses néolibérales portées par Macron, selon lesquelles l'effort individuel garantirait le progrès, sont profondément discréditées.

Dans la santé, les mobilisations de ces dernières années se sont jusqu'à présent limitées à des revendications sur l'amélioration du service public, sans remettre en question le rôle de l'institution dans la société. A titre d'exception, les mobilisations de travailleur·ses de la santé pour la Palestine par exemple sont venues bouleverser la soi-disant neutralité du secteur pour dénoncer la complicité de la France dans le génocide, en remettant en cause l'impérialisme français et la course à la militarisation.

Toutefois, la question du droit de vivre, du temps libre, ou celle du rôle de la santé dans le système capitaliste, reste en marge des dernières mobilisations. Or, autant pour les patient·es, que pour les travailleur·ses du secteur, il s'agit d'une question centrale, pour affronter les attaques néolibérales qui poussent les soignant·es à travailler toujours plus, sacrifiant leur vie privée, leurs loisirs. Une étude montre par exemple que les travailleur·ses du secteur sont beaucoup plus affectés par des troubles de la santé mentale que le reste de la population (61% des infirmiers, 61% des aides soignants et 62% des médecins). Ceux-ci se retrouvent plus en proie aux addictions, aux troubles du comportement alimentaire et aux burnouts.

C'est pourquoi, dans la santé, il est vital de remettre au cœur des revendications le droit de vivre pour les personnels, plutôt que le sacrifice permanent ; un soin de proximité qui prend le temps d'accompagner les patients, de les écouter, à rebours des oppressions profondément ancrées dans le système de santé qui pèsent aussi bien sur les patients que les soignants. Rentrer dans la brèche de ce mouvement peut permettre de poser sur la table la question d'une santé émancipée des intérêts privés, qui s'attaque aux maladies civilisationnelles comme le cancer, où personnels et usagers contrôlent et décident ensemble de l'organisation et du financement des soins.

On subit la répression des mêmes dirigeants

Le mouvement trouve un large écho dans la population. 62% des personnes interrogées lors d'un sondage Ipsos trouvent le mouvement justifié. La santé ne fait pas exception ; les travailleur·ses de St André par exemple, à Bordeaux sont sortis soutenir les lycéens, acclamés par ceux-ci. Plutôt que marginaliser la mobilisation, la répression que l'État leur fait subir, les arrestations violentes, les mutilations, agissent comme un vecteur de politisation et poussent des travailleur·ses à refuser de laisser leurs enfants, neveux et nièces seuls face à la police.

Plusieurs initiatives, plus ou moins organisées, de psychologues ou de kinés visent même à apporter un soutien médical aux lycéens. Au Mirail, les étudiants en psy du Poing Levé ont convoqué une AG pour organiser la solidarité dans le secteur.

Une solidarité qui émane aussi du fait que la répression des mouvements sociaux est un trait commun à tous les services publics. En effet, si celle-ci est particulièrement brutale contre les lycéens mobilisés, elle constitue la suite logique des politiques menées depuis des années au sein des institutions. En la matière les Agences Régionales de Santé et la HAS orchestrent la discipline insoutenable imposée aux soignant·es, au nom de de normes abstraites, décidées dans les bureaux, bien loin des premiers concernés. Leur rôle les amène à normaliser des situations de sous-effectifs, ou répondre à la détresse psychique des travailleur·ses par des « formations de cadres », sans jamais réclamer d'investissements massifs pour la santé.

La durée de la journée de travail, les vacances, les jours de repos ou encore les arrêts maladie deviennent les variables d'ajustement de la continuité des soins, condamnant les travailleur·ses du secteur à perpétuellement sacrifier leurs loisir, leur vie de famille et même leur santé. L'existence de primes de service vient appuyer ce fonctionnement. Distribuée par les cadres, cette prime permet de récompenser les plus assidus, créant une division entre les bons et les mauvais travailleurs.

Par ailleurs, à l'école comme à l'hôpital, les femmes et les jeunes filles musulmanes ou présumées comme telles subissent une véritable chasse aux sorcières, alimenté par des lois et des règlements racistes et islamophobes. Entre la loi contre le port de signe religieux ostentatoires de 2004 ou la règle de laïcité dans les services publics, le régime n'a eu de cesse de les marginaliser. Le cas de Majdouline, infirmière licenciée de la Pitié Salpêtrière pour le port du calot chirurgical est la preuve de l'acharnement contre les femmes musulmanes ou présumées à l'hôpital.

En plus de marginaliser les femmes musulmanes ou présumées de leurs collègues, ces règlementations visent également à faire des exemples pour l'ensemble des travailleur·ses. En effet, l'État cherche à mettre le secteur au service de son agenda austéritaire et militariste comme le révélait la note du ministère de la santé destiné aux ARS a besoin de mettre les soignant·es au service de son projet. Concrètement, cela implique que les hôpitaux se préparent à recevoir des blessés de guerre pour 2026, en convertissant une partie de leur activité pour la mettre au service de l'effort de guerre. Ainsi, selon le guide pratique à destination des soignants civil pour la prise en charge des polytraumatisés des ministères de la santé et des armées, les patients civils passeraient après les blessés de guerre et subiraient une baisse des standards de leur prise en charge. Pour défendre ce projet, l'État aura besoin de travailleurs dociles, prêts à sacrifier leurs conditions de travail, les conditions de prise en charge de leurs patients, leur vie privée, leurs collègues.

Ainsi, le secteur a tout à gagner à transformer sa sympathie pour le mouvement en un soutien massif et organisé. Celui-ci pourrait non seulement défendre des conditions de soin et de travail dignes, mais aussi combattre le projet mortifère que nous prépare l'État.

La santé peut jouer un rôle de catalyseur de la mobilisation, à condition qu'elle s'organise

Une soignante de Strasbourg témoigne « je trouve qu'en tant qu'adulte, on devrait plus prendre exemple sur les lycéens, qui ont pourtant beaucoup à perdre. Merci de nous galvaniser la Gen Z ». En effet, la GenZ montre la voix, mais pour peser réellement sur les évènements, elle a besoin que le mouvement ouvrier se joigne à leur lutte.

Plusieurs organisations syndicales ont appelé à rejoindre la journée du 6 octobre comme la CGT Educ ou action sociale. Toutefois, l'intersyndicale, comme durant le mouvement septembriste, refuse de fusionner avec le mouvement de peur qu'il ne lui échappe et tente d'enjamber la mobilisation et le 17 octobre avec la date du 5 novembre. La Fédération CGT Santé, Action Sociale appelle à la mobilisation du 13 octobre en soutien aux lycéens. Toutefois, à Paris, elle a appelé à manifester sur le parcours décidé par en haut par des organisations comme l'Union Étudiante, l'USL ou la FAGE, boycottant celui décidé dans les cadres d'auto-organisation lycéens et étudiants. Un appel qui ne peut que contribuer à canaliser la mobilisation sur le terrain du dialogue social, à rebours de la prise en main par les lycéens eux-mêmes de leur mouvement.

À l'heure où de nombreux travailleur·ses et syndicalistes manifestent l'envie de se fusionner avec le mouvement, nous devons exiger des directions de nos syndicats un plan de bataille à la hauteur des enjeux. En organisant des assemblées générales, des grèves sur les lieux de travail, le soutien du secteur de la santé, dont les travailleur·ses étaient applaudis tous les soirs au moment du COVID, pourrait s'avérer clé pour faire reculer le gouvernement.

Pour cela il est nécessaire de batailler le mécanisme des assignations, véritable outil anti-mouvement, qui fait peser sur les soignant·es le manque chronique d'effectifs et les empêche de se mobiliser. Ce n'est pas aux directeurs d'hôpitaux et à la haute administration de décider des effectifs nécessaires pour tenir le service, mais aux soignant·es et usagers eux-mêmes. Toutes les opérations non urgentes peuvent être décalées. Les travailleur·ses du secteurs peuvent par ailleurs s'inspirer des méthodes créatives mises en œuvre lors de précédents conflits, comme la coordination des infirmières, qui avaient effectué une grève de la facturation des actes. Ainsi, une jonction des lycéens et du monde du travail permettrait de défendre une autre perspective pour des services publics émancipés du contrôle de l'État, au plus proche des besoins de celles et ceux qui sont soignés et qui font tourner toute la société, sous contrôle des travailleur·ses et usagers.

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