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Ariane Anemoyannis : « construisons l'auto-organisation pour maintenir la radicalité du mouvement »

Sun, 11 Oct 2026 19:03:19 CEST

Révolution Permanente

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Dans ce billet, Ariane Anemoyannis, porte-parole du Poing Levé, revient sur les problèmes stratégiques qui se posent au mouvement lycéen en cours, rejoint depuis la semaine dernière par les étudiants.

Ce texte a initialement été publié sur X, en réponse à un post qui s'interrogeait sur les « contradictions » du mouvement lycéen. Premièrement entre les lycées des quartiers populaires et ceux des centres-villes plus aisés, mais aussi entre deux orientations pour le mouvement : une « aile gauche » déterminée à emmener la mobilisation le plus loin possible et une « aile droite » qui « cherche à faire rentrer le mouvement sur le terrain de la négociation ».

Bien sûr il peut exister des tensions entre les lycées de quartier populaire et les lycées de centre-ville, mais il faut discuter de quelle politique permet de la résoudre.

En réalité, l'entrée dans le mouvement des lycéens de centre-ville avec des mots d'ordre de solidarité explicite avec les quartiers (« de Saint Denis à Paris, la même école publique »), à un moment où le gouvernement faisait tout pour éteindre la colère et la criminaliser, a joué un rôle important pour que la situation se développe à un niveau supérieur à partir du 1e octobre.

Surtout, la pression à la négociation est d'abord le fait d'une partie des organisations de jeunesse, qui acceptent de jouer le jeu du gouvernement en allant négocier au lendemain du 6 octobre (UE, FSE, FAGE, …). Et ce, alors même que la police continue de mutiler ET que le ministre annonce d'office ne pas vouloir négocier sur Parcoursup, une des principales revendications des lycéens.

Cette logique de représentation par en haut s'oppose à la construction d'une auto-organisation réelle. Les organisations qui participent aux discussions (jamais nommées dans le thread) profitent même de l'absence de structuration du mouvement pour imposer leurs propres dates et formes de mobilisation, comme on l'a vu avec le rendez-vous de l'UE de mardi, appelé en contradiction avec celui discuté dans les AGs représentant des milliers de jeunes.

Réduire les divergences qui pourraient exister entre lycées mobilisés à des différences sociales met sous le tapis ces questions, et le fait que les désaccords sur les méthodes du mouvement existent au sein même des lycées de quartiers populaires. Le défi c'est de développer des cadres de mobilisation qui permettent aux lycéens de trancher ces discussions et de contrôler leur mouvement

Ça veut dire construire des AGs dans chaque lieu d'étude et les coordonner dans des cadres représentatifs de la mobilisation pour trancher ses orientations, ses actions, et lui donner de la continuité.

Une partie du milieu militant oppose action et auto-organisation, comme si se réunir en AG c'était « moins radical » que lutter dans la rue. C'est faux, et d'ailleurs particulièrement ironique quand l'argument vient de la FSE qui rencontre Philippe Baptiste et demande à discuter avec Lecornu… Permettre aux lycéens de décider pour eux-mêmes et par eux-mêmes c'est la condition d'une radicalité qui s'élargit, se maintient, et n'est pas piégée par un calendrier de négociations qu'ils et elles ne contrôlent pas.

Ce n'est pas un hasard si dans tous les mouvements de jeunesse victorieux de ces 60 dernières années, les lycéens et les étudiants s'étaient dotés de cadres d'auto-organisation. Ces derniers ont souvent empêché des organisations comme l'UNEF de trahir et permis de construire un rapport de force bien au-delà que ce qu'aurait permis les négociations au ministère.

Si on ne fait pas ça, la colère énorme va finir par s'épuiser par manque de perspectives et par isolement, en premier lieu des lycéens de quartiers populaires. Surtout avec les vacances. On ne part pas de rien : il y a des AG dans les lycées, des rendez-vous de rue qui se régularisent et permettent à des lycéens de se retrouver avec d'autres établissements. Mais il faut aller plus loin.

Assemblée générale sur le campus Nation de l'Université Sorbonne Nouvelle.

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