« Ils ferment les lycées, on ouvre la fac ! » : les étudiants occupent Le Mirail en soutien aux lycéens
Sun, 11 Oct 2026 19:39:26 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que la répression s'abat sur la révolte lycéenne partout en France, les étudiants du Mirail occupent le bâtiment de l'accueil de l'université depuis le mardi 6 octobre. Leur objectif : déjouer les fermetures administratives des universités et des lycées visant à empêcher la mobilisation, et faire de la fac une base pour construire la suite du mouvement.

Lundi 5 octobre, plus de 2 000 personnes lycéens, étudiants, personnels de l'université et parents d'élèves, se sont réunis en assemblée générale au Mirail et ont voté l'occupation du bâtiment de l'accueil « jusqu'à la suppression de Parcoursup ». Dans la continuité du mouvement lycéen, lancé à Paris le 29 septembre et confronté à Toulouse comme ailleurs à une répression particulièrement violente, cette occupation vise à faire de la fac un lieu d'accueil et de solidarité pour les lycéens mobilisés, mais aussi une base arrière pour organiser la suite du mouvement.
Cette occupation s'inscrit aussi dans la continuité de la mobilisation du 1er octobre, lorsque la présidence a fait appel à la police pour déloger une première occupation étudiante. La présidence revendique une expulsion qui se serait déroulée « sans heurts ni violence ». La réalité est tout autre : comme le montrent plusieurs vidéos, l'expulsion a été très violente. Les policiers ont utilisé des tasers et matraqué les étudiants mobilisés. Cette répression a déclenché une colère considérable au sein de l'université. La semaine suivante, l'ensemble des assemblées de département qui se sont réunies ont dénoncé cette présence policière et exigé la démission d'Emmanuelle Garnier. Car, au-delà de la répression, c'est aussi cette présidente qui applique les politiques d'austérité subies par les étudiants et les personnels. C'est donc contre le manque de moyens, la précarité et la répression policière que l'université du Mirail s'est mobilisée, en solidarité avec les lycéens.
Une occupation auto-organisée et ouverte sur la ville
Depuis le début de l'occupation, les personnes présentes se sont organisées en commissions pour assurer collectivement leur fonctionnement et ont défini les modalités de la vie sur place. Cette auto-organisation ne répond pas seulement à des besoins pratiques : elle permet aux occupants de s'approprier leur lieu d'études et de décider collectivement de ses usages. À travers l'occupation, c'est aussi une question politique qui se pose : qui doit décider du fonctionnement de l'université ?
Tout au long de la semaine, les personnes présentes ont également construit un programme d'activités culturelles, de discussions et de formations, avec l'objectif de faire de la fac un lieu de rencontre entre des expériences et des combats différents. L'occupation cherche à faire de l'université un espace ouvert, où peuvent se retrouver des personnes engagées dans des luttes diverses et où la mobilisation peut se nourrir d'échanges et d'expériences collectives.
Mercredi, une présentation de l'association toulousaine pour les personnes trans mineures a été organisée, ainsi qu'une discussion autour du Manifeste xénoféministe et une lecture collective de Pédagogie des opprimés. Une présentation de la Legal Team a également permis d'aborder les questions juridiques liées à la répression, tandis que le film Vincennes, université perdue revenait sur l'expérience d'une université née de la révolte de Mai 68.
Jeudi 8 octobre, les participants se sont retrouvés autour d'une lecture collective de La Domination policière, de Mathieu Rigouste. Un espace d'écoute collective a également été proposé aux lycéens et aux militants confrontés à la répression.
Vendredi, un atelier de collage, une chorale autour du chant Cette colère et une intervention sur l'intelligence artificielle à l'université figuraient au programme. Les étudiants et personnels mobilisés ont aussi rejoint collectivement un rassemblement de solidarité avec les mineurs non accompagnés devant le conseil départemental de la Haute-Garonne.
Ces initiatives participent à faire vivre une occupation qui ne se contente pas de rassembler les étudiants déjà mobilisés. En ouvrant le Mirail aux habitants du quartier, aux collectifs et aux acteurs culturels, les étudiants mobilisés cherchent à multiplier les occasions de rencontre et à faire émerger des solidarités entre différents combats.
De l'occupation à la convergence avec le monde du travail
Depuis le début de l'occupation, des assemblées générales réunissant étudiants, lycéens et personnels de l'université permettent de discuter des revendications et des suites du mouvement. En parallèle, des dizaines d'étudiants se sont organisés en délégations pour rejoindre dès le petit matin les lycéens mobilisés devant plusieurs établissements toulousains. Le Mirail devient ainsi un point d'appui pour la mobilisation lycéenne. Mais pour que cette dynamique change d'échelle, il faut désormais renforcer les liens entre la jeunesse mobilisée et les travailleurs.
Cette convergence peut s'appuyer sur une mobilisation déjà existante au sein de l'université : la semaine dernière, plus de 200 membres du personnel universitaire se sont réunis en assemblée générale pour voter la poursuite de la grève. Cette mobilisation montre que la contestation ne se limite pas aux étudiants et que les personnels sont eux aussi prêts à se battre contre le manque de moyens et la dégradation de leurs conditions de travail. Mais pour gagner, il faudra aller plus loin. Les lycéens et les étudiants ne pourront pas, seuls, faire reculer les politiques d'austérité et la répression. C'est en entraînant dans la lutte celles et ceux qui font fonctionner la société au quotidien que le mouvement pourra réellement changer de dimension. Par leur capacité à se mobiliser collectivement et à bloquer le fonctionnement habituel de l'économie, ils disposent d'une force décisive pour imposer leurs revendications et remettre en cause l'ordre social existant.
C'est dans cette perspective que Le Poing Levé défend l'organisation d'une véritable « semaine rouge », au Mirail et dans toute la ville. L'objectif est de faire de l'occupation un point de rencontre entre lycéens, étudiants et travailleurs, pour partager les expériences de lutte, discuter des revendications et construire les moyens d'une mobilisation commune. L'assemblée générale étudiants-personnels prévue lundi 12 octobre à 12 h 50 et la manifestation du 13 octobre constituent des points d'appui importants pour commencer à construire cette convergence.
Mais cette convergence ne se fera pas spontanément. Il faut aller à la rencontre des travailleurs au-delà de l'université, discuter de leurs conditions de travail et de leurs revendications, et construire des initiatives communes. D'autant que les raisons de se mobiliser ne manquent pas : bas salaires, hausse des prix de l'énergie, de l'essence et de l'alimentation, casse des services publics… En reliant la mobilisation de la jeunesse avec le monde du travail, la semaine rouge doit contribuer à construire un rapport de force capable de donner à la lutte une tout autre ampleur.
Pour organiser la suite de la mobilisation, les étudiants et les personnels de l'université du Mirail appellent à une assemblée générale ce lundi 12 octobre à 12 h 50, dans le grand amphithéâtre. Soyons nombreux pour amplifier la mobilisation et renforcer le rapport de force face au gouvernement.
Crédit photo : shootbyeste