« On n'a plus les moyens de payer le carburant » : les travailleurs des stations Total reconduisent la grève
Fri, 09 Oct 2026 21:13:43 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe vendredi 9 octobre, 23 stations Argedis reconduisent leur grève face à la vie chère et aux pressions de la direction. Alors que TotalEnergies engrange des milliards, la mobilisation pose la question de la convergence entre les travailleurs et la jeunesse.

Chez Argedis, la filiale de TotalEnergies qui gère les stations-service du groupe, la grève a été reconduite ce vendredi 9 octobre dans 23 stations. Les salariés réclament des augmentations de salaires, l'ouverture de négociations sur un accord concernant les trajets domicile-travail, ainsi qu'une prime de partage de la valeur à la hauteur de leur engagement.
Les raisons de la colère sont nombreuses. « On est parmi les salariés les plus précaires du groupe, avec les salaires les plus bas et beaucoup de mères isolées », souligne ainsi une déléguée syndicale CGT Argedis interrogée par Révolution Permanente. Elle poursuit : « On fait face à une explosion des prix partout, mais nos salaires, eux, stagnent. On n'a même plus les moyens de mettre du carburant pour se rendre au travail. »
Dans les stations-service, les travailleurs d'Argedis sont pourtant en première ligne face à l'afflux de clients, notamment dans le contexte du plafonnement des prix à la pompe. À la stagnation des salaires s'ajoutent des conditions de travail dégradées et des difficultés croissantes à joindre les deux bouts. Une situation d'autant plus révoltante pour ces travailleurs que l'entreprise-mère d'Argedis, TotalEnergies, compte parmi les grands groupes qui profitent le plus de la situation économique.
Face à ces revendications, la direction a une nouvelle fois témoigné de son mépris. « La seule réponse de la direction, ça a été de nous envoyer des huissiers de justice pour nous mettre la pression et essayer de nous faire rouvrir les stations », dénonce la déléguée syndicale.
Cette attitude intervient alors que TotalEnergies a engrangé 11,2 milliards de dollars de bénéfices nets au premier semestre. Le contraste est saisissant : tandis que les travailleurs réclament des augmentations de salaires et une meilleure reconnaissance de leur travail, le groupe continue d'accumuler les profits et refuse de répondre à leurs revendications.
Lier la grève à la révolte de la jeunesse : un enjeu pour le 17 octobre
Face à cette situation, l'enjeu est désormais de renforcer la mobilisation et de l'étendre. Cette bataille dépasse les seuls salariés de TotalEnergies. Alors que l'inflation et l'austérité frappent durement les classes populaires, les revendications de hausses de salaires et de plafonnement des prix à la pompe font écho aux préoccupations de larges secteurs de la population.
Ces derniers jours, la mobilisation lycéenne a également montré que la jeunesse était prête à se battre contre le manque de moyens, la dégradation des conditions d'étude et un avenir toujours plus précaire. Travailleurs et lycéens ont des raisons communes de se mobiliser contre la dégradation de leurs conditions de vie et l'absence de perspectives.
Des rapprochements ont d'ailleurs déjà eu lieu entre la jeunesse mobilisée et les travailleurs de Total. Au Havre, des travailleurs ont ainsi participé à une chaîne humaine pour protéger les lycéens mobilisés. Hier, des lycéens sont venus apporter leur solidarité sur les piquets de grève du groupe. Ces initiatives montrent qu'une convergence est possible, même si elle reste encore à construire à une plus grande échelle.
La déléguée syndicale entend elle aussi faire vivre ce rapprochement : « Ils sont en train de nous impressionner », souligne-t-elle : « Le 17 octobre je serais aux côtés de la Gen Z, contre la répression mais aussi contre les conditions de vie qu'on nous impose ».
Cette échéance peut constituer un nouveau point d'appui pour élargir la mobilisation. Mais pour faire du 17 octobre un grand moment de mobilisation, il faut le préparer dès maintenant, en renforçant les liens entre les piquets de grève et les lycées mobilisés, en organisant des initiatives communes et en discutant collectivement des moyens de construire un rapport de force durable.
Dans cette perspective, Le Poing Levé appelle à organiser une Semaine rouge dans le mouvement lycéen, pour amplifier la mobilisation et renforcer les liens entre la jeunesse et le monde du travail. Les grévistes de TotalEnergies disposent d'un levier essentiel pour toucher directement les intérêts d'un des groupes les plus puissants du pays. En se liant aux lycéens mobilisés, leur lutte pourrait prendre une toute autre ampleur.
Face aux pressions patronales et gouvernementales, à la vie chère et à la dégradation de nos conditions de vie, il faut construire un rapport de force commun. Pour arracher des augmentations de salaires, imposer le plafonnement des prix des carburants et s'attaquer aux profits de TotalEnergies, jusqu'à poser la question de l'expropriation du groupe sans rachat, travailleurs et lycéens ont tout intérêt à frapper ensemble. Le 17 octobre doit être une étape pour renforcer cette convergence et préparer l'extension des mobilisations.
Crédit photo : Facebook CGT Argedis