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Déclaration du MRT au Brésil : « Contre Bolsonaro, il faut une gauche d'indépendance de classe ! »

Thu, 08 Oct 2026 12:17:35 CEST

Révolution Permanente

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« Le résultat des urnes au premier tour des élections brésiliennes montre combien il est urgent de battre l'extrême droite, aux ordres de Donald Trump. Nous devons donc le proclamer haut et fort : pas une voix pour Flávio Bolsonaro ! » Nous republions une déclaration de l'organisation sœur de Révolution Permanente au Brésil.

Nous reproduisons une déclaration du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs (MRT), section brésilienne du Courant Révolution Permanente, initialement publiée en portugais dans les colonnes de Esquerda Diario.

Avec sa doctrine « Donroe », Donald Trump entend plus que jamais faire de l'Amérique latine l'arrière-cour de l'impérialisme étasunien. Son ingérence au Venezuela, où Maduro a été enlevé, comme le durcissement de l'embargo contre Cuba, qui prive la population d'électricité jusque dans les hôpitaux et provoque une véritable crise humanitaire, illustrent parfaitement cette politique. Au Brésil aussi, Trump multiplie les ingérences. Depuis la flambée des droits de douane, dont les travailleurs sont les premières victimes, jusqu'au classement d'organisations criminelles comme terroristes, en passant par les menaces et les pressions exercées dans les ambassades et les consulats, ses interventions dans les élections sont de plus en plus ouvertes.

Son objectif ne fait aucun doute : il s'agit de mettre la politique brésilienne sous sa coupe pour avancer ses objectifs, dans le cadre de la rivalité stratégique des États-Unis avec la Chine, tout en faisant main basse sur notre pétrole et nos terres rares. Il peut pour cela compter sur le « Bouclier des Amériques ». Nous devons mettre en échec cette politique au Brésil : une politique qui brade le pays et le soumet toujours davantage aux États-Unis, et dont l'extrême droite de Flávio Bolsonaro est aujourd'hui l'expression concentrée. Trump compte sur elle pour faire du Brésil une base d'appui majeure et accentuer son offensive contre tous les peuples d'Amérique latine. Trump hors d'Amérique latine !

Dans ce contexte, le premier tour marque une progression spectaculaire du bolsonarisme, de son parti, le Parti libéral (PL), et de ses alliés. Au Sénat, le PL obtient 28 sièges et double presque le nombre de ses élus. Portées par une vague « antiféministe » qui leur a rapporté des millions de voix, Damares Alves, Michelle Bolsonaro et Bia Kicis, aux côtés de Carlos Bolsonaro, comptent parmi les figures les plus abjectes du nouveau Sénat. À la Chambre des députés, avec 121 élus, le PL forme le plus grand groupe parlementaire jamais obtenu par un seul parti depuis le retour de la démocratie. De jeunes bolsonaristes comme Nikolas Ferreira et Lucas Pavanato ont obtenu des résultats records en inondant les réseaux de contenus ultra-réactionnaires, transphobes et racistes et en réclamant toujours plus de répression contre la jeunesse. Le PL est aussi devenu le parti qui gouverne le plus grand nombre d'États : il dirige toute la région Sud ainsi que plusieurs États du Nord, sans même compter la possibilité que Douglas Ruas soit déjà élu à Rio de Janeiro. Tarcísio de Freitas à São Paulo, Cleitinho de Azevedo dans le Minas Gerais et Otaviano Pivetta dans le Mato Grosso sont quant à eux membres de Republicanos, l'un des principaux alliés du PL. Ils figurent parmi les onze proches de Flávio Bolsonaro déjà élus à la tête d'un État.

Cette extrême droite peut compter sur de solides soutiens : l'agrobusiness, les forces religieuses, les Forces armées et une large fraction du patronat, qui voudrait pouvoir exploiter les travailleurs dans des conditions toujours plus brutales et qui a largement profité de la réforme du droit du travail. Luciano Hang, patron de Havan, en a donné un exemple particulièrement parlant lorsqu'il a prévenu ses salariés que, si la semaine 6×1 – six jours de travail pour un jour de repos – était supprimée, ils n'auraient qu'à chercher un autre emploi : une véritable intimidation. L'agrobusiness, qui cause des ravages écologiques et qui constitue un ennemi des peuples autochtones, a encore renforcé son poids au Sénat lors de ces élections et réussi à faire réélire 185 députés et sénateurs. Le lobby « du bœuf, des balles et de la Bible » sort donc renforcé des urnes et pourra renforcer ses attaques contre les femmes, les Noirs, les personnes LGBTQIAPN+, les peuples autochtones et les travailleurs, avec son cortège d'offensives climatosceptiques, misogynes, transphobes et racistes, sans oublier le démantèlement des services publics.

Nous, militants du Mouvement révolutionnaire des travailleurs (MRT), avons toujours été en première ligne du combat contre l'extrême droite, depuis son ascension – favorisée par le coup de force institutionnel de 2016 et l'emprisonnement arbitraire de Lula, mise en œuvre par l'appareil judiciaire, notamment le Tribunal suprême fédéral (STF), et qui s'inscrit dans le cadre de l'opération Lava Jato, avec le soutien des militaires. Une fois encore, nous appelons à une mobilisation indépendante et anti-impérialiste pour battre l'extrême droite.

Dès aujourd'hui, nous lançons ce mot d'ordre : pas une voix pour Flávio Bolsonaro ! Nous mettons Esquerda Diário, nos réseaux et tous nos moyens au service d'une campagne résolue contre lui, pour démonter ses mensonges et dévoiler les intérêts des capitalistes qu'il défend – ceux-là mêmes qui préparent des attaques encore plus violentes contre la classe ouvrière, les classes populaires et les catégories les plus opprimées de la population.

Mais combattre réellement Flávio Bolsonaro et tous les hommes de main de Donald Trump suppose aussi de comprendre comment nous en sommes arrivés là et d'en tirer les leçons pour ne pas recommencer. Jair Bolsonaro a été battu en 2022, déclaré inéligible puis emprisonné. Les innombrables liens entre l'extrême droite et la République des banquiers impliquée dans la crise de Banco Master ont été établis [1]. Le bolsonarisme s'est même ouvertement dressé contre l'une des revendications les plus populaires du pays, la fin de la semaine 6×1.

Et pourtant, sa candidature conserve une telle force électorale. Ce n'est pas une question de « mauvaise communication ». Ce n'est pas davantage « la faute du peuple ». Et il est encore moins question de confier le combat contre l'extrême droite aux institutions de ce régime en pleine décomposition, comme le Tribunal suprême fédéral. Contrairement aux illusions entretenues par une grande partie de la gauche, celui-ci vient une nouvelle fois de montrer que l'autoritarisme judiciaire ne saurait être un allié des travailleurs. La véritable explication est ailleurs : pendant quatre ans, la politique de collaboration de classe du Front large [2] a laissé intactes, et a même renforcé, les bases sociales du bolsonarisme. Elle est ainsi responsable du résultat actuel en même temps qu'elle s'employait à vider les rues et à contenir nos luttes. On nous expliquait que les mobilisations ne feraient que provoquer l'extrême droite, tandis que le Front large et le Parti des travailleurs (PT) multipliaient les compromis avec des bolsonaristes de toutes sortes. Le résultat est là : l'extrême droite s'est renforcée.

Le Front large a notamment maintenu toutes les réformes anti-ouvrières adoptées sous Temer et Bolsonaro, qui ont grossi les rangs des travailleurs précaires, privés de droits et criblés de dettes, qui subissent de plein fouet la crise capitaliste. L'extrême droite cherche aujourd'hui à les gagner à ses idées en exploitant la colère de tous ceux qui continuent de payer la crise pour que les profits colossaux d'une minorité soient préservés. C'est le résultat de mesures comme la réforme du droit du travail, la réforme des retraites ou la loi généralisant la sous-traitance.

Le Front large a aussi sans cesse repoussé, au gré des marchandages avec la droite et le Centrão, la revendication ouvrière la plus profonde apparue depuis quarante ans : celle qui remet directement en cause le temps de travail. Il a ainsi laissé au bolsonarisme et au patronat tout le loisir d'organiser leur offensive contre la suppression de la semaine 6×1. Dans le même temps, il a abreuvé l'agrobusiness de crédits avec le Plano Safra [3] le plus généreux de l'histoire et soutenu les gouverneurs qui ont été réélus en faisant financer leurs privatisations par la Banque nationale de développement économique et social (BNDES).

Tarcísio de Freitas en est un exemple. Partisan de Bolsonaro, il appartient à Republicanos, parti auquel le gouvernement Lula a confié un ministère. Face à Trump, Lula a pour sa part privilégié les grands mots et la diplomatie. À plusieurs reprises, il est même allé jusqu'à parler de son « coup de foudre », de son « alchimie », voire de sa « pétrochimie » avec Trump, tout en refusant de s'opposer jusqu'au bout à la politique agressive menée par celui-ci contre le Venezuela et Cuba. Son gouvernement a parallèlement favorisé la privatisation des rivières au profit d'entreprises nord-américaines et toléré la mise aux enchères des concessions pétrolières et la vente de la mine de terres rares de Serra Verde à une entreprise étasunienne dont le Pentagone est actionnaire. Dans les faits, cette politique est aux antipodes d'une véritable stratégie de lutte contre l'impérialisme. Voilà pourquoi, tout en combattant de toutes nos forces le vote Flávio Bolsonaro et en nous tenant aux côtés de chaque jeune et de chaque travailleur qui veut voter Lula, nous n'apportons aucun soutien politique au Front large de Lula.

La réponse ne peut venir que d'une mobilisation indépendante et anti-impérialiste. Les grandes confédérations syndicales et les organisations étudiantes doivent entrer dans la bataille pour mettre en échec le projet de l'extrême droite, combattre toute soumission à Trump et imposer sans attendre la fin de la semaine 6×1. Cette question est aujourd'hui devant le Sénat. Une victoire pourrait changer le rapport de forces, mettre l'extrême droite sur la défensive et révéler ce qui se cache derrière le discours de Flávio Bolsonaro sur la « liberté » : lorsqu'il défend le salaire horaire, il ne propose qu'un asservissement encore plus dur des travailleurs.

Il faut donc exiger des grandes confédérations syndicales et de l'Union nationale des étudiants (UNE) qu'elles fassent entrer les travailleurs et la jeunesse dans la bataille politique nationale, avec des moyens qui ont déjà fait la preuve de leur efficacité pour arracher immédiatement la fin de la semaine 6×1 et frapper les intérêts de ceux qui soutiennent Flávio Bolsonaro : arrêts de travail, grèves, manifestations. Il faut transformer le découragement et le scepticisme en organisation et en lutte, et faire émerger un programme propre à notre classe. Un programme qui a manqué ces dernières années et dont l'absence continue de laisser les mains libres à l'extrême droite. Nous appelons donc toutes celles et tous ceux qui veulent aujourd'hui enrayer sa progression à prendre toute leur place dans l'organisation du combat, sur chaque lieu de travail et dans chaque établissement d'enseignement. Nous avons besoin d'une lutte organisée contre le Congrès national, contre les gouverneurs élus et contre tout ce régime de plus en plus déliquescent, qui s'apprête à s'en prendre à nos conditions de vie et de travail tout en restant à genoux devant l'impérialisme.

Pour mener ce combat, nous nous inspirons des travailleurs qui se sont soulevés ces dernières années à travers l'Amérique latine : en Bolivie contre Paz, au Pérou contre Dina Boluarte. Nous nous inspirons aussi de toute une génération qui s'est organisée partout dans le monde contre le génocide du peuple palestinien, ainsi que des travailleurs qui, à Minneapolis, ont fait reculer l'ICE et la politique de plus en plus fascisante de Trump. Au Brésil, nous nous appuyons sur le puissant combat des peuples autochtones du Bas-Tapajós, qui ont empêché la privatisation des cours d'eau, mais aussi sur toute une génération de jeunes filles et de personnes LGBTQIAPN+ qui remettent en cause les oppressions de genre et refusent de baisser la tête devant les transphobes, les racistes et les antiféministes. Nous sommes aux côtés de tous les étudiants qui, ces derniers jours, notamment à Rio de Janeiro, sont descendus dans la rue contre Flávio Bolsonaro, comme de toutes les employés qui ont fait grève ces derniers mois : employés de banque, travailleurs de la Poste et personnels techniques fédéraux. En ce moment même, en France et dans l'État espagnol, la jeunesse affronte l'impérialisme en occupant des établissements scolaires, en manifestant et en réclamant, aux côtés de la classe ouvrière, la grève générale. Cet exemple doit trouver un écho chez nous.

Mais les luttes doivent aussi permettre de construire une alternative politique qui rompe, par la gauche, avec la collaboration de classes. En Argentine, la popularité nouvelle de Myriam Bregman, du PTS, montre que cela est possible. Elle incarne une politique socialiste qui affronte sans compromis Milei, qui cherche à renforcer les luttes et qui ne plie jamais devant les attaques ni devant la pression du moindre mal. À nos yeux, les semaines à venir détermineront la situation politique des prochaines années. Un nouveau cycle s'ouvre et nous devons y intervenir avec détermination si nous ne voulons pas répéter les erreurs du passé. Nous savons désormais où mènent la modération et la collaboration de classes. La politique du PT, qui consiste à gérer ce système capitaliste pourri, est vouée à l'échec. Pour combattre l'extrême droite et ce système capitaliste, il nous faut ouvrir une autre voie. C'est pourquoi nous jugeons également indispensable d'engager, au sein de la gauche, un débat sur la nécessité de construire une nouvelle organisation à partir de toutes ces discussions. Une organisation capable de contribuer à la tâche historique qui s'impose à la classe ouvrière brésilienne : dépasser, par la gauche, la stratégie de collaboration de classes du PT.

Nous appelons à refuser la résignation et à préparer dès maintenant un puissant combat contre nos ennemis, en nous appuyant sur la force de la classe ouvrière, de la jeunesse et de toutes les franges opprimées de la population, avec les armes qui font trembler l'extrême droite et les capitalistes : l'organisation et la mobilisation.


[1] La faillite de la banque Banco Master en 2025 a conduit à la révélation d'un scandale de corruption impliquant de nombreux secteurs du régime, NdT.

[2] Coalition menée par le Parti des travailleurs de Lula mais allant jusqu'à des partis de droite, NdT.

[3] Plan annuel de politique agricole composé de subventions et de crédits, qui profitent directement aux géants de l'agro-industrie, NdT.

Crédits photo : Capture d'écran Le Parisien.

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