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Gaza, trois ans de génocide

Fri, 09 Oct 2026 19:04:51 CEST

Révolution Permanente

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Le génocide du peuple palestinien dure depuis trois ans. L'histoire jugera les bourreaux et les complices. Et nous continuerons de dénoncer les massacres malgré la répression, la Palestine au cœur et pour toujours.

Trois ans après l'attaque du Hamas, le 7 octobre 2023, et le début de la riposte génocidaire d'Israël, toujours en cours, les craintes d'une nouvelle Nakba, suscitées dès les premiers jours du génocide par les déclarations de l'état-major israélien, se sont pleinement réalisées. Le vice-président de la Knesset appelait alors à « éliminer la bande de Gaza de la face de la terre » tandis qu'un major-général souhaitait « faire de Gaza un endroit où il est impossible de vivre ». 1,9 million de déplacés, plus de 74 200 morts, une famine généralisée. Les bilans officiels ne peuvent saisir la réalité de l'amas de ruines et de cendres qu'est devenue Gaza, où errent les survivants du premier génocide retransmis en direct de l'histoire : les études scientifiques estiment que le nombre de morts monte à plusieurs centaines de milliers.

Un génocide en cours

Pendant trois ans, les offensives israéliennes ont à chaque fois repoussé les limites de l'horreur : des bombardements de très haute intensité du début du génocide à l'invasion de Rafah au printemps 2024, en passant par la famine de masse, aux plans d'éradication de la population au nord et à l'opération « Chariots de Gédéon » à l'été 2025, interrompue sous la pression des mobilisations de masse partout sur la planète par Trump et son plan ultra-colonial. Pendant trois ans, Israël a bombardé des camps de réfugiés, brûlant vifs femmes, hommes et enfants, détruit méthodiquement chaque école, chaque hôpital, chaque mosquée, chaque église, chaque bâtiment, tout en construisant ses propres dispositifs concentrationnaires, comme les sites de distribution alimentaire où les Palestiniens devaient emprunter des corridors barbelés pour chercher de la nourriture et qui furent les théâtres d'innombrables massacres. Avec la complicité écrasante – militaire, économique et morale – de l'ensemble des puissances impérialistes de la planète.

Aujourd'hui, Gaza est toujours soumise à un blocus écrasant, toujours bombardée par l'aviation israélienne tandis que l'armée occupe entre 60 et 70 % du territoire, derrière une ligne jaune mouvante qui ne cesse de s'étendre à l'ouest. Aux abords de cette ligne, marquée çà et là par des blocs de béton peints en jaune, les soldats israéliens abattent tous les Palestiniens qui entrent dans leur champ de vision. La famine se prolonge, les maladies se répandent tandis que les conditions de vie des déplacés sont indescriptibles.

Mais Israël n'a pas gagné. Les Palestiniens ne quittent pas leur terre. Le nettoyage ethnique de la population a échoué. L'État colonial s'enfonce dans une crise stratégique interminable, isolé comme jamais dans son histoire sur la scène internationale, tandis que le plan de Trump est dans une impasse complète. Le déploiement d'une force d'occupation arabe tient du suicide politique pour les régimes réactionnaires de la région. Mais le spectre d'une reprise d'une guerre génocidaire de haute intensité n'est pas à écarter. Alors que les élections approchent en Israël, « la seule démocratie du Moyen-Orient » se déchire pour savoir comment réaliser jusqu'au bout ses objectifs génocidaires : l'extrême droite appelle à chasser toute la population, le Likoud défend l'objectif « minimal » d'une occupation presque complète de Gaza tandis que l'opposition « libérale » fustige le manque de vision stratégique de la coalition au pouvoir. En un mot, le consensus génocidaire est écrasant, brisé seulement par une petite minorité de refuzniks et de militants, tandis que la contradiction aiguë entre le sionisme libéral et le sionisme religieux rapproche chaque jour davantage le pays d'un éclatement interne.

Le génocide à Gaza, un accélérateur réactionnaire

Le génocide ne s'est pas arrêté aux frontières de Gaza. Le massacre du peuple palestinien est inséparable du rôle régional qu'Israël ambitionne de jouer, par son histoire et son projet. Par son histoire, Israël est un rouage central de l'ordre impérialiste au Moyen-Orient : de la protection des routes commerciales stratégiques, des flux énergétiques et des pétrodollars dont se soutient en partie la capacité d'endettement illimité des États-Unis aux offensives contre-révolutionnaires qui ont servi à imposer l'ordre néolibéral aux nations récalcitrantes dans toute la région. Mais pour s'imposer comme la pointe avancée de la contre-révolution mondiale et comme une puissance régionale à même de permettre à Washington de se désengager partiellement d'une région où il ne veut plus mettre les pieds, l'État colonial devait résoudre définitivement son « problème palestinien ».

Alors que la solution réactionnaire à deux États apparaît inacceptable pour Israël, qui l'a rendue dans tous les cas impossible dans les faits, l'intégration démocratique du peuple palestinien remet en cause le suprémacisme racial au fondement même de l'État israélien. Reste donc le génocide, comme terminus ad quem d'un siècle de colonisation et conclusion finale de l'implantation « du plus grand porte-avions américain au monde dans une région hautement stratégique pour la sécurité nationale américaine », selon les mots d'Alexander Haig, secrétaire d'État de Reagan. Mais un tel projet – qui se résume à la guerre permanente – suppose, pour Israël, de se doter d'une « profondeur stratégique » et d'une capacité d'absorption des coups qui ne peuvent être obtenues que par une extension territoriale constante et par la colonisation. La crise stratégique d'Israël à Gaza – et les calculs de Netanyahou pour survivre politiquement – a ainsi propulsé la machine de guerre israélienne à l'assaut de tous les peuples de la région.

C'est en Cisjordanie qu'Israël avance le plus rapidement : les raids des colons et de l'armée se multiplient, les colonies essaiment tandis que la Knesset a validé la loi de Ben-Gvir mettant en œuvre la peine de mort pour les Palestiniens. Au Moyen-Orient, l'extension du domaine du génocide a frappé le Liban. La « méthode Rafah » y a été méticuleusement appliquée, notamment au sud du Litani, avec la complicité du gouvernement pro-impérialiste de Joseph Aoun. En Syrie, réintégrée à la sphère d'influence directe de l'impérialisme, Israël a élargi son contrôle du Golan occupé depuis 1967 tout en multipliant les opérations d'ingérence, dans le but explicite de transformer ses voisins en États faillis et en zones de mort. La guerre impérialiste contre l'Iran constitue la dernière étape en date de ce processus.

Mais Gaza est aussi un événement mondial qui a perturbé un champ de forces planétaire. Le génocide d'un peuple opprimé a désinhibé les bourreaux – l'imagination génocidaire de Trump en témoigne, du plan Riviera à la résolution 2803 en passant par ses appels à « anéantir une civilisation » en Iran. Les effets de cette accélération réactionnaire n'ont épargné aucun pays. Des métropoles impérialistes jusqu'à l'Inde, où Modi voit dans les méthodes d'Israël l'exemple le plus efficace pour poursuivre la colonisation du Cachemire, le massacre en masse de musulmans – que Macron, avec l'une de ces formules écœurantes dont il a le secret, a qualifié de « spectacle » – a suscité une apologie unanime de la part de l'extrême droite tout en étant légitimé par les chiens de garde d'un extrême centre en voie de décomposition morale absolue. Le retour du thème du « nouvel antisémitisme », destiné à criminaliser l'opposition au génocide en assimilant la critique d'Israël à la haine des Juifs, a servi de tremplin à tous les racismes : tandis que les lois islamophobes se multiplient, les gouvernements complices du génocide ont associé les communautés juives à la responsabilité morale du massacre, attisant l'antisémitisme véritable, consubstantiel au capitalisme, et lavant l'extrême droite de son antisémitisme passé, présent et futur. La preuve par Bardella.

Une dynamique qui s'articule au retour de la rhétorique de la guerre contre le terrorisme, source d'un néomaccarthysme hybride et combiné et justification d'une vague de criminalisation du soutien à Gaza qui confine au délire. Le monde qui s'est ouvert avec Gaza a des traits orwelliens : des arrestations en masse de militants juifs antisionistes à Berlin ; des procès en série contre des retraités qui dénonçaient la criminalisation de Palestine Action à Londres ; des centaines de procédures pour « apologie du terrorisme » visant quiconque dénonce un génocide à Paris. Les vieilles puissances impérialistes – derrière les revirements hypocrites d'un Macron ou d'un Starmer qui ne trompent personne – demeurent les premiers soutiens d'un massacre qui les renvoie à leur propre histoire coloniale et impérialiste et à leurs intérêts réactionnaires au Moyen-Orient.

Reste que cette accélération réactionnaire dystopique a essuyé des revers. La défaite de l'impérialisme étasunien et d'Israël en Iran a porté un coup durable à l'ambition de Netanyahou de « remodeler la carte du Moyen-Orient ». La guerre, qui visait à débarrasser Israël de l'un des principaux obstacles à sa domination sur la région tout en éliminant un potentiel allié de la Chine, a tourné au fiasco stratégique. Le blocage iranien du détroit d'Ormuz et, désormais, le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les alliés yéménites de Téhéran constituent des démentis cinglants du nomos de la mer étasunien, pilier de son hégémonie, et des leviers de pression dans les mains de l'Iran pour forcer la première puissance militaire mondiale à reculer, de par leur centralité pour l'économie mondiale. L'inflation actuelle, le risque latent d'une crise financière généralisée et la remise en cause du primat du dollar en témoignent. Pour Israël, il s'agit purement et simplement d'une catastrophe stratégique, qui voit son premier rival ressortir en position de force au terme d'une guerre brouillonne dans laquelle la toute-puissance étasunienne a été incapable de traduire ses victoires tactiques en victoires politiques.

La crise de l'ordre israélo-étasunien dans un nouveau Moyen-Orient

Le Moyen-Orient s'est ainsi transformé depuis le début du génocide. Mais pas dans le sens désiré à Tel-Aviv. En déclarant une guerre qui exposait ses alliés du Golfe, Trump a accéléré les tendances à la tripolarisation. Prises en étau entre la coalition abrahamique – Israël étant perçu comme un allié impossible et un fauteur de troubles – et le pôle formé par l'Iran et ses alliés, les monarchies du Golfe, ces paradis (capitalistes) artificiels en crise, sont désormais tentées par le pari d'une certaine autonomie stratégique : un axe « sunnite » est en train de prendre forme entre le Qatar, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan. Si ce bloc est encore fragile – la crise yéménite et la réticence des alliés de Riyad à prendre part à l'affrontement le révèlent –, il est lourd de menaces pour Israël, qui montre une hostilité redoublée à l'égard d'Ankara.

Si la Chine est une gagnante silencieuse de la guerre, la Turquie a aussi su tirer son épingle du jeu. Complice du génocide, comme tous les autres régimes réactionnaires de la région, Ankara a profité du blocage d'Ormuz : les flux d'hydrocarbures irakiens transitent désormais par voie terrestre en Syrie, une solution de choix pour le reste des pétromonarchies alors que les voies maritimes de contournement d'Ormuz sont, elles aussi, prises sous le feu iranien, comme le pipeline Est-Ouest et le port de Yanbu en Arabie saoudite. L'ambition israélienne de devenir la principale plateforme de transit des produits énergétiques du Golfe vers l'Europe est sérieusement compromise : la suspension implicite du projet IMEC (le corridor Inde-Moyen-Orient-Europe) est le symptôme des avancées turques alors qu'Ankara joue le rôle de pourvoyeur de marchés au service des puissances impérialistes dans les pays sous sa sphère d'influence, notamment en Syrie où Erdogan a appliqué son agenda de dépossession du peuple kurde de son droit à l'autodétermination, en commandant une invasion sauvage du Rojava.

Si ce nouveau Moyen-Orient échappe de plus en plus au contrôle israélo-étasunien, il devient une zone de compétition dans laquelle des impérialismes dont les rivalités gagnent en intensité tentent d'avancer leurs intérêts. C'est tout le sens des larmoyantes déclarations de Macron sur Gaza, une rhétorique qu'il ne coûte rien d'adopter pour séduire quelques monarchies corrompues qui tentent de maîtriser leurs populations massivement pro-palestiniennes : repositionner la France au Moyen-Orient, en déployant une partie conséquente de la marine française, quitte à durcir un peu le ton avec Israël sans compromettre une coopération militaro-industrielle de longue date, pour permettre à ses multinationales, Total en tête, de profiter des opportunités ouvertes par la débâcle israélo-étasunienne en Iran. La reconnaissance totalement hypocrite d'un État palestinien va aussi dans ce sens.

En trois ans de génocide, le Moyen-Orient s'est donc transformé. Si l'extension du domaine du génocide a été ralentie par l'impasse des guerres permanentes d'Israël, la région est désormais au carrefour de rivalités de plus en plus marquées, entre Israël et la Turquie notamment, qui n'enlèvent rien au danger qui pèse sur les travailleurs, la jeunesse et les classes populaires – sous le feu des attaques d'un État génocidaire, de l'autoritarisme de régimes ultra-réactionnaires, des rivalités impérialistes et de la compétition stratégique entre les États-Unis et la Chine, qui poursuit son avancée dans une région de plus en plus volatile. Une nouvelle explosion dans la guerre en Iran, l'extension régionale de la guerre et la reprise d'une guerre de haute intensité à Gaza sont des possibilités réelles au Moyen-Orient du génocide et de tous les dangers.

Gaza, la cosmopolitique, l'internationalisme

Mais ces trois dernières années ne sont pas seulement l'histoire d'un massacre toujours en cours, de complicités révoltantes, d'une inversion sans précédent et au sens propre cataclysmique de toutes les valeurs, d'une crise historique – et on l'espère terminale – de la société bourgeoise qui a implacablement justifié les charniers. Elles ont été aussi marquées par cet immense « défi moral » que la jeunesse, des secteurs du mouvement ouvrier et des centaines de millions de personnes dans le monde ont adressé aux classes dominantes en dénonçant le premier génocide retransmis en direct dans l'histoire de l'humanité.

Rien qu'au Moyen-Orient, les manifestations de solidarité avec le peuple palestinien montrent toute la fragilité de l'architecture autoritaire de la région, bâtie sur la vague contre-révolutionnaire qui a mis fin aux Printemps arabes, avec la Jordanie et l'Égypte pour pointes avancées. Bien qu'elles aient été contenues par une répression féroce, elles pourraient poser les bases d'une recomposition subjective des forces sociales au Moyen-Orient, alors que la région est devenue un « immense réservoir de colère, de fureur et de frustration » selon les mots du chercheur spécialiste de la Jordanie, Curtis Ryan. Après trois ans de génocide, la question de savoir si « les régimes arabes survivront à Gaza » doit ainsi être posée. La réponse ne pourra venir que des masses de la région, en indépendance des régimes réactionnaires comme la République islamique, dont les intérêts peuvent parfois entrer en conflit avec ceux de l'impérialisme, mais qui cherche surtout à renégocier sa place dans l'ordre régional.

La résistance au génocide constitue indéniablement « l'événement fondateur d'une conscience politique et éthique au XXIe siècle » comme l'écrit l'écrivain libéral Pankaj Mishra. Des campements étasuniens aux grèves anticoloniales pour Gaza, impulsées par les dockers de Gênes en Italie, une force morale immense s'est dressée du cœur des métropoles impérialistes pour dénoncer les massacres et la complicité de leurs propres gouvernements avec le génocide. La lutte contre le génocide à Gaza se situe ainsi au carrefour de tendances de fond qui nourrissent la lutte des exploités et des opprimés sur toute la planète, inspirée par la résilience d'un peuple frappé dans son histoire par une gigantesque accumulation de catastrophes, mais qui n'a jamais cessé de se battre pour son droit à l'autodétermination. Trois tendances qui se superposent et s'entremêlent en chaque point.

Le nom de Gaza a d'abord agi comme un révélateur du destin historique des sociétés bourgeoises : la mort, le racisme, la guerre, le génocide. Avec Gaza, l'impérialisme a dessiné pour tous les exploités et les opprimés de la planète un horizon de souffrances partagées, qui constituent déjà la base d'un internationalisme négatif et d'un destin commun. Mais cet horizon ne peut que provoquer des formes de contestation redoublées. Gaza est le nom d'une crise, de proportion planétaire et civilisationnelle, de tous les récits dont les classes dominantes entourent leur domination. Le nom d'un siècle, qui structure et qui structurera la révolte d'une génération. Dans les révoltes de la jeunesse et de la Gen Z qui ont marqué ces deux dernières années, l'omniprésence du drapeau palestinien en est le témoignage.

Mais le génocide a aussi marqué le début d'une crise régionale qui aboutit aujourd'hui à la défaite stratégique d'Israël et de Washington au Moyen-Orient, affaiblissant toute l'extrême droite internationale et les alliés d'Israël. En Amérique latine, la défaite en Iran porte un coup très dur aux dirigeants réactionnaires aux ordres de Trump, ouvrant des brèches dans lesquelles la lutte des classes ne manque pas de s'engouffrer. Si l'impérialisme a dans les faits remporté des victoires sordides sur le continent – au Venezuela, transformé en un protectorat néocolonial après l'enlèvement de Maduro, ou à Cuba, asphyxiée par un siège criminel qui a poussé la bureaucratie à céder à Trump –, l'affaiblissement de l'impérialisme étasunien a condamné Rodrigo Paz à l'impuissance et ouvert un nouveau cycle de lutte des classes en Bolivie, secouée par 53 jours d'une révolte ouvrière, indigène et paysanne dont les braises, sous la chape de plomb de l'état d'exception, brûlent encore. Quant à l'Argentine, la crise du sioniste Milei s'approfondit de jour en jour. Ici encore, le drapeau palestinien n'est jamais loin, comme à Santiago du Chili où la jeunesse qui résiste à Kast, lui aussi grand allié d'Israël, écrit sur les murs son soutien à Gaza.

Mais Gaza est surtout le nom d'une injonction « cosmopolitique ». Pour Kant, la cosmopolitique se définissait comme une tendance naturelle de l'ordre mondial à évoluer vers une situation de paix perpétuelle. Le capitalisme ayant remis les pendules à l'heure, il est clair qu'il ne tend qu'à la guerre perpétuelle. Reste qu'il y a dans l'intuition kantienne, débarrassée de toute téléologie et subvertie par Marx, l'idée que des événements du monde posent la nécessité d'une « politique planétaire », pour citer Étienne Balibar [1]. Le génocide à Gaza est de ces événements : face aux bourreaux impérialistes, face à la trahison absolue des bourgeoisies arabes, le génocide pose la question fondamentale d'une lutte mondiale contre l'ordre capitaliste et impérialiste dont Gaza est l'épicentre de la cruauté. Et confrontés à ce fait cosmopolitique, des millions de personnes ont fait preuve d'un internationalisme exemplaire pour dénoncer le génocide malgré la répression, ravivant les souvenirs de la résistance à la guerre du Vietnam. Tout reste à élargir, à renforcer, à démultiplier pour que le mouvement de solidarité internationale avec la Palestine puisse arracher beaucoup plus que des cessez-le-feu, imposés aux génocidaires par les mobilisations de masse et par la crainte des impérialismes complices que l'opposition populaire ne se transforme en révolte ouverte.

La Palestine au cœur et pour toujours

Gaza est en dernière instance le nom d'un impératif stratégique : générer une masse critique de solidarité qui pourrait mettre fin au génocide et porter les aspirations du peuple palestinien à la libération. Car, à rebours de la stratégie des directions palestiniennes, qui ont fait usage de méthodes réactionnaires et exposé le peuple palestinien à un danger mortel en refusant de s'appuyer sur la force des travailleurs et des classes populaires de toute la région, la poursuite du génocide pose avec urgence la question de la mobilisation des masses, du Moyen-Orient aux métropoles impérialistes, de la Jordanie au port de Gênes, et d'une stratégie d'indépendance de classe à l'égard des directions bourgeoises des luttes de libération nationale. Le constat que faisait le militant palestinien Jabra Nicola en 1969 est en ce sens toujours d'actualité :

Le peuple palestinien mène une bataille contre le sionisme, soutenu par l'impérialisme ; de l'arrière, il est menacé par les régimes arabes et par la réaction arabe, également soutenue par l'impérialisme. Tant que l'impérialisme aura un réel intérêt au Moyen-Orient, il est peu probable qu'il retire son soutien au sionisme, son allié naturel, et qu'il permette son renversement ; il le défendra jusqu'à la dernière goutte de pétrole arabe. D'un autre côté, les intérêts et la domination impérialistes dans la région ne peuvent être brisés sans renverser les partenaires juniors de l'exploitation impérialiste, les classes dirigeantes du monde arabe. La conclusion qui doit être tirée n'est pas que le peuple palestinien doit attendre tranquillement que la domination impérialiste soit renversée dans toute la région, mais qu'il doit rallier à lui une lutte plus large pour la libération politique et sociale du Moyen-Orient dans son ensemble [2].

Cette perspective – celle d'une Palestine ouvrière et socialiste dans le cadre d'une fédération des États socialistes du Moyen-Orient – est d'une actualité immédiate alors que le peuple palestinien est toujours en danger de mort.

Le génocide du peuple palestinien dure depuis trois ans. L'histoire jugera les bourreaux et les complices. Et nous continuerons de dénoncer les massacres et de nous mobiliser malgré la répression, la Palestine au cœur et pour toujours.


[1] Étienne Balibar, Cosmopolitique : des frontières à l'espèce humaine, Paris, La Découverte, 2022. Voir aussi Palestine, face au génocide, Paris, Divergences, 2026.

[2] Jabra Nicola, « La lutte en Palestine doit conduire à la révolution arabe », Black Dwarf, 14 juin 1969.

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