Cours à distance annulés, jonction avec les travailleurs : la semaine rouge commence à Nanterre !
Tue, 13 Oct 2026 12:45:29 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalL'appel à une semaine rouge veut opérer la jonction entre la révolte de la jeunesse et le mouvement ouvrier. Pour son premier jour à Nanterre, les étudiants ont imposé l'annulation d'un conseil et du passage au distanciel, et ont rencontré les travailleurs de Geodis, à Gennevilliers.

Ce lundi 12 octobre, à l'université de Nanterre, la « semaine rouge » a commencé par une mobilisation toujours importante des étudiants, leur jonction avec les lycéens, les personnels mais aussi des travailleurs d'autres secteurs, ainsi que par une première victoire contre la présidence. Retour sur cette journée.
L'AG, pour préparer le 13 et au-delà
« Notre Université rouvre ses portes lundi 12 octobre ». La présidence avait envoyé ce mail la veille : après une semaine noire marquée par des blocus quotidiens, chaque fois sanctionnés par des fermetures administratives, elle avait décidé de lâcher du lest. Mise à disposition de locaux pour tenir les AG, levée du contrôle d'assiduité pour l'ensemble de la semaine, adaptation des programmes… Le matin, beaucoup d'étudiants sont donc venus assister à leurs cours. Mais dès sept heures, l'ensemble des bâtiments étaient bloqués, comme voté à l'AG précédente.
Ce blocus a été marqué par une différence et qualitative : outre encore plus de monde que la semaine précédente, de nombres profs se sont joints en soutien. Mais la différence la plus importante est qu'il n'a pas provoqué de fermeture administrative. Cette méthode est utilisée pour tuer la mobilisation dans l'œuf, mais cette fois, si les cours sont bien annulés, la fac est restée ouverte. Un moyen d'assurer le prolongement et l'extension de la mobilisation, dont le principe a été voté en AG.
Celle-ci a rassemblé, avec une présence accrue due à la réouverture de la fac, 800 personnes, dont des lycéens de Joliot-Curie, l'établissement le plus proche de l'université. Il était question de la CFVU, l'une des deux principales commissions universitaires avec le CA, de l'après-midi même mais aussi de la journée de mobilisation nationale du 13 octobre. Après la réussite des manifestations du 29 septembre et du 6 octobre, les différentes AG des facs d'Île-de-France avaient voté pour un trajet allant d'Hôtel de Ville à Matignon. Or, l'Union étudiante a proposé un cortège concurrent, de Place d'Italie à Invalides, allant à l'encontre des décisions adoptées démocratiquement. Et ce trajet a ensuite été adopté par les directions syndicales appelant à cette journée, notamment dans l'éducation, risquant de diviser le mouvement dans la capitale. C'est pourquoi l'AG de Nanterre a finalement décidé de partir d'Hôtel de Ville, et de rejoindre l'autre cortège en route, afin d'assurer le lien avec les travailleurs.
La prochaine AG se tient avant la manif, mardi 13 octobre à 9h, et la suivante mercredi 14 à 10h. Il s'agira de la première AG étudiants-personnels : ces derniers étaient réunis à 160 en AG lundi, et ont voté la grève pendant l'intégralité de la semaine rouge. Certains ont même envoyé des mails de solidarité avec le mouvement : l'un a exprimé son respect des décisions de l'AG, et invité à suivre son compte Instagram, tandis qu'un autre a écrit un texte ironique sur la situation. « Je ne doute pas qu'un mail de la Présidente nous dira bientôt que tout est normal, ou que tout le sera très vite, après 12h ou à compter de 14h28. [...] Les étudiants et personnels mobilisés comprendront enfin, dans un sursaut de lucidité, que la meilleure manière de revendiquer, c'est de ne rien demander, ne rien faire, ne rien changer au cours ordinaire des choses, et d'attendre en confiance que nos gouvernants comprennent par eux-mêmes ce dont nous avons besoin et nous l'accordent. »
La victoire des étudiants contre le distanciel
Dans l'après-midi, plusieurs activités, votées la semaine précédente dans le cadre de la « fac ouverte », étaient organisées par diverses commissions : des formations médic' ou sur l'anti-répression, mais aussi un tournoi de foot, un atelier pancartes, du tutorat pour les lycéens… Et, au milieu de cette réappropriation du campus et des savoirs par les étudiants eux-mêmes, la présidence comptait tenir une CFVU. Le caractère anti-démocratique des conseils universitaires devient criant en période de mobilisation et face aux AG souveraines ; il l'est encore plus quand ledit conseil entend autoriser le passage des cours en distanciel pour briser la mobilisation qui s'organise.
Dès la matinée, l'AG avait voté d'empêcher la CFVU si elle se tenait en présentiel, et de la projeter publiquement si elle se tenait en visio. La présidence a fait durer le suspense : aucune nouvelle à 14h, alors que le conseil était déjà censé avoir commencé, et que les étudiant s'étaient réunis devant le bâtiment, barricadé pour l'occasion, où il se tient d'habitude. À 14h17, les élus ont enfin reçu un mail assurant que la CFVU était maintenue, dans un autre bâtiment. Les étudiants s'y sont rendus en masse : trouvant les portes fermées devant eux, ils ont fait pression pour exiger l'annulation pure et simple du conseil. À 14h41, un nouveau mail annonçait une première victoire contre les manœuvres de la présidence, avec l'annulation du conseil !
Cet événement démontre à quel point le sort des étudiants ne se joue pas au sein d'instances anti-démocratiques. En dehors d'une période de mobilisation, la mesure de la présidence aurait probablement été adoptée, car les élus étudiants et personnels sont minoritaires dans ces instances anti-démocratiques, qui comptent de nombreuses personnes nommées directement par la présidence. Mais cette fois, la force du mouvement l'a contrainte à se rétracter. L'annulation du passage au distanciel est un acquis important, qui peut permettre à la révolte de tenir dans la durée en combattant la pression scolaire et la répression administrative.
De Nanterre à Gennevilliers, unir les colères jusqu'au 17
L'une des autres décisions principales de l'AG a été d'aller à la rencontre des travailleurs, pour les convaincre de faire grève et rejoindre le mouvement. Après l'annulation de la CFVU, un groupe d'étudiants dont les militants du Poing Levé se sont donc rendus à Gennevilliers, sur le site de Geodis. Cette rencontre a été facilitée par le soutien passé du Poing Levé à la grève victorieuse des travailleurs de la logistique au printemps 2025, grâce auquel des liens solides se sont noués.
Hassan, militant à la CGT Geodis, a dénoncé ses conditions de travail : plusieurs dizaines de licenciements, et une relocalisation dans l'Oise, qui sert de prétexte pour réprimer les syndicalistes. Mais il a aussi apporté son soutien à la révolte, porteuse d'espoir : « La jeunesse, vous nous avez donné envie de nous battre avec vous. On est partis de la grève du 29 et du 6, et demain on est avec vous, il faut pas lâcher ! »
En dehors du seul campus de Nanterre, la semaine rouge, appelée pour succéder à la semaine noire et faire la jonction avec les travailleurs jusqu'au 17 octobre, s'est matérialisée en de nombreux autres endroits. Au Pôle Métiers du Livre de Saint-Cloud, un des autres campus de Nanterre, une AG étudiants-personnels s'est tenue le matin : elle a voté l'aménagement des cours, en accord avec les profs présents, ainsi que la création de commissions, chargées de la conception d'un fanzine ou du lien avec les travailleurs du secteur (éditeurs, libraires, bibliothécaires).
Le début de cette semaine rouge, c'est aussi des occupations d'universités comme à Toulouse ou à Paris 8, mais aussi de lycées par les personnels, comme Paul Éluard à Saint-Denis, ainsi que de grandes AG dans le Quartier latin ou à Clignancourt. Des appels à la grève apparaissent déjà dans les secteurs des industries chimiques, de la santé et du social, de la culture… Il s'agit maintenant de les concrétiser et de les multiplier, jusqu'à ce que les mouvements lycéen, étudiant et ouvrier arrachent leurs revendications !