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3 000 profs pour les lycées : Geffray attaque les conditions de travail des enseignants remplaçants

Sun, 11 Oct 2026 12:17:48 CEST

Révolution Permanente

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Ce jeudi, le ministre de l'Éducation annonçait l'affectation de 3000 professeurs sortis du chapeau dans les lycées. Les premiers retours du terrain confirment ce que soupçonnaient les personnels : du grand n'importe quoi et surtout, une nouvelle offensive contre les professeurs remplaçants.

Quelques jours après l'annonce d'un « plan d'urgence » pour les lycées faite par le ministre de l'Éducation nationale au journal de 20h de TF1, la teneur des mesure annoncées commence à voir le jour. Tout en restant très vague, Édouard Geffray y promettait d'affecter immédiatement 3000 professeurs encore non affectés dans les lycées « en difficulté » qu'un nouveau logiciel « dopé à l'IA » aurait permis d'identifier, et d'embaucher « quelques centaines » de contractuels.

Des mesures qui tentent d'enfumer les lycéens tout en attaquant les enseignants

Les annonces pour le moins confuses du ministre avaient laissé libre cours à des spéculations pour comprendre à quoi pouvaient renvoyer ces 3000 enseignant-es soi-disant sans affectation. François Jarraud, fondateur du Café pédagogique, émettait l'hypothèse que les périmètres d'affectation des TZR pourraient se voir élargis pour remplacer dans des zones géographiques plus étendues et y compris dans d'autres disciplines que la leur. Des hypothèses qu'a semblé confirmer la nouvelle prise de parole de Geffray vendredi devant un lycée. Le ministre ajoutait que les professeurs seraient affectés « soit en soutien lorsque leur discipline ne correspond pas immédiatement à un besoin », « soit pour remplacer les professeurs absents ».

De fait, les témoignages du terrain n'ont pas tardé à affluer et reflètent le grand n'importe quoi orchestré par le ministre, sur fond de nouvelle offensive contre les conditions de travail des enseignant-es remplaçants titulaires du concours. Linda, enseignante, racontait ainsi sur BFMTV : « Je suis sans affectation depuis la rentrée. J'ai été contacté pour me proposer une discipline qui n'est pas celle pour laquelle j'ai passé le concours. Je suis enseignante en lettre moderne, et je suis appelée pour enseigner les lettres-anglais. Évidemment cette situation n'est pas acceptable. Je suis mobilisé pour 3 jours, à 120 km de chez moi. Quelle image on a des enseignants, qui sont des pions finalement. Et lorsqu'on conteste, on m'explique que si je n'accepte pas mon affectation je risque des sanctions pour un abandon de poste. »

Une autre enseignante témoigne quant à elle sur France Info avoir été affectée en lycée sur un poste de lettres modernes, alors qu'elle enseigne… Les mathématiques ! « Sachant qu'au lycée les élèves préparent le baccalauréat de français et que je ne suis pas du tout formée pour leur présenter des textes, faire des commentaires, ou que sais-je, dessus. »

D'autres racontent sur les réseaux sociaux avoir été affectés en technologie alors qu'ils sont enseignants en arts plastiques, en SVT alors qu'ils sont enseignants en physique-chimie, ou encore en lettres histoire alors qu'ils sont enseignants en EPS. Certains racontent avoir été mutés dans leur discipline, mais sur deux postes en même temps, et aux mêmes horaires.

Cette situation ubuesque reflète le mépris du ministère tant pour les personnels que pour les élèves, tout en constituant une offensive d'ampleur contre les personnels de l'Éducation nationale. C'est ce dont témoigne sur France Info l'une des enseignantes affectées dans une autre discipline que la sienne : « On est des pions qu'ils placent où ils veulent, quand ils veulent […] Et le pire dans tout ça, c'est que les lycéens […] ont des revendications qui doivent s'écouter. Et ils placent des professeurs qui ne sont pas formés, pour pouvoir dire 'on a remplacé les profs, c'est bon, vous pouvez arrêter vos manifestations.' »

Même situation du côté des contractuels, qui devraient être quelques centaines à être recrutés… d'ici mardi. Et ce, quelques semaines seulement après que plusieurs centaines d'entre eux aient été laissés sur le carreau, voyant leur contrat rompu par l'Education nationale à quelques jours de la rentrée. Ce qui montre la considération du gouvernement pour ces personnels, considérés comme des variables d'ajustement pouvant être jetés du jour au lendemain, avant d'être rappelés en urgence ensuite pour canaliser la colère sociale, alors même que des classes manquaient déjà d'enseignant-es le 1er septembre.

Face aux attaques et aux provocations, il faut faire front le 13 et le 17 octobre !

De plus, les 3 000 TZR qui devraient être immédiatement affectés sont, selon Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, des enseignants qui n'ont pas encore été affectés depuis la rentrée scolaire, mais qui étaient disponibles pour répondre aux besoins récurrents qui apparaissent au cœur de l'hiver : « En affectant des remplaçants aujourd'hui, le ministre déplace le problème. Car, au mois de janvier, traditionnellement, les besoins en remplacements sont importants, explique-t-elle. Aujourd'hui, le ministre propose une réponse à courte échéance, pour sortir de la crise lycéenne. » Si Édouard Geffray a convoqué le mythe des professeurs non-affectés chez eux à ne rien faire pour tenter de résoudre la crise politique, les TZR mobilisés d'urgence manqueront demain lorsque les besoins de remplacement dans leur discipline et leur zone se feront sentir.

Sans surprise, il s'agit d'un nouveau tour de passe-passe du ministre, après l'annonce que les 1500 suppressions de postes prévues au budget 2027 ne concerneraient pas les lycées… Mais les écoles maternelles, primaires et le collège. Aucun recrutement à l'horizon, si ce n'est celui de personnels précaires, qui sera probablement y compris en-deçà du nombre de personnels licenciés entre juin et septembre pour faire des économies dans l'Éducation nationale.

Loin de permettre de résoudre la crise de l'éducation et de répondre aux revendications des lycéens et personnels, les annonces du ministre apparaissent comme un nouvel écran de fumée qui, combinées à la mascarade des discussions et à la répression brutale des lycéens mobilisés, doivent permettre de canaliser la colère qui s'exprime sur les blocus et dans la rue depuis plusieurs semaines. Une nouvelle preuve que le gouvernement n'entend rien lâcher, et face à laquelle le mouvement lycéen va devoir trouver de nouvelles ressources pour s'imposer dans ce rapport de forces.

Les directions syndicales de l'Éducation doivent dénoncer avec force cette nouvelle offensive contre les personnels, qu'ils soient titulaires ou contractuels, et exiger des embauches au statut et à la hauteur des besoins réels dans les établissements. Alors que la mobilisation en cours dépasse largement la question de lycées et de l'Éducation, posant la question de l'avenir offert non seulement à la jeunesse, mais aussi au monde du travail, qui subit de plein fouet l'austérité et la précarisation, il est essentiel que le mouvement ouvrier s'associe aux lycéens et au mouvement étudiant, qui a déjà commencé à se joindre au mouvement lycéen dans les manifestations de jeudi dernier.

Face à l'explosion de la colère lycéenne, aux violences policières et alors que le gouvernement prévoit déjà d'imposer un budget encore plus autoritaire en 2027, il faut lutter pour que l'intersyndicale n'enjambe pas les dates du 13 et du 17 octobre, et appelle à des journées de mobilisation et de grève massives. De même, il est nécessaire que la mobilisation continue de s'organiser depuis la base, dans les établissements et dans les assemblées générales, pour faire entendre la voix des lycéen-nes et des travailleurs, et pour construire la mobilisation dont nous avons besoin pour l'emporter.

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