De Minneapolis aux lycées français : l'auto-organisation peut nous aider à faire face à la répression
Fri, 09 Oct 2026 20:27:29 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa répression brutale qui s'abat sur les lycéens a créé un climat de sidération mais également de solidarité. De l'autre côté de l'Atlantique, à Minneapolis, des sentiments semblables ont poussé les habitants à résister à l'ICE, la milice raciste de Trump, et à la repousser grâce à l'auto-organisation. Une victoire qui peut nourrir la lutte actuelle.

Une répression brutale s'abat sur le mouvement lycéen. Les chiffres d'arrestations de mineurs battent des records historiques. Des images ignobles envahissent les réseaux sociaux et les médias. Un jeune de 14 ans mutilé par un tir de Cougar à bout portant ; deux lycéens éborgnés, le premier par un LBD, le second probablement par une grenade ; un adolescent à la main arrachée après l'explosion d'une grenade ; des attaques à la voiture-bélier à Troyes et à Dunkerque menées par la BAC ou la gendarmerie, qui ont chargé à pleine vitesse des lycéens ; un hélicoptère déployé à Toulouse ; un commandant de police accusé de tentative de noyade par un lycéen ; etc.
Une véritable terreur policière s'abat sur le mouvement, utilisant la peur pour pousser les parents à freiner les lycéens et pour empêcher la coalition des colères, la date du 17 octobre approchant à grands pas. C'est donc un enjeu central d'y faire face politiquement. Et si l'auto-organisation était la clé pour faire face à la répression ?
C'est peut-être ce que suggère la lutte récente de Minneapolis en janvier 2026. Confrontés à une guerre policière encore plus violente qu'en France, les habitants de la ville ont décidé de résister aux colonnes de l'ICE, la police de l'immigration de Trump, qui a pris d'assaut la ville. Et ils ont gagné, le 12 février 2026, en poussant les forces de l'ICE à quitter en partie la ville.
De Minneapolis aux lycées français, une indignation massive face à la répression
À peine un an après son retour au pouvoir, Trump avait décidé de faire de Minneapolis un exemple : déployer des milliers d'agents de l'ICE dans les Twin Cities, une police de choc qui recrute ses forces dans les rangs de l'extrême droite étasunienne, pour mettre en œuvre son projet de déportation de masse des travailleurs étrangers ou assimilés comme tels. Mais l'opération « Metro Surge », lancée en décembre 2025, ne s'est pas déroulée comme prévu. La brutalité policière et le meurtre de deux militants, Renée Nicole Good, début janvier, et Alex Pretti, le 24, ont initié une dynamique de mobilisation inédite depuis des décennies aux États-Unis.
Un habitant des Twin Cities décrivait l'ambiance générale qui régnait au sein de la population avec des mots qui font écho aux craintes de certains parents français : « L'idée que l'ICE puisse intervenir contre vos enfants – ou contre n'importe quels enfants – à l'école ou aux abords d'un établissement scolaire est quelque chose qui se grave dans votre corps. » Mais la peur devant les enlèvements d'enfants, les rafles racistes et les raids contre des quartiers entiers, menés par une milice de choc qui n'a jamais hésité à faire couler le sang et qui jouit à elle seule du budget que des États consacrent à l'entretien d'une armée professionnelle, a rapidement cédé la place à une combativité admirable. Un enseignant mobilisé le résumait en une phrase : « Nous ne voulons pas chasser l'ICE pour qu'ils partent ailleurs ; nous voulons les battre ici afin qu'ils n'aillent plus nulle part. »
Mais cette résistance n'est pas venue de nulle part : alors que Minneapolis était à l'épicentre du mouvement Black Lives Matter en 2020, après l'exécution de George Floyd par la police, les réseaux de solidarité qui s'étaient formés dans la chaleur de la lutte ont été réactivés tout en se développant à une échelle inédite grâce à l'entrée en scène consciente des travailleurs, et notamment des travailleurs de l'éducation, préparée par la grande grève des enseignants de la ville de mars 2022. L'exemple de Minneapolis montre ainsi que la politisation de la répression, les traditions de lutte contre le racisme d'État, l'indignation face aux violences policières et la solidarité multipliée par l'auto-organisation populaire peuvent faire reculer la répression.
En France, certains sentiments collectifs, qui rappellent l'atmosphère sociale de Minneapolis tissée de sidération mais aussi de colère et d'indignation, commencent à émerger. Des scènes inimaginables il y a quelques années se multiplient. À Metz, lundi 5 octobre, une adulte brandit sans un mot une pancarte - « La France aime-t-elle vraiment ses enfants ? » - devant un cordon de CRS qui venait de grenader des lycéens. À Rennes, vendredi 3 octobre, une mère fond en larmes alors qu'elle supplie des colonnes de policiers en armure de ne pas charger des enfants. L'officier répond froidement : « Les gars, ne l'écoutez pas. Ce ne sont pas des enfants. » Un parent d'élève d'Aubervilliers exprime la même inquiétude :
Il y a une bombe lacrymo qui est arrivée dans leur cour de récréation. Il y a une loi qui interdit aux parents de frapper nos enfants et c'est très bien. Pourquoi est-ce que la police a le droit de frapper nos enfants ? Et ils rentrent chez eux le soir en se disant “j'en ai tapé 15” ou “j'ai tiré mon LBD comme ça” ? C'est totalement anormal.
L'utilisation de méthodes qui tiennent incontestablement, pour certaines d'entre elles, de la terreur d'État commence ainsi à agir comme un facteur de polarisation. Indépendamment de leur concrétisation, les appels émis par la France insoumise à s'interposer entre la police et la jeunesse témoigne de l'ampleur de l'indignation face à la répression. En outre, la forte politisation des violences policières dans les quartiers populaires d'où est parti le mouvement et l'habitude acquise de filmer les interventions de la police ont joué un rôle central dans son extension nationale, de nombreux lycées de centre-ville rejoignant la dynamique par solidarité avec leurs camarades des quartiers populaires ciblés par la répression.
Dans le même temps, les chaînes formées par des travailleurs et des étudiants à Paul Éluard, au Havre, à l'Insa à Strasbourg ou au Cours de Vincennes, et le succès de la manifestation du 6 octobre, pendant laquelle des services d'ordre ouvriers se sont liés aux lycéens pour défendre leur droit à s'exprimer, à l'instar des cheminots et des travailleurs de l'éducation à Paris, témoignent d'une transformation, encore balbutiante, du rapport de la population à la police. Ce sentiment se renforce du fait que la violence du « maintien de l'ordre à la française » et l'arsenal policier que le ministre de l'Intérieur a appelé à utiliser « sans retenue » contre les lycéens choquent largement à l'international.
Devant cette solidarité massive, Macron lui-même semble aujourd'hui se mordre les doigts d'avoir déclenché une « blitzkrieg » policière pour tenter d'écraser le mouvement, sans remettre en cause la stratégie d'ultra-violence adoptée par l'État. Dans le même temps, la massivité du mouvement force une partie de la classe politique à remettre en cause le LBD et a poussé Nuñez à suspendre superficiellement l'usage des grenades de désencerclement, responsables de plusieurs mutilations. Alors que plus de 72% de la population soutient les revendications de la jeunesse lycéenne, les forces morales ne manquent pas pour tenter d'élargir la mobilisation.
Une seule solution, l'auto-organisation
C'est ici que l'exemple de Minneapolis fournit une deuxième piste de réflexion. Tandis que l'Intersyndicale enjambe le 17 octobre en appelant au 5 novembre, abandonnant les lycéens à la répression dans l'intervalle, malgré un nouvel appel à la mobilisation de la CGT le 13 octobre, les méthodes des habitants de Minneapolis peuvent nous servir d'alternative à l'attentisme des directions syndicales.
La réponse qui a mis en déroute les milices trumpistes a été d'une efficacité redoutable. Confrontés aux premières attaques des agents fédéraux, les habitants de Minneapolis ont commencé à s'organiser pour protéger leurs voisins, leurs enfants et les travailleurs étrangers de la ville. Chaque quartier s'est ainsi doté de sa boucle Signal et a commencé à se mettre en mouvement. Comme le résumait Sou Mi, journaliste et militante à Left Voice, « les patrouilles de quartier font désormais partie du quotidien. On en croise à tous les coins de rue, surtout dans les quartiers résidentiels et ceux où vivent beaucoup d'immigrés : deux ou trois personnes à pied, ou des habitants qui tournent dans le secteur en voiture ou à vélo. Partout en ville, les patrouilleurs ont leur sifflet sur eux, prêts à donner l'alerte dès qu'ils repèrent des agents de l'ICE, pour prévenir les habitants et mobiliser le réseau d'action local. Dans certaines rues, des barrages ont même été installés : les habitants arrêtent les voitures pour vérifier qu'il ne s'agit pas de véhicules de l'ICE. »
En l'espace de quelques jours, un vaste réseau a pris forme. Alors que les habitants montent des services d'ordre pour protéger les écoles et des patrouilles et mettent en place un puissant réseau de communication populaire pour suivre en direct les mouvements des forces de répression, l'ICE perd sa liberté de mouvement. Au passage de ses agents, des quartiers entiers se mobilisent tandis que chaque tentative d'arrestation se solde par des encerclements populaires, les habitants filmant et documentant chaque arrestation. Les agents de l'ICE évoluent dans un milieu hostile, tissé par la solidarité ouvrière et populaire et les liens qui nouent les communities qui ont transformé la ville en un cerveau collectif, conscient de la moindre sensation sur le corps de la ville, de son centre à ses extrémités. Une habitante expliquait que les classes populaires avaient développé une carte mentale des points de risque pour les enfants et les adolescents de Minneapolis qu'elles ont entrepris de fortifier : « Les pauses déjeuner. Les changements de sonnerie. Les passages piétons. Les arrêts de bus. La chorégraphie ordinaire d'une journée d'école devient une cartographie du risque. L'ICE s'adapte. Ils passent lentement. Ils attendent. Ils emmènent. Ce savoir change la manière dont vous regardez une rue » témoignait une habitante.
Face à l'accélération de l'offensive de l'ICE, les habitants ont commencé à coordonner leurs actions à l'échelle de la ville. Des premières assemblées locales ont eu lieu, rassemblant les travailleurs et les parents d'élèves de certains districts. C'est ce qu'explique un habitant de Whittier : « Les assemblées publiques sont devenues un moyen particulièrement efficace d'informer la population et de faire circuler largement et rapidement des informations sur l'occupant, par l'intermédiaire de sources auxquelles les habitants faisaient confiance. Dans mon quartier, par exemple, le 14 janvier, une organisation de quartier appelée Whittier Alliance a organisé une assemblée publique à l'école primaire de Whittier, qui a rassemblé plus de 800 personnes. Cette assemblée a donné naissance à une dynamique d'organisation à l'échelle du quartier. Une infrastructure décentralisée de défense communautaire s'est ainsi mise en place. Les habitants ont divisé le quartier en plus d'une douzaine de secteurs, chacun doté de son propre groupe local. » Pour les seuls quartiers d'Uptown et de Whittier, près de 6 000 habitants étaient organisés au quotidien, soit aux alentours de 30 % de la population. La même chose s'est produite dans les autres quartiers de la ville comme le note un autre résident. Cette dynamique s'est elle-même étendue avec la formation d'une Assemblée ouvrière, le 15 février, qui rassemble des travailleurs de toute la ville, à l'initiative d'actions qui dénoncent l'ICE, mais aussi, depuis, la guerre en Iran et le pouvoir des milliardaires. Mais ce saut qualitatif aurait été impensable sans la grève du 23 janvier.
À l'appel de certains syndicats et des groupes de quartiers, 50 000 personnes ont défilé dans la ville, lors de ce jour de froid polaire, avec pour mot d'ordre : « No Work, No School, No Shopping. » Avec près de 700 lieux de travail fermés, des grèves sauvages dans plusieurs entreprises et une mobilisation populaire impressionnante, la grève du 23 janvier a considérablement durci le rapport de force. Elle a d'abord eu une fonction défensive en faisant reculer la mairie et la police locale qui collaboraient avec l'ICE. Dès le lendemain, la mairie a indiqué que la police de Minneapolis ne viendrait plus en renfort des agents fédéraux lorsqu'ils se trouvent en difficulté.
D'autre part, en faisant converger au centre-ville les habitants des quartiers populaires, les travailleurs de la santé, de l'éducation, de la logistique, des services, les chauffeurs de bus mais aussi la jeunesse lycéenne et étudiante, la grève a joué un rôle décisif dans l'extension du mouvement et l'unification des secteurs en lutte. Dans la foulée du 23 janvier, les organisations étudiantes sont entrées dans la bataille en appelant à une nouvelle journée de mobilisation le vendredi suivant, désertée cependant par les directions syndicales, qui ont adopté une attitude passive et spectatrice. Enfin, la grève a offert une grande liberté d'action à la population. Alors que l'ICE tuait, le lendemain, l'infirmier Alex Pretti, des milliers de personnes ont aussitôt pris la rue pour chasser les agents fédéraux du lieu du meurtre et reprendre le contrôle du quartier. En un mot, la structuration d'une mobilisation populaire permanente à l'échelle de la ville entière a transformé Minneapolis en piège pour l'ICE.
Si l'agence a été créée en 2002, dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, elle a subi une transformation notable sous le second mandat de Trump, qui a tenté d'organiser par en haut les forces d'extrême droite qu'il ne parvenait pas à mobiliser par en bas. Recrutée à la va-vite et sans expérience dans la lutte des classes, l'ICE 2.0 a misé sur la tactique des actions éclair pour réaliser les objectifs de déportation de Trump : Turn and burn. Mais, à Minneapolis, cette milice, ne sachant pratiquer qu'une forme particulièrement brouillonne de guerre de mouvement, s'est retrouvée submergée par une opposition cohérente et méthodique qui l'a privée à la fois de sa capacité de surprise et de sa liberté d'action.
Ses forces morales ont fondu face à la contestation populaire. De fait, les habitants ont développé des tactiques innovantes pour vaincre la volonté des forces de répression : « Des manifestants se rendent chaque matin sur les lieux d'où partent les agents de l'ICE pour leurs opérations, afin de protester contre leur présence. Et chaque soir, ils se rassemblent autour des hôtels où logent les agents de l'immigration et font un vacarme assourdissant, pour que ceux qui sèment la terreur dans leurs rues le jour ne trouvent aucun répit la nuit » relate encore Sou Mi. Face à une opposition constante des masses qui rend la moindre opération de routine extrêmement laborieuse, et à la perte de leur pouvoir d'intimidation, la volonté des agents de l'ICE a commencé à s'étioler, comme le New York Times s'en faisait l'écho, tandis que la direction de l'agence s'inquiétait de la possibilité d'une rupture de confiance définitive entre les agents et l'opinion publique. L'ICE a mis fin à son opération et dégagé le gros de ses forces du Minnesota.
L'auto-organisation et la grève ont ainsi permis à Minneapolis de faire reculer l'une des forces les plus répressives et brutales de la planète. Cette leçon est importante pour le mouvement français. Alors que les directions syndicales veulent à tout prix enjamber le 17 octobre, l'auto-organisation apparaît comme un facteur décisif de notre capacité à défendre les lycéens alors que le gouvernement Lecornu, particulièrement affaibli, tente de temporiser et de désamorcer le mouvement en proposant un « temps de démocratie interne » au sein des établissements. Une véritable mascarade, venant d'un gouvernement de mutilateurs, et dont l'échec se soldera probablement par le retour amplifié des charges policières. Les assemblées générales sur les facs et dans le secteur de l'éducation constituent ainsi des points d'appui essentiels.
Sur ce point, l'exemple de Minneapolis est riche d'un autre enseignement. Dans les Twin Cities, ce travail de coordination des différents secteurs en lutte a été effectué en grande partie par les travailleurs de l'éducation dont la force stratégique vient moins de leur capacité de blocage que de leur position centrale dans la vie quotidienne des quartiers populaires et ouvriers et de leur capacité à lier des milieux hétérogènes, agissant comme un catalyseur des dynamiques d'auto-organisation. À Minneapolis, « ce qui avait commencé essentiellement par des livraisons hebdomadaires de courses alimentaires et d'autres produits de première nécessité à ces familles a rapidement pris une ampleur bien plus grande. Les enseignants conduisent les élèves et leurs parents non seulement à l'école et en reviennent, mais aussi à leurs rendez-vous et à divers événements. Lorsque certains parents n'ont pas pu travailler, les enseignants et d'autres parents ont organisé des collectes de fonds pour les aider à payer leur loyer, afin qu'ils ne se retrouvent pas dans une situation encore plus précaire et ne risquent pas l'expulsion. » Cette qualité sociale et morale s'est vérifiée en Espagne où les grèves dans le secteur de l'éducation ont vu l'émergence de cadres auto-organisés et démocratiques en réponse aux trahisons successives des bureaucraties syndicales. En France, la convergence entre lycéens, personnels et enseignants est ainsi stratégique dans la mesure où elle pourrait constituer la matrice potentielle d'une déclinaison locale de l'auto-organisation minneapolitaine.
Ces dynamiques de symbiose potentielle entre certains secteurs de la classe ouvrière et de la jeunesse ainsi que la diffusion d'une culture populaire de la lutte contre la répression – appuyée par le travail des avocats depuis le début du mouvement pour sortir les interpellés des geôles insalubres des commissariats et des palais de justice – seraient des acquis stratégiques dont les répercussions iront bien au-delà du mouvement en cours.
Deux réflexions provisoires
De ces pistes de réflexion, on pourrait tirer une double leçon. Face à une police brutale qui menace de mort des dizaines de milliers de lycéens mobilisés, Minneapolis résonne comme un appel à organiser l'inquiétude en même temps que la colère profonde de la population contre la répression et à s'appuyer sur la solidarité exemplaire de certains secteurs du monde du travail pour durcir le rapport de force.
En France, cette situation est d'autant plus décisive que les forces de répression n'ont pas la faiblesse de l'ICE : elles sont plus disciplinées mais aussi plus capables d'occuper le terrain. Elles excellent dans le maintien de l'ordre après plus de dix ans d'expérience dans la répression de la lutte des classes et un savoir-faire centenaire en la matière, reconnu à l'international. Tandis qu'il s'agissait à Minneapolis de fortifier une ville assiégée par une guérilla d'État, il s'agit en France de faire converger les colères, celles des lycéens, de la jeunesse étudiante, des travailleurs tenaillés par l'inflation et l'austérité pour créer un front large face à un gouvernement oppresseur.
L'auto-organisation sera ainsi vitale dans tous les secteurs en lutte. Le développement d'assemblées inter-facs, inter-lycées et interprofessionnelles pourrait permettre de défendre des tactiques de solidarité audacieuses : délégations ouvrières sur les blocus lycéens ; réseaux de solidarité réactifs capables de défendre le droit d'expression de la jeunesse ; ouverture des universités aux jeunes dont les établissements sont fermés ; surveillance populaire de l'action policière, etc. La grève le sera tout autant pour mettre un coup d'arrêt à la répression et permettre au mouvement de gagner de l'espace et de la mobilité. Pour protéger les blocus lycéens et les manifestations étudiantes, obtenir la relaxe des plus de 5 000 jeunes interpellés et faire battre en retraite une police militarisée, il faut ainsi frapper au cœur des fondements matériels du pouvoir étatique : les intérêts patronaux, à l'origine de l'austérité et de la dégradation continue des conditions d'existence de la population et, au premier chef, du délabrement des écoles, des lycées et des quartiers populaires. Par la grève, il est possible de couvrir d'un bouclier ouvrier les flancs de la jeunesse en lutte.
Mais la leçon principale que nous offre Minneapolis est surtout subjective. Elle témoigne de l'émergence d'une combativité et d'une détermination inédite aux États-Unis depuis des décennies et d'une volonté de résister au monde pourrissant que nous lègue le néolibéralisme finissant, avec son cortège de guerres, de crises et de génocides. D'une certaine manière, cette subjectivité en rupture de ban avec le néolibéralisme autoritaire n'a pas attendu Minneapolis pour se matérialiser, que l'on pense à la mobilisation de la Gen Z au Maroc, au Népal ou à Madagascar. Mais elle y a rencontré des travailleurs et des classes populaires particulièrement réceptifs à cette idée selon laquelle l'heure n'est plus à subir un présent infâme mais à se battre pour un avenir meilleur et qu'un rapport de force défavorable appelle tout sauf l'inaction, mais bien l'auto-organisation de masse. Cette énergie s'incarne aujourd'hui chez les lycéens en mouvement qui gardent la tête haute, et même leur humour, face à une répression brutale, sur les blocus lycéens en France, mais aussi en Belgique et en Espagne. La jeunesse ouvre la voie, le mouvement ouvrier doit la rejoindre et se mettre à l'école de Minneapolis.