Après une « Semaine Noire » réussie à Lyon, organisons la jonction de la jeunesse avec les travailleurs !
Mon, 12 Oct 2026 08:22:02 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que la quasi-totalité des universités lyonnaises ont été bloquées pour cette « Semaine Noire », des cadres d'auto-organisation commencent à s'organiser pour poser les bases d'une jonction avec le mouvement ouvrier dans le cadre d'une « Semaine Rouge » pour aller vers le 17 octobre.

Alors que la préfecture du Rhône et les directions d'établissement fermaient des dizaines de lycées dans une tentative d'entraver la lutte des élèves, la « semaine noire » a été marquée par la jonction avec le mouvement étudiant, avec des mobilisations inédites dans les universités lyonnaises. Tandis que plus de 60 lycées étaient fermés ce mardi 6 octobre, les blocages d'universités ont permis aux étudiant·es de rejoindre les lycéen·nes dans la rue. 30 000 personnes ont ainsi manifesté ce mardi, dont plusieurs secteurs de travailleurs en soutien, et plus de 3 000 personnes le jeudi 8 octobre à Bron, pour une manifestation à l'appel de l'assemblée générale inter-lycées, soutenue par l'assemblée inter-facs et celle des personnels de l'éducation.
La grande majorité des établissements d'enseignement supérieur ont été affectés par des blocages, complets ou partiels : les étudiants de Lyon 1, Lyon 2, Lyon 3, l'ENS, Sciences Po Lyon, Polytech, l'INSA, l'ENTPE, le CNSMDL, e-artsup, se sont ainsi mobilisés. Côté lycéens, on peut citer les lycées Jean-Paul-Sartre à Bron, Brossolette à Villeurbanne, Récamier, Saint-Just, Saint-Exupéry, La Martinière Monplaisir, Herriot, Jean Perrin à Lyon, parmi beaucoup d'autres. Lyon 1 reste un exemple particulièrement éloquent de la détermination dont les étudiant·es mobilisé·es ont fait preuve, avec des blocages quotidiens de certains bâtiments du campus de La Doua et du tramway qui y donne accès. On note également dans la liste des écoles mobilisées des secteurs traditionnellement peu investis dans les mobilisations comme des écoles privées (e-artsup) ou des écoles d'ingénieur (INSA, Polytech, ENTPE).
Dans les écoles et lycées artistiques, la mobilisation s'organise également : on note que le CNSMDL a connu des blocages le mardi et jeudi, donnant lieu à des expressions recyclant le matériel de la lutte avec une visée artistique. Les étudiant·es ont ainsi pu interpréter sur le vol une version du Boléro de Ravel arrangée pour voix et poubelles de blocus, ou les chorals n°13 et 12 de J. S. Bach. Au lycée La Martinière Diderot, des lycéen·nes de la section Arts Appliqués ont organisé une assemblée générale jeudi 8 octobre pour fonder un comité de « contre-propagande lycéenne », publiant de multiples œuvres visuelles à visée politique. Les jeunes artistes de Lyon marchent ainsi dans la même direction que les Beaux Arts de Paris, de Rennes ou de la HEAR à Strasbourg, faisant flotter un parfum d'atelier populaire de Mai 68 en octobre 26 dans les rues de la ville des canuts.
Les assemblées générales comme moyen d'organiser la mobilisation
Ces blocages ont été pour beaucoup organisés par des assemblées générales, comme lundi 5 octobre à Lyon 2 où plus de 300 personnes se sont réunies après des débrayages, mais aussi à l'ENS, à Sciences Po. À Lyon 1, des assemblées générales quotidiennes accueillant jusqu'à 400 personnes ont décidé de l'organisation des blocages, essentiels dans une université avec une forte pression scolaire et un contrôle strict de l'assiduité. Ces cadres ont également décidé de revendications allant au-delà du soutien aux lycéen·nes, se positionnant aussi contre l'austérité et les partenariats avec les entreprises complices de génocides dans les universités. À Lyon 2 ou à l'INSA, des interventions mettaient également au centre du débat le tri raciste de la loi Bienvenue en France ou la multiplication de la présence de l'armée ou d'entreprises liées sur les campus.
Mardi et jeudi, les étudiant·es se sont réunis en assemblées générales inter-facs réunissant jusqu'à près de 500 personnes dans un Bourse du Travail pleine à craquer pour décider de la coordination du mouvement à l'échelle de la ville. Ces dynamiques d'auto-organisation sont aussi présentes dans plusieurs lycées de Lyon ou Vénissieux. Côté personnels également, des cadres d'auto-organisation voient le jour, avec une assemblée générale de l'éducation le 6 octobre ayant réuni plus d'une centaine de personnes à la Bourse du Travail, une Ag de personnels de Lyon 2 jeudi, mais aussi des AG plus locales au niveau des établissement ou bassins d'établissements. Mais ce sont surtout les assemblées générales inter-lycées qui ont permis de donner des perspectives à la mobilisation, en appelant à la manifestation du jeudi 8 octobre au départ du lycée Jean-Paul Sartre à Bron.
Répression administrative et policière, deux visages de la violence d'État
D'un autre côté, étudiant·es comme lycéen·es ont été fortement réprimés, autant de par la police que par les administrations. Une lycéenne d'Edouard Herriot témoigne « j'ai vu mon ami se faire tabasser au sol par cinq CRS, il avait le visage en sang. Ils l'ont ensuite nettoyé, comme s'ils n'assumaient pas, puis l'ont embarqué au comissariat ». Dans la matinée du 6 octobre, au niveau du campus des Quais à Lyon 3, alors que des étudiant·es étaient rassemblés devant le blocus de l'entrée principale, les policiers ont gazé et chargé violemment, mettant une personne en détresse respiratoire, et ouvrant le crâne d'une autre. Les deux étudiant·es ont été pris en charge par les urgences dans la journée. Alors que les étudiant·es de Lyon 1 étaient également sujets à la répression dès le Mardi, elle a connu un pic lorsque le 8 octobre, une voiture de policiers de la BAC a foncé sur deux étudiant·es transportant une barrière.
L'université de Lyon 2, prenant modèle sur les lycées et la préfecture, commence à appliquer la stratégie du « lock-out », comme elle l'avait déjà fait pendant les mobilisations du 10 septembre 2025.. En effet, l'université a fermé préventivement ses portes le jeudi 8 octobre et ce jusqu'à la fin de la semaine, empêchant les étudiant·es de se rassembler sur leurs campus avant de rejoindre la manifestation lycéenne. Autre manière de tempérer le mouvement, les « temps démocratiques » demandés par le ministre Lecornu, n'ont pas dupé les lycéen·nes qui voient dans ces manœuvres une tentative de les canaliser.
Construire une « Semaine Rouge » pour bloquer l'économie du pays
Pour que la mobilisation continue sans s'essouffler, elle doit être capable de triompher contre la répression, en organisant l'auto-défense dans la rue et devant les lycées, mais aussi en résistant aux tentatives de décrédibilisation et de réappropriation par le haut. En ce sens, les expériences des assemblées inter-lycées et inter-facs du 6 et du 8 Octobre doivent être mises en valeur. Elles ont entrepris la tâche d'imposer un calendrier de mobilisation offensif, alors que l'intersyndicale fait son possible pour temporiser en renvoyant la grève à la date du 5 novembre. Pourtant, la colère ne se limite pas aux seuls lycéen·nes. La répression du mouvement entraîne le soutien de la population, dont 80 % considèrent les violences policières comme étant « injustifiées ». Alors que de nombreux secteurs de la population expriment une colère généralisée sur le coût de la vie, les lycéen·nes, soutenus par les étudiants et personnels, pavent la voie pour un 17 Octobre explosif !
Le mouvement fait donc preuve d'une solide détermination pour continuer la mobilisation malgré la répression : l'assemblée inter-lycées est à l'origine de la prochaine date de manifestation à Lyon le 13 Octobre, rejointe par les personnels de l'éducation et les étudiant·es. Ces derniers, réunies en inter-facs jeudi 8 Octobre, ont appelé à la jonction avec les travailleur·euses des TCL, en grève ce jeudi 15 Octobre, dans la perspective d'« unir les luttes ». La jeunesse montre ainsi sa volonté de s'unir aux travailleurs pour donner une autre dimension à la mobilisation et construire la grève, allant vers un blocage économique par-dessus le blocage des lieux d'études.
Les jeunes mobilisé·es sont déjà soutenus par les personnels : dans plusieurs lycées, des personnels s'organisent pour construire des cadres d'auto-organisation permettant la coordination avec les lycéen·nes. À l'université Lyon 2, plus d'une centaine de personnels étaient réuni·es ce jeudi 8 Octobre pour appeler à la grève reconductible dès lundi 12 Octobre, « exprim[ant] activement [leur] solidarité au mouvement » des lycéens et étudiantes. Cette grève doit être soutenue par le mouvement étudiant, et considérée comme un point d'appui pour lutter contre les fermetures administratives.
Renforcer les cadres d'auto-organisation pour empêcher toute trahison par le haut
Les tentatives du gouvernement pour contenir et contraindre le mouvement à travers des négociations entre les directions d'établissement et les lycéén.nes témoignent de sa fébrilité face à une mobilisation qui lui échappe. Cette logique de négociation, loin de la chaleur de la mobilisation et de la radicalité des revendications de la rue et des pancartes, s'étend aussi au mouvement étudiant : mercredi 7 Octobre, des représentants de l'USL, de l'Union Etudiante, de l'UNEF, de la FSE et de la FAGE se sont rendus dans les salons feutrés du ministère de l'enseignement pour négocier au nom des lycéen·nes et étudiant·es. Invité, le Poing Levé a décliné l'invitation, affirmant que seul le rapport de forces et l'amplification des mobilisations permettra d'obtenir des victoires. Alors que le ministre Baptiste a passé une heure à brasser du vent devant les organisations de jeunesse invitées, celles-ci continuent à demander à être reçues par le ministre Lecornu. Avec quelle légitimité ces organisations de jeunesse prétendent parler au nom du mouvement ? L'assemblée inter-facs de Lyon répond : aucune. Jeudi 8 Octobre, près de 200 étudiants ont voté pour dénoncer les manœuvres des organisations syndicales de jeunesse et appelé à refuser toute négociation avec le gouvernement, ce qu'ils affirment à nouveau dans leur appel à la manifestation du 13 Octobre.
La lutte contre les tentatives de récupération du mouvement passera par le renforcement des cadres d'auto-organisation. En plus d'organiser la mobilisation à l'échelle des villes, les assemblées inter-lycées et inter-facs pourraient se penser comme parties d'organes de coordination à l'échelle nationale. Ainsi, la mobilisation consoliderait ses outils pour résister aux tentatives d'amoindrir ses revendications, et se doterait d'un moyen puissant pour faire rentrer les secteurs du monde du travail dans la bataille, qui avaient permis d'obtenir des victoires en 2006 lors de la mobilisation contre le CPE, ou en 1986 contre la loi Devaquet. Alors que cette dernière mobilisation avait déjà amené à une victoire contre la sélection, 2026 doit être l'année de la fin de Parcoursup, ce qui supprimerait une des pierres angulaires du programme de la bourgeoisie française pour maintenir les classes populaires hors des lieux de savoir.
Pour mener à bien toutes ces perspectives, il faut en premier lieu s'engager pour la réussite de la politique de la « Semaine Rouge » appelée par l'assemblée générale Inter-Facs. En soutenant chaque cadre d'auto-organisation, chaque assemblée générale qui verrait le jour dans les jours à venir comme l'AG appelée à Lyon 2 le lundi 12 Octobre à 18h par le comité de mobilisation, ou les perspectives d'assemblées générales dans les lycées, avec pour ligne de mire la constitution d'organes de coordination nationale. Ces assemblées générales doivent être pensées comme des organes les plus massifs possibles, construits par des journées de débrayages permanents afin de mobiliser de nouvelles forces vives restées jusqu'ici à l'écart des événements ou de leur organisation. C'est avec cette stratégie que l'on pourra faire de la journée du 13 octobre une date de manifestation massive, lier les revendications de la mobilisation dans la jeunesse à celles des travailleur·euses des TCL jeudi 15 Octobre, avec pour horizon une mise à l'arrêt du pays le 17 octobre !