« Vu avec le MEDEF » : les macronistes amendent la loi intégrale pour le compte du patronat
Mon, 12 Oct 2026 14:25:08 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que le texte original renforçait déjà le pouvoir du patronat sur les lieux de travail en leur offrant des instruments qui, au nom de la lutte contre les VSS, pourront également être mobilisés à des fins de répression syndicale, le Medef veut aller encore plus loin.

La répression du mouvement lycéen jetait déjà une lumière crue sur l'hypocrisie totale du gouvernement lorsqu'il prétendait défendre des valeurs féministes en passant un texte qui, dans le contexte austéritaire du budget 2027, fait la part belle aux dispositifs répressifs tout en refusant de financer les maigres mesures sociales et préventives.
Mais les amendements portés par Danielle Brulebois, qui porte le tampon sacro-saint du macronisme – « travaillé avec le MEDEF » - poussent encore plus loin la mascarade. Le macronisme se fait ouvertement le relai du Medef pour tailler en pièce ce qu'il reste de mesures de prévention, rendre la loi la moins coûteuse possible pour le patronat et compliquer encore la vie des victimes.
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Premier cadeau : remplacer la « sensibilisation » aux violences sexistes et sexuelles en entreprise par une simple « information » parce que cette « concentration d'obligations » serait trop lourde pour les entreprises de taille intermédiaire, qui n'auraient pas les « moyens » de les assumer (amendement n° 472). Le n° 474, porté main dans la main avec Sébastien Huyghe, proposait carrément de passer ces formations en « e-learning » [1].
Deuxième cadeau, encore en cours d'examen : réduire les amendes infligées aux entreprises qui ne respectent pas leurs obligations en matière de lutte contre les violences sexuelles, en particulier pour les grandes entreprises (n° 477). Pour le patronat, une sanction pouvant atteindre 1% de la masse salariale serait disproportionnée. Plus l'entreprise est grande, plus la sanction risquerait d'être élevée : le MEDEF veut donc que les grandes entreprises soient protégées des mécanismes qui pourraient leur imposer de mettre véritablement en place ces mesures déjà squelettiques .
Danielle Brulebois a également voulu réduire la durée du droit de congé pour les victimes de violences sexistes et sexuelles – mis en place en commission et dont le financement incomberait entièrement aux entreprises – de 10 à 5 jours (n° 482). La main du Medef étant sous doute trop visible, Brulebois a fini par retirer son amendement. Cette fois-ci, c'est le RN qui a comblé les vœux du patronat en pesant de tout son poids pour obtenir la suppression totale des congés, vendredi matin.
Enfin, dernier cadeau, déjà adopté par les députés : supprimer purement et simplement la prise en compte des conséquences des violences conjugales sur les conditions de travail des victimes dans les négociations entre employeurs et organisations syndicales, dès lors que ces violences ont lieu en dehors de l'entreprise (n° 469). Pour le patronat, cela n'est « ni utile ni pertinent » : il ne faudrait surtout pas que les conséquences de ces violences sur la vie des victimes viennent perturber la course aux profits.
Danielle Brulebois, elle, en est très fière : rien ne vaut la défense des « entreprises qui créent de l'emploi et de la richesse » explique-t-elle. Alors que le texte original renforçait déjà considérablement le pouvoir du patronat et des directions d'entreprises sur les lieux de travail en leur offrant des instruments qui, au nom de la lutte contre les VSS, pourront également être mobilisés à des fins de répression syndicale [2], le Medef veut aller encore plus loin.
Mais il n'y a rien de surprenant à cela : une loi qui fait de la répression et du renforcement des pouvoirs de l'État son centre de gravité et qui ne remet pas en cause le système même qui produit les violences patriarcales ne fera jamais de mal au patronat. C'est là l'impasse du féminisme institutionnel. Pour vraiment combattre les violences faites aux femmes et aux enfants, il faut s'attaquer à leurs racines et aux rapports sociaux du capitalisme. Imposer un programme féministe radical, financé en allant chercher les centaines de milliards dont nous avons besoin là où ils se trouvent : dans les poches du patronat.
Pour imposer une véritable éducation affective et sexuelle dès le plus jeune âge, pour tous les élèves, sous le contrôle des travailleurs de l'éducation et des associations féministes. Des services de santé gratuits et accessibles à toutes et tous, capables de repérer les signaux d'alerte des violences. Des congés rémunérés, sans justificatif, pour toutes les travailleuses victimes des violences patriarcales, ainsi que l'interdiction des licenciements. Ou encore la réquisition des logements vides et la mise en place d'allocations pour les femmes contraintes de fuir leur foyer, souvent avec leurs enfants.
Ce programme ne pourra pas être réalisé grâce à des amendements parlementaires mais seulement en construisant un rapport de force grâce à une mobilisation féministe massive, aux côtés des travailleurs, des classes populaires et d'une jeunesse mobilisée qui nous montre, depuis dix jours, la voie à suivre pour faire plier un patronat radicalisé et un gouvernement qui mutile et opprime la jeunesse.
[1] L'amendement n°474 a finalement été rejeté, tout comme l'amendement n° 475, qui a tenté d'annuler l'abaissement du seuil à partir duquel l'employeur doit désigner un référent chargé d'orienter et d'accompagner les salariés victimes de violences sexuelles de 250 à 50 salariés.
[2] Comme nous l'écrivions dans notre analyse de la loi, « cette proposition de loi donne également au patronat un pouvoir accru dans les entreprises. L'article 41 prévoit notamment “l'intégration de la prévention des violences sexistes et sexuelles dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP)”, tandis que l'article 44 impose à l'employeur de conserver tout signalement. Si ces dispositifs peuvent paraître progressistes, ils sont aisément instrumentalisables à des fins répressives par les patrons, notamment contre des syndicalistes : l'augmentation des pouvoirs patronaux servant d'abord à réprimer davantage les travailleurs plutôt qu'à protéger les victimes comme le montrent les exemples des cadres internes de gestion des VSS, qui ne disposent le plus souvent d'aucune indépendance à l'égard des directions d'entreprises qui peuvent les utiliser comme des instruments de répression ».