Pour gouverner Berlin, Die Linke s'allie au SPD et aux Verts et sacrifie la solidarité avec la Palestine
Mon, 12 Oct 2026 21:09:25 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalPour entrer à tout prix à la mairie de Berlin, Elif Eralp et la direction du parti ont décidé de s'aligner sur la raison d'État pro-israélienne pour sceller une alliance avec le SPD et les Verts. Nous republions l'éditorial de Klasse Gegen Klasse, journal de l'organisation soeur de RP en Allemagne.

Cet article a été originellement publié dans Klasse Gegen Klasse, journal frère de Révolution Permanente en Allemagne.
Y a-t-il un seul principe auquel la direction de Die Linke à Berlin n'est pas prête à renoncer pour accéder à la tête de la mairie ? L'« Accord de Berlin sur le lancement des négociations exploratoires entre Die Linke, Bündnis 90/Die Grünen et le SPD », présenté jeudi par les dirigeants de la future coalition rouge-rouge-verte, donne une première réponse : vraisemblablement aucun. Face à l'immense campagne de dénigrement menée par la droite depuis la victoire électorale de Die Linke aux élections régionales de Berlin du 20 septembre, la direction est prête à tout céder, dans un élan d'obéissance anticipée, pour prendre les rênes du gouvernement.
Alors que l'AfD s'apprête à former pour la première fois un gouvernement d'extrême droite en Saxe-Anhalt, la direction de Die Linke veut liquider son aile gauche interne. Cette provocation a déjà suscité de nombreuses réactions : des centaines d'élus de Die Linke, dont 17 députés du Bundestag, ont exprimé leur indignation face à cet accord dans une lettre ouverte. Les critiques ont fusé sur les réseaux sociaux. Lors de la manifestation « United4Palestine », samedi à Berlin, des manifestants solidaires de la Palestine ont brandi une pancarte en carton en forme de bus, sur laquelle on pouvait lire : « The bus you threw us under ». Le réseau « Vernetzung Linke in der Linken » (qui rassemble des secteurs de l'aile gauche de Die Linke) explique dans une autre lettre ouverte : « Nous ne sommes pas prêts à renoncer à la solidarité avec la Palestine ni à d'autres revendications essentielles au nom d'une participation au gouvernement. » Mardi 13 octobre, le réseau organise par ailleurs un débat intitulé « Gouverner à tout prix ? », dans lequel la question de la réponse à apporter à cette provocation de la direction de Die Linke occupera une place centrale.
En effet, des milliers de militants et des centaines de milliers d'électeurs de Die Linke ont voté pour le parti en raison de leur solidarité avec la Palestine et de leur volonté de défendre la mise en œuvre de l'expropriation des grands groupes immobiliers de Berlin. Des mesures que la direction, dont les positions sont davantage pro-israéliennes, a été contrainte d'ajouter à son programme sous la pression de sa base militante. Avec ce document d'orientation, la direction du parti à Berlin, en collaboration avec le SPD et les Verts, entend discipliner sa propre base, en commençant par la section locale de Neukölln.
Soumission à la raison d'État impérialiste
En signant cet accord, la direction de Die Linke à Berlin sacrifie la cause palestinienne et accepte l'amalgame entre antisémitisme et antisionisme, contre la résolution adoptée lors de son congrès de 2025, en promettant d'augmenter encore davantage les moyens des forces de police et des services de « protection de la Constitution » pour traquer les manifestants solidaires de la Palestine. Contre les luttes du mouvement étudiant de ces dernières années, la direction de Die Linke aspire à maintenir les liens de coopération entre les universités allemandes et israéliennes, menace d'expulser de leurs établissements les étudiants solidaires de la Palestine et s'en prend au mouvement BDS. Le document ne dit, en conséquence, pas un mot sur le génocide en Palestine.
Comme si elle n'était déjà pas assez servile, la direction berlinoise de Die Linke a accepté, dans le cadre de l'accord conclu avec le SPD et les Verts, la mise en place d'un mécanisme sans précédent visant à discipliner ses propres adhérents. Pour le mettre en œuvre, le groupe parlementaire est apparemment prêt à modifier ses propres statuts. À l'avenir, Die Linke Berlin s'engage, à la demande des directions parlementaires du SPD et des Verts de Berlin, à examiner la possibilité d'ouvrir des procédures d'exclusion à l'encontre de ses propres militants en cas d'« incidents antisémites ». Une attaque à peine déguisée contre les militants qui critiquent Israël, dénoncent le génocide ou adoptent des positions antisionistes, assimilées à des jugements antisémites et racistes.
Une telle ingérence dans le fonctionnement du parti marque un saut dans l'autoritarisme de la direction à l'encontre des tendances d'opposition au sein du parti. Alors que Ferat Koçak a déjà été victime d'une campagne de dénigrement menée par l'extrême droite, la députée de Neukölln, Vedi Emde, risque d'être exclue du groupe parlementaire à la Chambre des députés avant même la formation du gouvernement. Une procédure d'exclusion du parti est également en cours à l'encontre de la militante palestinienne Hannah Bruns. Tous ceux qui refusent de se plier à la raison d'État allemande ou qui critiquent la participation au gouvernement sont désormais dans le viseur de la direction du parti, qui accorde un pouvoir disciplinaire extraordinaire au SPD et aux Verts de Berlin.
Mais ce n'est qu'un début. Il n'y a pas encore d'accord de coalition, il ne s'agit ici que du lancement des négociations et il serait naïf de croire qu'après cette capitulation totale, les dirigeants du SPD et des Verts en resteront là, sans tenter de pousser Die Linke à renoncer à d'autres mesures défendues pendant la campagne électorale.
Mais la lutte n'est pas terminée, elle ne fait que commencer : il faut que nous nous organisions par milliers, au sein et en dehors de Die Linke, du SDS et de 'solid, pour préparer la lutte à venir contre le gouvernement. Lors des assemblées, il faut mettre sur pied un plan de bataille, en investissant les grandes manifestations à venir, comme la grève internationale de la jeunesse du 20 novembre ou les négociations salariales dans l'industrie métallurgique et le secteur de l'énergie. Des dizaines de milliers de jeunes et de travailleurs·euses qui se battent pour leurs conditions de vie et de travail peuvent empêcher la formation d'un tel gouvernement et imposer l'expropriation des grands groupes immobiliers. En trahissant dès le départ son programme, la direction de Die Linke ne peut qu'accélérer le tournant vers la droite de l'ensemble de la société et favoriser la montée en puissance de l'AfD, alimentée par l'absence d'une alternative de gauche crédible.
– Contre l'exclusion des membres de Die Linke et du groupe parlementaire solidaires de la cause palestinienne ! Solidarité avec Vedi Emde et toutes les personnes prises pour cible !
– Arrêt des négociations ! Non à la participation au gouvernement !
– Désarmement de la police ! Abolition des services de renseignement !
– Pour l'expropriation sans indemnisation de Deutsche Wohnen et Cie !
La lutte des classes plutôt que la participation au gouvernement
En tant que tête de liste de Die Linke, Elif Eralp a toujours mis en avant ce qui compte le plus à ses yeux : l'entrée à la mairie. Un objectif stratégique qui justifie à ses yeux de s'adapter à l'appareil d'État de l'impérialisme allemand et d'accepter la signature d'un document aussi honteux aux côtés des partis du régime. Les militants qui animent Klasse Gegen Klasse, RIO ou Waffen der Kritik, ainsi que de nombreux autres militants de Die Linke, ont déjà mis en garde contre cette logique avant les élections.
S'il n'y a pas de résistance dans les semaines à venir, cet accord catastrophique entre Die Linke, le SPD et les Verts sera mis en œuvre. Nous voulons organiser la résistance contre ces attaques antidémocratiques, aux côtés de nos camarades au sein de Die Linke et de 'solid, afin de constituer une opposition puissante contre Elif Eralp et la direction du parti.
Inspirons-nous des mouvements de jeunesse qui secouent l'Europe : les manifestations en Espagne contre la crise du logement et en France contre la crise de l'éducation se sont transformées en mouvements de masse – notamment grâce à des rassemblements devant les écoles et dans les quartiers.
Nous avons besoin de grandes manifestations, organisées et menées par les travailleurs et la jeunesse, afin de repousser les attaques contre nos conditions de travail et de vie. Nous devons nous attaquer aux intérêts et aux profits du capital pour faire reculer les plans de réarmement et d'austérité du gouvernement ainsi que pour affronter la montée de l'extrême droite. Nous refusons toute forme de cogestion de l'État impérialiste allemand et nous défendons une stratégie qui lutte pour le renversement du capitalisme et la révolution socialiste.