Retour

Meeting pour Gino à Paris : « La répression est européenne, la solidarité doit être internationale ! »

Mon, 12 Oct 2026 09:19:11 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Mercredi 30 septembre, un meeting s'est tenu à la Bourse du travail de Paris pour dénoncer la décision de la Cour de cassation ouvrant la voie à l'extradition du militant antifasciste Gino vers l'Allemagne. Devant plusieurs centaines de personnes, la mobilisation en soutien à Gino a également mis en lumière la nécessité d'élargir la lutte à l'ensemble des lois sécuritaires.

Mercredi 30 septembre 2026, la Cour de Cassation a rejeté le pourvoi de Rexhino Abazaj (dit Gino), militant antifasciste albanais, accusé de violences présumées contre des militants néonazis en marge d'un rassemblement néonazi à Budapest en février 2023. Une décision de la justice française qui ouvre désormais la voie à son arrestation et à son extradition vers l'Allemagne et potentiellement vers la Hongrie, alors même que ces pays réclament des peines d'emprisonnement de 10 ans et 24 ans. Et que le cas de Maya, camarade de Gino, a exposé le traitement inhumain que la Hongrie entendait réserver à ces opposants politiques.

Ce même mercredi, le Comité solidarité Budapest organisait un grand meeting antifasciste à la Bourse du Travail à Paris pour dénoncer cette décision de justice et pour parler de la répression qui s'abat sur l'antifascisme. L'événement s'est articulé autour de plusieurs tables rondes donnant la parole à des figures de la gauche réformiste, la gauche révolutionnaire, des syndicalistes, ainsi que des intellectuels et activistes engagés dans les luttes anti-racistes et anti-impérialistes.

Une terrible précédent

La pente autoritaire des démocraties libérales ne se manifeste pas seulement dans la répression de rue : l'arsenal judiciaire se met au diapason pour réprimer les mouvements antifascistes et de contestation sociale. Gino s'est adressé au nombreuses personnes présentent dans ce meeting au travers d'une lettre : « Mon extradition s'inscrit dans un contexte de persécution des militants antifacistes, comme aux USA où Trump attaque ceux qui combattent l'ICE, et de criminalisation des migrants : la solidarité doit être internationaliste »

Elsa Marcel, avocate et conseillère municipale pour Révolution Permanente à Saint-Denis, a appuyé le parallèle transatlantique avancé par Gino : il s'agit d'une même surenchère dans la répression du mouvement antifasciste. Avec sa décision, la Cour de cassation entérine une collaboration toujours plus accrue au sein même de l'Europe pour réprimer le mouvement antifasciste : « Les États européens ont renforcé leur coopération judiciaire pour frapper vite et fort toute opposition. »

Cette criminalisation s'accompagne plus largement d'un assouplissement des textes encadrant l'usage des armes à feu des policiers et d'un élargissement progressif des prérogatives de la police. Une trajectoire engagée en 2016 avec la loi Cazeneuve et poursuivie depuis avec la loi SILT, la loi de sécurité globale et dernièrement avec le projet de présomption de légitime défense pour les policiers (dit « permis de tuer »), une revendication historique du Rassemblement national, adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale cet été.

Le dessinateur italien Zerocalcare a rebondi sur un autre point soulevé par Gino dans sa lettre : l'instrumentalisation politique du délit d'association de malfaiteurs, qui a cours en France comme en Allemagne. Cette infraction est aujourd'hui largement mobilisée tant elle permet à la fois de poursuivre les militants sans qu'un crime ou un délit ne soit nécessairement établi, d'alourdir les peines encourues mais aussi de jeter le discrédit sur les mouvements de contestation.

Au-delà de l'aspect juridique, plusieurs intervenants ont mis en avant un autre marqueur de la dérive fasciste des démocraties libérales : la réécriture de l'histoire et l'inversion des rôles. Pour l'ancien délégué syndical de l'usine Continental à Clairoix Xavier Mathieu, ce renversement entre victimes et bourreaux trouve un écho particulier : « On assiste à un retournement des valeurs où les antifascistes sont désignés comme des fascistes, on fabrique un faux racisme anti blanc, on traite de voyous tous les ouvriers qui se battent contre les fermetures d'entreprises... ». Le syndicaliste a d'ailleurs fait allusion à Anasse Kazib et aux personnes poursuivies pour apologie du terrorisme pour leur soutien à la Palestine.

Sur les questions mémorielles, Jonathan R. Ruff-Zahn a souligné l'hypocrisie d'une France qui célèbre celles et ceux qui ont combattu le fascisme, à travers les récentes panthéonisations de Missak et Mélinée Manouchian ou de Marc Bloch, tout en poursuivant aujourd'hui des militants antifascistes. Pour le cofondateur du collectif Tzedek, la décision de la Cour de cassation constitue un véritable « crachat » à l'égard des victimes de la Shoah et de ceux et celles victimes d'antisémitisme.

Combattre l'autoritarisme au quotidien

Au terme d'une journée marquée par le choc et l'inquiétude quant à l'avenir de Gino, plusieurs intervenants ont appelé à ne pas céder au défaitisme et, au contraire, à poursuivre la lutte. Pour Louisa Yousfi, militante et rédactrice en chef de Parole d'honneur, l'heure est à prendre ses responsabilités : « On est acculé, au bord du gouffre, si on recule c'est la fin, c'est la liquidation de toutes nos luttes. Il ne faut jamais au chantage à la respectabilité » .

Yessa Belkhodja, cofondatrice du Collectif de défense des jeunes du Mantois, a également adressé un message de mobilisation aux soutiens de Gino, aux militants et, plus largement, à tous ceux et celles qui luttent, notamment dans le mouvement lycéen. « Les antifa, ils sont pas victimes du fascisme, ils sont militants. L'antifascisme est la sœur de toutes les luttes ».

Françoise Vergès a de son côté insisté sur la fébrilité de ces pouvoirs, contraints de recourir à toujours plus de brutalité pour compenser leur absence de légitimité : « L'État accorde un permis de tuer à la police, légitime plus de surveillance, de militarisation et de fabrication de la pauvreté. Toute contestation doit être écrasée tant est grande la panique des classes dominantes. » Panique que l'on observe dans toute sa clarté en ces jours de révolte de la jeunesse.

Pour Elsa Marcel, l'autoritarisme grandissant ne nous laisse d'autre choix que d'attaquer le mal à sa racine en suivant l'exemple de la mobilisation en cours et en défendant l'ensemble des réprimés : « Il faut construire un grand mouvement de solidarité avec Gino et avec tous les réprimés, comme les militants emprisonnés de la Jeune Garde, et exiger l'abrogation de toutes les lois qui criminalisent le militantisme ! »

Poursuivre la lutte et l'inscrire dans une perspective internationaliste, c'est sur cette nécessité que le Comité Solidarité Budapest a choisi de clôturer les tables rondes : « On doit s'interdire le défaitisme. Il faut continuer à soutenir Gino, avec sa détermination exemplaire, et son camarade Zaid. La répression est européenne, la solidarité doit être internationale ! »

Crédits photo : Révolution Permanente.

/ / / / / / /