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Montpellier. Les étudiants du social bloquent l'IRTS en soutien aux lycéens et entrent dans la mobilisation

Sun, 11 Oct 2026 12:08:53 CEST

Révolution Permanente

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À Montpellier, les étudiant·es du secteur social ont bloqué l'IRTS, jeudi 8 octobre. Ils dénoncent l'austérité, qui détruit les conditions d'études, de travail et d'accompagnement dans le secteur. Une colère qui fait directement écho à celle des lycéens mobilisés.

Jeudi 8 octobre, l'IRTS, (Institut Régional du Travail Social) a été bloqué par les étudiants, soutenus par des travailleurs du CHU, des étudiants de l'université de Paul Valéry et certains personnels de l'école, pour la première fois depuis plus de 50 ans. La décision a été prise la veille lors d'une assemblée générale qui a réuni près de 200 personnes. En bloquant, les étudiants voulaient apporter leur soutien au mouvement des lycéens, dont les revendications font écho aux conditions d'études dans l'institut, mais aussi appeler l'ensemble du secteur social à rejoindre pleinement la mobilisation en cours.

« On est là pour faire entendre nos voix » affirme Alix, étudiante en première année dans le cursus d'assistante sociale. Dès le mardi 6 octobre, les étudiants de l'IRTS et des CEMEA et des travailleurs sociaux s'étaient mobilisé·es en nombre en rejoignant le cortège de la manifestation qui avait rassemblé plus de 10 000 personnes à Montpellier.

« Les lycéens nous montrent la voie : ils font ce qu'on devrait aussi faire dans le secteur social. Leurs revendications sur les conditions d'études font directement écho à ce que nous vivons dans le secteur social, lui aussi frappé de plein fouet par le manque de moyens et la dégradation de nos conditions d'étude, de travail et d'accompagnement », explique Antoine, formateur, présent lors du blocage.

Dans le secteur social, les conséquences des coupes budgétaires se font sentir depuis plusieurs années : fermetures d'associations et de services, suppressions de places et manque de moyens pour accompagner les personnes les plus précaires. À Montpellier, la fermeture du service d'accompagnement des 16-25 ans en situation de rue, la baisse annoncée de 8 % du budget de l'hébergement d'urgence et la fermeture du centre d'hébergement de nuit de Coallia et de ses 40 places n'en sont que quelques exemples. Et l'IRTS ne fait pas exception : « Il nous manque 15 formateurs en ce moment », témoigne Alix.

Et ces difficultés ne s'arrêtent pas aux portes de l'institut. Elles touchent tous les secteurs qui font tenir la société. Nathalie, mère de deux enfants et en reconversion pour devenir assistante sociale après avoir travaillé comme ATSEM, constate une situation semblable dans les écoles maternelles : budgets insuffisants, classes surchargées et salaires qui ne permettent pas de joindre les deux bouts. Camille, mère d'un enfant et ancienne salariée du CHU de Montpellier, parle également d'un hôpital étranglé par le manque de moyens.

Pour Alix, la dégradation des conditions de travail et le manque de moyens ne sont pas une fatalité mais le résultat de choix politiques : « On sait que l'État prévoit de donner 60 milliards d'euros à l'armée, c'est là qu'ils ont décidé de mettre de la thune », dénonce-t-elle.

Pendant que les services publics sont privés de moyens, le gouvernement veut protéger coûte que coûte les milliards de cadeaux fiscaux au patronat et accélérer la remilitarisation du pays en faisant payer les classes populaires et les travailleurs. Et pour les personnes étrangères accompagnées par les travailleurs sociaux, à la précarité s'ajoutent les effets des lois racistes et sécuritaires : « Un demandeur d'asile, il a 150 euros par mois pour vivre. Comment il fait, alors que déjà quand on a 1 400 euros et qu'on bosse 35 heures, on n'arrive pas à vivre ? » dénonce Alix.

Elle souligne aussi la responsabilité de l'impérialisme français qui pousse les gens à l'exil en pillant et en ravageant les pays qui demeurent sous sa domination tout en menant une chasse permanente aux étrangers dans ses frontières intérieures. Ces attaques se traduisent aussi concrètement par la remise en cause de leurs droits sociaux et de leur accès aux études supérieures : « Entendre que des jeunes étrangers n'ont plus le droit aux APL et vont devoir payer 3000 euros leur licence et 4000 leur master, alors qu'ils doivent quitter leur pays à cause de guerre ou de génocides, c'est révoltant. »

Pour Nathalie et Camille*, la jonction entre les différents secteurs est une évidence :
« Il faut que les salariés s'y mettent car, au-delà de ce qui se passe dans les lycées, nous aussi, c'est compliqué. Les fins de mois sont hyper difficiles et je pense qu'il faut qu'on arrête d'être spectateurs et que tout le monde les rejoigne. »

Mais face à cette colère profonde et diffuse, comment faire pour que la mobilisation s'étende et fasse reculer le gouvernement ? La question du rapport de force est centrale. Antoine insiste sur cette nécessité : « Les négociations sans rapport de force, ça n'a aucun impact. »

Les annonces de Lecornu n'ont pas réussi à faire taire la colère – les mobilisations, jeudi 8 octobre, en attestent. Les simulacres de consultations et l'annonce de l'arrivée de 3000 enseignants dans les établissements les plus en difficultés apparaissent comme une mascarade alors que le gouvernement veut imposer 54 milliards de coupes budgétaires tandis qu'une véritable terreur d'État s'abat sur la jeunesse mobilisée. À Montpellier, les blocages se poursuivent dans les lycées et se multiplient dans les campus avec pas moins de huit sites mobilisés, jeudi dernier, ainsi que des assemblées générales qui émergent sur l'ensemble de la ville. L'AG qui a réuni près de 200 personnes à l'IRTS montre qu'il existe une force collective prête à s'organiser.

Ces espaces doivent désormais permettre au mouvement de s'étendre et de se structurer en réunissant le maximum d'étudiants et de lycéens pour discuter des revendications et décider collectivement des suites de la mobilisation. Mais pour construire un véritable rapport de force, il faut que cette dynamique gagne les lieux de travail. Les salariés doivent entrer dans la bataille par la grève mais aussi en s'organisant directement avec leurs collègues pour discuter de leurs revendications et des moyens de construire la mobilisation.

À l'échelle nationale, la CGT, la FSU, Solidaires et FO avaient proposé une grève interprofessionnelle le 15 octobre. Une date qui aurait pu donner un véritable coup d'accélérateur à la mobilisation étudiante, à deux jours du 17 octobre, et contribuer à étendre la contestation. Mais la CFDT, l'UNSA et la CFTC ont préféré le 5 novembre. En boycottant le 17 octobre, qui s'impose de plus en plus à l'horizon, et en enjambant la mobilisation lycéenne, en l'abandonnant dans l'intervalle à la répression, l'intersyndicale se complet dans l'attentisme. Dans cette situation, les appels, par en bas, à poursuivre la mobilisation le 13 octobre sont particulièrement importants et constituent des points d'appui pour faire converger la colère lycéenne et étudiante avec le mouvement ouvrier.

Localement, en effet, la mobilisation est loin de s'essouffler. Au contraire, plus d'une dizaine d'organisations syndicales appellent à la grève ce mardi 13 octobre, parmi lesquelles la CGT Éducation Action 34, Solidaires 34, le SNES et la FCPE. Dans le secteur social, une assemblée générale est également appelée ce lundi 12 octobre, réunissant étudiants et travailleurs pour discuter des suites du mouvement. Autant d'initiatives qui témoignent de la volonté de poursuivre la mobilisation et de construire la convergence entre la jeunesse et le monde du travail.

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